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L'Usine Maroc

Pour Suez, la décharge de Meknès au Maroc, une vitrine pour l'Afrique

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Suez va réhabiliter une décharge de plus de 2 millions de tonnes. Un chantier exemplaire pour tout le continent.

Pour Suez, la décharge de Meknès au Maroc, une vitrine pour l'Afrique
Les effluents liquides, polluants, sont désormais traités.

Sous un soleil de plomb, l’odeur et la poussière prennent à la gorge. La décharge de Meknès ne figure sur aucun dépliant touristique du Maroc. L’endroit est pourtant un modèle pour tout le royaume chérifien. Lors de la COP 22, elle sera mise en avant comme une grande avancée en matière de protection du climat et de l’environnement. Jusqu’à la fin de l’année 2013, 2 millions de déchets s’y entassaient sur plus de 25 hectares, dans l’anarchie la plus totale. "Une verrue noire dans la vallée agricole de Meknès. En cas de pluie on assistait à des glissements de déchets qui venaient empiéter sur les routes et les champs", se souvient Pierre-Yves Pouliquen, le directeur Afrique, Moyen-Orient, Inde chez Suez. Aujourd’hui, la décharge est devenue le premier centre d’élimination et de valorisation des déchets du royaume.

Suez s’est lancé dans la réhabilitation de la décharge le 1er janvier 2014. Il était temps. Les vapeurs fétides léchaient les abords de Meknès, où vivent plus de 800 000 habitants. Pendant les trente premiers mois, l’entreprise française a dû maîtriser la montagne de détritus. Des travaux de réhabilitation s’élevant à 5 millions d’euros ont été financés par le Maroc. Suez, de son côté, a pris en charge l’aménagement et l’équipement du site, qui s’étend désormais sur 56 hectares, pour un montant représentant quelque 20 millions d’euros. Des opérations menées alors que la décharge continuait à recevoir près de 150 camions par jour. Deux ans plus tard, il ne reste plus qu’un petit espace de déchets à l’air libre où une armée de cigognes, de rapaces et d’aigrettes pique-bœuf se rassasie sans cesse. L’accès à la décharge se fait par des routes toutes neuves qui traversent le douar voisin, un village rural et pauvre de 500 âmes.

Prise de conscience récente

Les opérateurs de Suez ont découvert des déchets difficiles à prendre en charge. Très organiques, ils présentent un taux d’humidité de près de 75 %, contre 30 à 35 % en France. C’est lié à l’alimentation locale, qui utilise beaucoup de produits frais et comprend de fortes consommations de melons, de pastèques… Cela entraîne des productions importantes de lixiviats, les jus de déchets. Chaque tonne de déchets produit près de 200 litres d’un liquide polluant et nauséabond qui se déversait jusqu’à peu dans la terre – heureusement relativement imperméable – et polluait les deux oueds alimentant la vallée.

Aujourd’hui, les déchets sont stockés dans d’immenses alvéoles qui, une fois remplies, sont recouvertes de terre. Au fond, les lixiviats sont collectés, regroupés par un jeu de bassins, puis reçoivent un traitement biologique et membranaire. Les 150 mètres cubes d’eau produits quotidiennement pourront servir prochainement pour l’irrigation ou des opérations de nettoyage. Pour l’heure, l’eau dépolluée en surplus est stockée et permet à des chiens de se désaltérer et de se rafraîchir, preuve qu’elle est devenue relativement saine.

Au sommet de ces alvéoles, le méthane, qui se dégageait auparavant sous forme de fumerolles, est aspiré par un vaste réseau de cheminées. Un jour, Suez espère s’en servir pour alimenter en énergie ses propres process et les briqueteries voisines. Actuellement, il est simplement torché. "En brûlant le gaz, on protège l’environnement. Le méthane est un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2", assure Pierre-Yves Pouliquen. Au final, les obstacles techniques n’ont pas été les plus difficiles à franchir. La question la plus délicate portait sur l’avenir des 150 à 200 chiffonniers qui faisaient vivre leur famille du tri des ordures en récupérant et en revendant le carton, le plastique, le verre… Afin de ne pas détruire cette "économie informelle", les chiffonniers ont été regroupés en coopérative et un espace de tri leur a été alloué en amont de la prise en charge des déchets par Suez. "On est passé de la loi du plus fort à une organisation plus juste, où tout est partagé", témoigne "M. le président", l’ancien chiffonnier qui dirige cette nouvelle organisation. "Le centre de tri n’est géré ni par la commune, ni par Suez. Chaque trieur récupère ce qu’il veut et le vend à qui il veut à condition de le déclarer. On leur fournit juste des conditions de travail plus sûres", explique Brice Mégard, le directeur général du centre d’élimination et de valorisation de Meknès.

Aussi bien sur le plan technique que social, Meknès représente une vitrine pour le royaume, qui doit encore s’occuper d’immenses décharges à Casablanca, Tanger… Mais les projets peinent à voir le jour. La prise en charge des déchets a un rôle majeur à jouer pour que le Maroc atteigne son objectif de diminution des rejets de gaz à effet de serre de 13 % d’ici à 2030. Un grand plan national prévoit que 100 % des décharges soient fermées en 2020 et que 20 % des déchets soit valorisés, contre 5 % aujourd’hui par le biais des chiffonniers. "Meknès illustre l’enjeu de la remise sous contrôle des décharges non contrôlées. Le déchet est une problématique nouvelle pour le continent africain. C’est une prise de conscience qui a moins de dix ans", explique Marie-Ange Debon, la directrice générale adjointe chargée de l’international chez Suez, qui entend bien profiter de la première COP en Afrique pour projeter le savoir-faire de Suez sur tout le continent.

Ludovic Dupin, envoyé spécial à Meknès

« 5 % des émissions de GES sont dues aux déchets »

François Pyrek, directeur général du recyclage et de la valorisation des déchets de Suez au Maroc

  • Quel rôle jouent les déchets dans le changement climatique ?

Les déchets représentent environ 5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Plus précisément, entre 2 et 3 % dans les pays développés et 8 à 10 % dans les pays émergents. Le Maroc s’est engagé à diminuer ses émissions de 13 % en 2030, dont un cinquième provient de la gestion des déchets.

  • Quels sont les obstacles ?

Le plus compliqué est de trouver les bons montages financiers. Dans le cas de Meknès, par exemple, la réhabilitation a été financée par le ministère de l’Environnement et la partie valorisation par Suez. Il faut aussi qu’il y ait une forte pression de la société civile, sachant qu’il y a aussi d’autres urgences : eau, transport, école, hôpitaux…

  • Peut-on parler d’économie circulaire au Maroc ?

On en fait déjà chez les grands clients industriels et les PME. Mais, aujourd’hui, on reste sur des filières de base comme le papier-carton. Beaucoup de déchets dangereux sont exportés vers l’Europe. Il va falloir investir au cours des prochaines années dans des usines de valorisation pour les plastiques, les déchets hospitaliers, les déchets d’équipements électriques et électroniques. 

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