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Pour sortir de la crise de l'élevage, la filière change peu à peu de stratégie

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Les éleveurs continuent de réclamer non seulement des aides mais surtout un nouveau plan pour l'ensemble de la filière. Celle-ci passe par une évolution des stratégies des transformateurs. Plusieurs groupes comme Fleury Michon s'engagent déjà dans plus de qualité.


Crédits : Brent Moore CC Flickr

Quelles formes prendront les prochaines manifestations des éleveurs de vaches laitières, de bovins et de porcs? Après les occupations des principaux axes routiers bretons la semaine dernière, ce pourrait être au tour des accès des hypermarchés et supermarchés d'être bloqués.

Frappés par une crise structurelle, les producteurs de porcs, de gros bovins et de vaches laitières attendent un soutien non seulement de l'Etat mais également de tous les acteurs de la filière. Ils considèrent que les aides financières ne suffisent pas. Ils réclament une remise à plat complète de l'organisation des marchés et de l'industrie de transformation.

Jusqu'à présent, les industriels concernés sont aux abonnés absents et se contentent d'un pesant silence-radio. Ils refusent tous de s'exprimer considérant que le "prix actuel pratiqué, notamment dans le secteur porcin, est en phase avec les marchés européens", indique l'un des principaux opérateurs de la transformation de cochons.

Pas question pour les industriels de mettre de l'huile sur le feu et de s'opposer frontalement aux éleveurs en difficulté. Mais certains transformateurs commencent à indiquer la marche à suivre.

Du jambon de qualité réclamé par Fleury Michon

Le groupe vendéen Fleury Michon, qui a son siège à Pouzauges, a par exemple décidé de diminuer le volume de ses approvisionnements à l'étranger. En septembre dernier, il a signé un accord avec le groupe Avril pour produire des cochons plus qualitatif, dans le strict respect d'un cahier des charges. 

Dans un premier temps, 100 000 porcs seront produits chaque année sous la nouvelle marque "J'aime" de l'industriel dédiée au jambon en barquette. La viande sera exclusivement d'origine française.

L'objectif du numéro un de la vente de jambons en France est d'aller beaucoup plus loin à moyen terme. "Ce jambon, indique Alex Joannis, directeur de la branche charcuterie chez Fleury Michon, est vendu aux consommateurs quelques centimes de plus que les produits conventionnels." De l'ordre de 10 centimes par kilo. L'éleveur sélectionné - ils sont actuellement une vingtaine - touche une prime de 6,30 euros par porc élevé.

Fleury Michon vient de prendre une participation de 19% dans la société Vallégrain à Coudray-au-Perche (Eure-et-Loir), également spécialiste de la filière porcine. Cet industriel (360 salariés, 90 millions d'euros de chiffre d'affaires) approvisionne déjà Fleury Michon à hauteur de 9% de ses besoins. Vallégrain mise uniquement sur le haut de gamme, avec des cochons sans antibiotique et nourris avec des céréales produites localement.

Est-ce donc la fin de la stratégie de volumes pratiquée par les filières d'abattage, principalement dans le grand Ouest de la France ? Une montée en gamme est nécessaire. Elle ne pourra pas se faire sans la disparition des élevages les plus vulnérables ni une réorientation des sites industriels vers plus de valeur ajoutée.

Ministre de la Défense et président du conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian précise qu'il est prêt à accompagner les éleveurs "de façon individuelle avec une analyse au cas par cas pour les aider à se diversifier ou se reconvertir". 10 à 20% d'entre eux pourraient être amenés à quitter le métier au cours des prochaines années.

Remise à plat complète de la filière

Kermené, à Colliné (Côtes d'Armor), et le groupe SVA, à Vitré (Ille-et-Vilaine), sont respectivement filiales des centres E. Leclerc et Intermarché. Ces deux poids lourds de l'industrie de la viande bénéficient d'une clientèle captive. Ils ont bien tenté au cours de l'été dernier de participer à l'augmentation des cours de la viande de porcs fixés au marché au cadran de Plérin (Côtes d'Armor). Peine perdue, le tarif de 1,40 euro le kilo n'a pas tenu plus de quelques semaines. Il est désormais retombé à 1,07 euro.

Une remise à plat de la filière est d'autant plus indispensable qu'il existe un profond désaccord entre les adhérents de la Fédération des industriels charcutiers et transformateurs de viandes (FICT), qui regroupe près de 300 entreprises pour 6,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, et l'Inaporc, qui regroupe l'ensemble des professionnels du secteur porcin. La semaine dernière, la FICT a claqué la porte de l'Inaporc jugeant sa "stratégie perdante". Plus question donc pour la FICT de participer "aux discussions stériles"  de l'Inaporc.

Les industriels de la charcuterie, qui concentrent 70% des débouchés des professionnels de la viande porcine, réclament une "revalorisation qualitative" des cochons. Il manque certaines pièces de porc que les charcutiers sont obligés d'importer comme les jambons de taille moyenne, la viande de coche pour les rillettes et les saucissons secs mais encore les porcs bio trop peu développés dans l'Hexagone.

Le lait pour les chinois

Dans le domaine du lait, les industriels et les coopératives restent également silencieux mais n'entendent pas payer leur matière première au-delà des tarifs pratiqués en Europe, soit de l'ordre de 300 euros les 1 000 litres. La production européenne est supérieure à la demande alors que les volumes continuent de grimper. Du coup, les industriels investissent pour trouver de nouveaux débouchés dans des zones lointaines.

C'est le cas de l'entreprise chinoise Synutra qui a engagé plus de 100 millions d'euros à Carhaix (Finistère) dans la création d'une tour de sèchage du lait. Elle sera opérationnelle en mars et fabriquera du lait en poudre infantile destiné à la Chine. Le groupe finistérien SILL a prévu une usine du même type à Guipavas (Finsitère) où il va investir 60 millions d'euros. Son dirigeant, Gilles Falc'hun, table sur des débouchés principalement situés en Asie.

C'est aussi le cas pour le projet en cours chez Even, à Ploudaniel (Finistère), toujours dans le cadre de la création d'une tour de sèchage du lait à Créhen (Côtes d'Armor). "Elle sera achevée en 2017", indique-t-on au siège de la coopérative. Celle-ci a emmené en Europe du Nord une cinquantaine de ses producteurs pour qu'ils puissent se comparer avec leurs homologues étrangers. "Ils ont remarqué, précise-t-on dans l'entourage du dirigeant Christian Couilleau, que les producteurs de lait de ces pays ne s'évertuent pas à imposer un prix minima mais tâchent de s'adapter aux conditions du marché."

Stanislas du Guerny

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