Pour Servier, "une interdiction d’exercer serait catastrophique"

A quelques jours de l’ouverture du premier procès dans l’affaire du Mediator, Lucy Vincent, directrice générale des affaires extérieures de Servier, dévoile à l’Usine Nouvelle sa stratégie de défense.

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Pour Servier,

L'Usine Nouvelle - Le premier procès du Mediator - lié à une citation directe pour tromperie contre le laboratoire - va s’ouvrir le 14 mai. Comment vous y préparez-vous ?
Lucy Vincent - Nous constituons un dossier de défense avec une étude approfondie d’éléments scientifiques, qui sont à la fois très solides et techniques. Nous sommes en train de les rendre le plus clair possible pour les juges et le grand public. Sur deux principaux points : la nature du médicament et son efficacité.

Du 14 mai au 6 juillet doit se tenir devant le tribunal de Nanterre le premier procès de l’affaire Mediator. Une citation directe pour tromperie dans laquelle deux personnes morales sont poursuivies (Servier et sa filiale Biopharma) ainsi que les dirigeants des deux laboratoires, et le pharmacien responsable de Servier.

Pour François Honnorat, avocat du cabinet Montpensier, qui représente 25 victimes présumées, ce n’est pas la responsabilité, mais la date de la responsabilité pénale des laboratoires qui devrait faire débat devant le tribunal. Pour autant, "nous n’entendons nullement exonérer l’administration de ses responsabilités lors des débats publics à l’audience", confie François Honnorat. Le laboratoire Servier, lui, déclare avoir préparé un solide dossier scientifique. Explications de Lucy Vincent, directrice générale des affaires extérieures.
Quasiment 300 personnes se considèrent comme des victimes, et plusieurs témoins devraient être présentés par la partie civile…
Il y aura des témoins de notre coté aussi. Mais le nombre de plaignants ne modifie pas le côté technique et juridique.

Si la responsabilité du laboratoire était démontrée, il encourrait l’interdiction d’exercer, ce qui serait très lourd…
Ce serait catastrophique ! Mais pour en arriver là, il faudrait prouver que les charges lourdes portées contre nous soient vraies. Or nous sommes sereins devant la solidité de notre dossier scientifique et technique.

D’autres médicaments de Servier sont réévalués par les autorités sanitaires, tout comme ceux d’autres laboratoires. Le Protelos vient notamment de voir ses contre-indications renforcées. Cela pèse-t-il sur l’utilisation de ces médicaments ?
Il y a eu une certaine assiduité sur le contrôle des médicaments Servier depuis l’affaire Mediator. Nous pouvons nous féliciter que la sécurité et l’efficacité de nos médicaments aient été confirmées par l’agence européenne, c’est très rassurant pour nos patients et pour les médecins.

Comprenez-vous que le fait que le professeur Jean-Michel Alexandre, ancien directeur de l’évaluation des médicaments en France, ait ensuite travaillé pour vous comme consultant, puisse choquer ?
Le système est ainsi. Le professeur Alexandre, lorsqu’il a terminé ses fonctions, a été consultant pour quasi toute l’industrie pharmaceutique. Servier n’a pas du tout été exceptionnel dans sa façon de travailler.

Vous attendez-vous à une stabilisation de vos ventes?
Nous prévoyons une petite augmentation de notre chiffre d’affaires mondial. En France, il est en baisse depuis l’année dernière, mais c'est le cas pour toute l’industrie pharmaceutique, fabricants de génériques compris. Il y a un impact en France lié à l’affaire Mediator, mais c’est difficile de faire la part avec les baisses de prix liées aux décisions administratives et le contexte économique.

Comment se poursuit l’activité du laboratoire ?
L’activité du Groupe est intense. C’est vrai que nous vivons des temps difficiles en France, mais la recherche continue très activement, avec la multiplication de nos collaborations extérieures ces deux dernières années. Nous avons une activité croissante dans les BRIC, qui représentent environ 20% de notre chiffre d’affaires. Et depuis décembre 2011, la Russie est le premier pays pour Servier, devant la France. Nous avons des projets à l’étranger mais travaillons aussi à une extension, en France, pour lancer une nouvelle unité de recherche analytique.

Beaucoup de vos nouvelles collaborations concernent des sociétés de biotechnologie. Etait-ce pour rattraper un certain retard dans le domaine ?
Il ne s’agit pas de rattraper un certain retard, c’est une question d’opportunité. Nous avons eu plusieurs rencontres ces derniers temps avec des entreprises qui avaient des projets qui se prêtaient à des partenariats.

Malgré l’affaire Mediator, le diabète semble rester une de vos priorités et a fait l’objet de plusieurs partenariats…
Bien sûr, nous ne pouvons pas laisser tomber le savoir-faire qui existe chez Servier dans ce domaine. Parmi nos quatre axes de recherche, le diabète et le cardiovasculaire sont très importants. Mais l’oncologie prend aussi une part de plus en plus importante.

La semaine dernière, une délégation de la CFDT s’est invitée sur votre site de Gidy. Comment expliquez-vous qu’il n’y ait pas de section syndicale sur un site aussi important ?
Le syndicalisme fait partie de la vie sociale, et Servier ne peut pas empêcher la syndication des salariés s’ils le souhaitent ! Nous verrons la suite de l’opération. Les salariés de Servier sont très bien traités, par la considération qu’on leur porte. Et il y a des syndicats sur d’autres sites, cela se passe très bien.
Malgré ce contexte économique et médiatique difficile pour le groupe, il n’y a pas eu un licenciement économique, à la différence de beaucoup de groupes pharmaceutiques. Cela correspond tout à fait à la philosophie de l’entreprise : nous sommes un capital de talent. Il n’y a jamais eu de plan social chez Servier. C’est une fondation, donc il n’y a pas d’actionnaires. Toutes les ressources sont réinvesties en R&D et création de nouvelles unités…

Servier s’ouvre enfin sur l’extérieur

Alors qu’il ne signait auparavant que deux accords par an, Servier multiplie depuis deux ans les collaborations, au rythme de 8 à 10 annuels. Le laboratoire se lance enfin dans des grosses molécules, grâce à des partenaires comme la biotech américaine MacroGenics. Cela permet à Servier d’avoir des anticorps monoclonaux en phase 3 (la dernière avant la commercialisation), sur ses dix nouvelles entités moléculaires en développement clinique.

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