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Pour sauver nos usines ici, il faut exporter partout

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Analyse Suite aux Assises de l'Industrie organisées par L'Usine Nouvelle, il est de plus en plus clair que le "produire en France" ne pourra se sauver tout seul. Pour continuer à fabriquer du Nord à la Provence, de la Normandie à l'Alsace, de la Lorraine au Pays Basque, des produits français, il faut permettre aux industriels de se projetter au-delà de nos frontières. Pour cela, le sujet est moins une question de financement que d'état d'esprit et d'environnement réglementaire.

Pour sauver nos usines ici, il faut exporter partout © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Non, l'Etat ne soutient pas suffisamment l'industrie. Non, la France n'est plus une grande puissance industrielle. Non, je ne recommanderais pas à un proche de travailler dans l'industrie. Mais... Oui, l'industrie est le secteur que les pouvoirs publics doivent soutenir en priorité. Et oui, la réindustrialisation doit être la principale ambition de notre pays dans les prochaines années. Les résultats de notre sondage exclusif « Les Français et l'Industrie » est sans équivoque. Les Français aiment ce secteur mais ils doutent de la capacité de rebond de notre pays dans ce domaine. Et on ne saurait leur en vouloir. L'industrie française est tombée très bas : elle ne représente plus que 13% de la valeur ajoutée produite en France. Ce qui nous place au niveau de pays tel que Chypre ou la Grèce !

Peut-on redresser la barre ? C'est là finalement toute la question. Lorsque l'industrie ne pèse plus que 12% du PIB d'un pays, est-ce que la perte de compétences induites est réversible ? Il est permis d'en douter... si l'on ne lit pas L'Usine Nouvelle toutes les semaines ! Le talent industriel français, et les Assises de l’Industrie que nous avons organisé en ont encore fait la preuve, est réel. Nos ingénieurs, nos entrepreneurs, nos techniciens, nos commerciaux voient leurs compétences reconnues partout dans le monde. Notre capacité créative, pour ne citer qu'elle, est unique au monde. Comme le rappelait Olivier Piou, le PDG de Gemalto dans un entretien accordé à notre magazine fin août, « les Français sont la première nationalité représentée dans la Silicon Valley. Et ce n'est pas un hasard. »

Notre problème n'est donc pas un problème de compétences mais bien d'environnement et d'état d'esprit. L'environnement tout d'abord. Changeant, mouvant, il est notoirement hostile à l'industrie. On en a encore eu la preuve récemment avec les débats autour de l'anniversaire du rapport Gallois, du crédit d’impôt recherche ou de la taxe EBE. Si les discours sont plutôt pro-entreprise, rien n'est fait pour faciliter la vie de l'industriel dans le système économique actuel, où le consommateur prime encore sur le producteur.

L'état d'esprit ensuite. En France, nous peinons à raisonner au-delà de nos frontières. Quand nous parlons de made in France, nous pensons trop souvent à l'échelle nationale. Alors que tout le monde comprend que, pour relancer notre écosystème industriel, il faudra résolument nous projeter hors de nos frontières. Pour sauver nos usines ici, nous ne pouvons pas compter seulement sur notre marché intérieur : il faut aller vendre nos produits là-bas. Là-bas c’est-à-dire en Asie, notamment du sud-est, en Amérique Latine et en Afrique (Qui sait que le Nigéria est le premier pays consommateur de Guiness et de bouillons Kub au monde ?).

Cet état d’esprit, nos responsables politiques commencent à le comprendre, sans forcément actionner les bons leviers. Ils inondent les entreprises d'aide à l'export alors que le problème est ailleurs. Aujourd'hui, en France, il est plus facile d'importer des produits que de les exporter. Comme le rappelait Charles Darbonne, le patron de Darégal, lors des Assises de l'Industrie organisées par L'Usine Nouvelle, notre pays a plus de barrières à la sortie qu'à l'entrée et c'est cela qui rend difficile l'aventure de l'international pour les capitaines d’industrie.

Thibaut De Jaegher

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