Pour Saint-Gobain, la décision des autorités suisses enterre la question d’une prétendue concurrence avec Sika

La Commission de la concurrence suisse autorise sans condition la prise de contrôle de Sika par Saint-Gobain. De quoi enterrer, pour le français, la question du risque de conflit d’intérêt avancé par Sika. Mais la question des droits de vote reste devant la justice suisse.

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En attendant l’avancée du conflit avec Sika devant la justice helvète, Saint-Gobain se félicite de voir son projet d’acquisition de la pépite suisse engranger les autorisations des autorités de la concurrence. Le groupe français a annoncé mardi 15 septembre avoir obtenu l’autorisation sans condition de la Commission de la concurrence suisse. Le 22 juillet dernier, c’était la Commission européenne qui avait donné son aval, après la Chine et les Etats-Unis.

"En autorisant la transaction sans condition, ces décisions confirment la logique industrielle du rapprochement entre les deux groupes", écrit le français dans un communiqué. Comprendre : le conseil d’administration et la direction de Sika mettent en avant depuis décembre 2014 un risque de conflit d’intérêts lié à une prétendue concurrence entre Saint-Gobain, - via sa filiale dans les mortiers Weber -, et Sika. L’aval des autorités de la concurrence démontre cet argument ne tient pas la route, puisque elles estiment qu’il n’y a pas de concurrence.

OPA écartée

Outre qu’elles sont nécessaires au projet d’acquisition, ces autorisations permettent effectivement à Saint-Gobain de marquer des points dans sa bataille face à la direction de Sika qui se joue auprès des actionnaires du suisse mais aussi des politiques helvètes. Le français s’était déjà vu conforter par la décision, le 2 septembre, du tribunal fédéral administratif suisse, d’écarter définitivement la question d’une offre publique d’achat sur Sika.

Porteurs du recours débouté par la justice suisse, la Fondation Bill et Melinda Gates et le fonds Cascade Investment avaient cependant déclaré qu’ils allaient continuer "à s’opposer à cette transaction, même si cela nécessite une bataille de plusieurs années". L’enjeu, pour eux comme pour nombre d’actionnaires mobilisés contre Saint-Gobain, est d’obtenir une prime de sortie. A laquelle ils semblent s’accrocher face à un français qui affiche son intransigeance.

Question juridique en suspens

Au-delà de ces victoires d’étape de Saint-Gobain, la clôture de l’acquisition reste suspendue aux décisions de la justice suisse. Ce n’est pas la logique industrielle qui est en question, mais bien la logique juridique : Saint-Gobain peut-il échapper aux restrictions des droits de vote prévues par les statuts de Sika en cas d’achat des actions privilégiées de la famille Burkard en rachetant non pas ces actions mais la holding qui les détient ? La décision du tribunal cantonal de Zug, attendue d’ici à quelques mois, pourrait n’être qu’une étape de la bataille juridique.

Manuel Moragues

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