Pour sa convention annuelle, la chimie européenne a la gueule de bois

Gaëlle Fleitour

Publié le

Croissance en berne, perte de compétitivité, challenges liés à la COP21 plutôt perçus comme des contraintes… La chimie européenne, rassemblée à l’occasion de sa convention annuelle, peine à voir l’avenir en rose.   


Crédits : Timothée L'Angevin 

L’heure n’est pas à la fête à Bruxelles, et ce n’est pas dû à la grève des Thalys. Réunie à l’occasion de sa convention annuelle, la chimie européenne a le moral en berne. Les chiffres présentés par le syndicat du secteur, le Cefic, ne sont pas bons. Durant les sept premiers mois de l’année, la croissance de la production n’a pas excédé 0,2%, tandis que les prix s’effondraient de 4,6%. La chute de la production en pétrochimie et en chimie de base a été légèrement compensée par celle de produits de spécialités.

Conséquence, la prévision de croissance pour cette année a été revue à la baisse : +1% en Europe, contre 1,5% prévue initialement. Idem en France où il faudra se contenter d’un maigre 0,5%, au lieu des 2% initialement espérés.

Les Etats-Unis, un concurrent de plus dans l'export

Dans le même temps, l’industrie chimique européenne perd du terrain face à ses concurrentes chinoise, moyen-orientale et surtout américaine, aux coûts de l’énergie moins élevés. "Notre part de marché est passée de 33% à 17% en moins de dix ans !", alerte Jean-Pierre Clamadieu, le président du Cefic et patron du chimiste Solvay.

Sur la même période, les investissements dans la chimie sont restés stables, frôlant les 19 milliards de dollars sur le Vieux Continent, qui s’est largement fait doublé par les Etats-Unis et surtout la Chine, avec 67 milliards de dollars investis en 2013 !

Malgré la chute du prix du pétrole qui bénéficie aux chimistes européens, les Etats-Unis et leur gaz de schiste ont toujours le vent en poupe. "Il y a un avantage à produire aux Etats-Unis, et beaucoup de ces investissements sont faits avec l’objectif d’exporter, s’inquiète Jean-Pierre Clamadieu. C’est un challenge de plus qui va arriver pour l’Europe". 

 Alors que la chimie souffre déjà d’un marché européen morose, du coût de l’énergie et des matières premières, et du poids des contraintes européennes en matière d’environnement, accuse le Cefic.

Cop 21: oui mais...

La Conférence de Paris sur le climat (COP 21) qui réunira 195 Etats à partir du 30 novembre à Paris, constitue donc une étape importante pour l’industrie chimique. Qui jure soutenir la stratégie visant à limiter le réchauffement planétaire et les émissions de gaz à effet de serre… mais pas à n’importe quel prix.

"Quand nous regardons les propositions qui ont été mises sur la table par environ 50 pays différents, l'Europe est très ambitieuse et nous ne voyons pas le même niveau d'ambition dans la plupart des grands pays industrialisés, regrette Jean-Pierre Clamadieu. Nous voulons un accord ambitieux qui soit contraignant avec une méthodologie de vérification très claire pour être sûrs d'avoir une convergence" entre l'Europe, les Etats-Unis et la Chine.

Pas sûr que le puissant Cefic, qui rassemble encore 29 000 entreprises et 1,2 millions de salariés, ne soit entendu pour cette fois.

Gaëlle Fleitour

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