Pour relancer la croissance allemande, Merkel baisse les impôts

Tant pis pour les déficits. Pour une fois, l’Allemagne fait fi de sa réputation de fourmi de l’Europe. Pour relancer l’économie, Angela Merkel et ses alliés libéraux font le pari d’une baisse des impôts. Cela convaincra-t-il les ménages de dépenser plus ?

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Angela Merkel ne mènera pas la même politique que Nicolas Sarkozy. Pour l’heure, pas de grand emprunt à l’horizon. Pourtant, le résultat final sera le même : une aggravation du déficit budgétaire. Si les élections législatives fin septembre ont reconduit Angela Merkel à la Chancellerie, la coalition qui la soutient au gouvernement a changé. La grande coalition avec les sociaux-démocrates a vécu. La CDU d’Angela Merkel gouvernera désormais avec les libéraux du FDP. A nouvelle alliance, nouvelle politique. L’austère Allemagne qui a fait de la lutte contre les déficits – et de la lutte contre l’inflation – la base de sa politique économique prend le risque d’une augmentation du déficit public et de l’endettement.

La crise est passée par là et, avec elle, le modèle de croissance allemand tiré par les exportations de machines outils à travers la demande. Quand la demande mondiale s’arrête, les entreprises, de Limoges ou de Canton, cessent d’investir : les débouchés disparaissent pour l’industrie allemande. Ainsi, en 2009, le recul de l’activité devrait atteindre 5 %.
L’appréciation de l’euro par rapport au dollar n’arrange rien : elle pénalise les exportations de biens et de services made in zone Euro.

Moins d’impôt, est-ce plus de pouvoir d’achat ?

C’est donc bien un véritable tournant dans la politique économique de l’Allemagne qui s’annonce durant la prochaine législature, c’est-à-dire les quatre années qui viennent. Baisser les impôts de 24 milliards d’euros par an, comme l’a annoncé Angela Merkel samedi 24 octobre, c’est prendre le risque d’augmenter le déficit budgétaire et la dette pour le financer. « Nous devons accepter un nouvel endettement exceptionnellement élevé », justifie Wolfgang Schläuble, le futur ministre des Finances allemand.
Les baisses d’impôts devraient concerner les ménages aux revenus faibles ou moyens, ainsi que les familles nombreuses. Les droits de succession devraient aussi diminuer. Sans oublier les impôts des entreprises. Reste à savoir comment se répartiront finalement cette somme.

En attendant, le message adressé aux ménages allemands est clair : baisser les impôts de la classe moyenne, c’est distribuer du revenu, et donc, sous certaines hypothèse, relancer la consommation et donc la demande intérieure allemande.

Les ménages inquiets

Pourtant, ce choix est risqué. Face à la situation, les ménages peuvent être aussi tentés d’épargner davantage. Mesuré avant cette annonce – même si les ménages ont eu le temps d’intégrer dans leur réponse l’effet des élections législatives, l’indice mesurant le moral des consommateurs allemands en septembre a baissé pour la première fois depuis un an, passant de 4,2 à 4,0 points.

La crainte du chômage explique pour partie cette dégradation. L’Allemagne devrait compter 4,1 millions de chômeurs fin 2010, contre 3,3 millions actuellement. En cause aussi, l’effet de la hausse du prix du pétrole sur le revenu des ménages.

Dans ce contexte, le gouvernement parie que la baisse des impôts aura un impact psychologique. Si tel est le cas, la croissance de la consommation qui s’en suivra devrait améliorer les rentrées fiscales. Dans le cas contraire, le déficit budgétaire se creusera un peu plus. La dette publique allemande est actuellement de 1500 milliards d’euros, un niveau voisin de celui enregistré par la France.

Christophe Bys

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