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"Pour que l'innovation se déploie, il faut prendre des risques", affirme Miguel de Fontenay

Christophe Bys , ,

Publié le

Miguel de Fontenay dirige les activités de conseil de Mazars. Il a contribué à "Et la confiance bordel", un ouvrage collectif de l’institut Montaigne et FinanciElles. Le consultant réfléchit au lien entre confiance et innovation. Il approfondit cette question en décryptant la relation entre les start-up et les grandes entreprises.

Pour que l'innovation se déploie, il faut prendre des risques, affirme Miguel de Fontenay © Mazars

L'Usine Nouvelle - Comment vous, le consultant, avez vous été conduit à vous intéresser au lien entre la confiance et l'innovation ?

Miguel de Fontenay - Nous travaillons régulièrement sur des questions de transformation d'entreprises pour lesquels la confiance est un ingrédient central. Pour que l'innovation se déploie, il faut une capacité à prendre des risques. Or, on prend d'autant plus des risques qu'on se meut dans un environnement où règne la confiance :  confiance en soi, dans sa vision, dans son management et dans sa capacité d’évoluer et de croître dans son marché. Cela est vrai dans le secteur privé, dans le secteur public, mais aussi, j'en suis convaincu, à l'échelle d'un pays. Notre économie a besoin de se redresser. Cela passe par la croissance, plus de compétitivité par de l'innovation, elle sera très difficile à stimuler si on n'a pas restauré un minimum de confiance.

La confiance ne se décrète pas, les hommes politiques en savent quelque chose. Il faut du temps pour la créer, la construire. Comment faire quand il faut agir vite dans le monde professionnel ?  

Si on est obsédé par le court terme, par les résultats à trois mois, il est quasi impossible de se mettre dans une situation d'innovation. Je ne dis pas qu'une entreprise ne doit pas regarder ses résultats trimestriels, mais ils ne doivent pas prendre toute la place, être le seul critère de prise de décision et d’investissement. Le résultat à moyen long terme doit être aussi pris en compte. Il faut savoir qu'on ne réussit pas à tous les coups et ne pas pénaliser celui qui échoue pour créer un environnement de confiance. On n'y prend pas toujours assez garde, mais une rupture dans la confiance peut conduire les personnes innovantes à quitter l'entreprise. Elle ne peut pas passer son temps à les contrôler avec des reporting qui à force peuvent miner les forces créatives.

Justement les cabinets comme les vôtres ont beaucoup incité les entreprises à mettre en place des organisations efficaces à court terme. Vous appelez à un retour en arrière ?

Sûrement pas. Encore une fois, je suis certain que les rapports financiers réguliers sont nécessaires, mais ils ne doivent pas être l’alpha et l’omega de la conduite de l’entreprise. C’est contre l’excès de reporting régulier qu’il faut se mobiliser. Or, je pense que durant la dernière décennie, les entreprises ont été obsédées par la mesure de la performance, par le contrôle de gestion, le respect du business plan. Elles ont tout voulu planifier. D'où une perte de vitesse sur l’innovation.

Je parle bien sûr de certaines grandes entreprises. Faites l'expérience, parlez d'innovation autour de vous, les gens vous répondront start-up, incubateur.. Ce sont des lieux peu structurés, où l'environnement est moins contraint que dans une grande entreprise. La notion de plaisir de travailler ensemble y occupe une place centrale.

Au travers de mes contacts, je peux vous dire que beaucoup de chefs d'entreprise sont conscients de cela et essaient de faire bouger leur organisation pour retrouver ces sensations en leur sein. Ils cherchent à faire bouger les lignes. 

Vous venez de parler de plaisir. Vous insistez sur cette notion dans votre article. Retrouver le plaisir est-ce la priorité des priorités ?

Innover, créer quelque chose de nouveau ne se fait pas sans plaisir. Les entreprises doivent créer un environnement favorable. On ne peut pas se contenter d'une économie où l'innovation ne vient que des start-up. Les entreprises doivent mobiliser le management pour qu'il identifie les personnes innovantes, pour les soutenir. Les femmes, les hommes, le management ont un rôle essentiel dans la confiance. Encore faut-il leur donner les outils nécessaires pour la créer et ne pas les transformer en contremaîtres.

Pourquoi l'innovation ne se transforme en succès de marchés dans nos starts-up françaises ?

Une des difficultés est de rendre l'innovation monétisable. Cela passe par une phase d'industrialisation, que les jeunes pousses ne maîtrisent pas. Je suis toujours très frappé quand on se pose la question un peu tarte à la crème "mais pourquoi n'avons nous pas de Google français ?" On oublie quelque chose de fondamental. Les fondateurs des start-up californiennes ne le font pas pour le seul plaisir d'innover mais pour faire de l'argent, beaucoup d’argent, et ils n’ont pas peur de le dire haut et fort.

Comment font les industriels attirer les jeunes qui veulent innover ?

C'est un vrai problème. Il y a, chez certains jeunes diplômés, une vraie volonté de ne pas intégrer l'entreprise. Pour réussir, les entreprises vont devoir trouver vite les moyens d'accueillir l'innovation en leur sein. Là encore, il faut créer ces zones de confort dont nous parlons. C'est une urgence.

La défiance semble enkystée dans la société française. Comment en sortir ?

Je suis d'un naturel optimiste, je suis persuadé qu'il y a des solutions. Pour recréer de la confiance, deux ou trois mesures fortes peuvent changer le climat. Par exemple, dire fort que l'entreprise a une stratégie à long terme, l'écrire, la partager et l'appliquer. Le management n'a pas à accepter tous les diktats de la bourse. Il doit savoir imposer une stratégie, c'est une clé pour donner envie de travailler, car on redonne du sens.

Une autre piste est de créer des plates-formes d'innovation. Un grand groupe de distribution a ainsi insufflé de l'innovation à tous les étages, y compris au plus haut niveau. On accepte les idées, même les plus utopiques, qui viennent des salariés. Toutes ne réussissent pas mais le message est clair : avoir des idées neuves est encouragé, on peut tenter et rater et on ne sera pas pénalisé.

Une dernière piste est de créer des ponts entre les starts-up et les entreprises, entre l'entreprise et l'université. Plus l'entreprise sera reliée à d'autres univers que le sien, plus elle pourra être innovante.  

Propos recueillis par Christophe Bys

Sommaire et extraits de "Et la confiance bordel ?"

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