Pour produire de l'aluminium, la Chine consomme trop de charbon

Malgré des efforts réalisés pour réduire l’intensité énergétique de la production d’aluminium primaire, la Chine utilise dans ce cadre une électricité issue à 90% du charbon. A l’approche de la COP21, l’image du pays en souffre.

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En Chine, 90% de l’électricité utilisée dans le cadre de la production primaire d’aluminium provient du charbon, rappellent Yves Jégourel, professeur à l’Université de Bordeaux, et Philippe Chalmin, professeur à l’Université Paris-Dauphine. Ils publient sous la houlette d’Aluwatch, un groupe de travail consacré aux évolutions du marché de l’aluminium, un rapport consacré aux implications environnementales de la production de ce métal par la Chine. Dans un contexte de surproduction et de pression environnementale accrue, "il n’y a aucune logique pour la Chine de continuer à développer sa production d’aluminium", estime Philippe Chalmin. "Chaque tonne en excédent se paie, d’un point de vue environnemental, au prix fort", souligne Yves Jégourel. A l’échelle mondiale, la production d’une tonne d’aluminium entraîne en moyenne 16,5 tonnes d’émissions de gaz à effet de serre !

Ces interrogations sont liées à la part grandissante prise par la Chine en matière de production d’aluminium. En 2014, le pays a assuré 55% des approvisionnements mondiaux en aluminium, avec 27,5 millions de tonnes (Mt) fournies. Chalco est désormais la deuxième entreprise productrice d’aluminium, en volume, dans le monde, derrière le russe Rusal, tandis qu’Hongqiao se hisse au quatrième rang, derrière Rio Tinto Alcan. "Toutefois, il ne faut pas croire qu’un bureau central gère la production d’aluminium, tempère Philippe Chalmin. Les sociétés d’Etat, qui sont présentes à plusieurs échelons administratifs, gèrent beaucoup de choses et se font souvent concurrence."

Davantage d’efforts à fournir

L’intensité énergétique nécessaire pour produire une tonne d'aluminium a diminué de façon constante depuis 1980, passant d'une moyenne mondiale de près de 17 000 kWh en 1980 à 14 289 kWh en 2014. Selon les derniers chiffres de l’Institut international de l’aluminium (IAI), la Chine a été l’an dernier le pays qui a consommé le moins d’énergie dans le cadre de la production de ce métal (13,596 kWh). Ces efforts sont néanmoins contrecarrés par l’utilisation massive du charbon, dont la Chine est le premier consommateur mondial. En Amérique du Nord, 83% de l’électricité nécessaire à la production d’aluminium primaire est générée par des moyens hydrauliques, contre 52% en 2014. D’après l’Agence internationale de l’énergie, l’industrie de la production d’aluminium primaire représente 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Des initiatives ont été prises par la Chine pour limiter les conséquences environnementales de la production d’aluminium, en ordre dispersé. Ainsi, le développement de nouvelles fonderies avec des capacités de production inférieure à 100 000 tonnes par an a été interdit en 2003, et des améliorations technologiques liées à l’intensité énergétique ont été incitées ou imposées aux producteurs. Une réforme du marché de l’électricité a pour sa part été engagée en 2009, les fonderies étant facturées selon leur consommation effective. "Pendant longtemps, il n’y a pas eu de prix de marché de l’électricité en Chine, avec une politique accommodante. Le marché chinois de l’électricité ne fonctionne pas de manière optimale, ce qui n’incite pas à l’évolution du mix énergétique des industriels. Le pays est pourtant celui qui a le plus fort potentiel hydroélectrique au monde !", explique Yves Jégourel.

Le carbone n’a pas de prix

Dès lors, la prise de conscience des industriels de la nécessité environnementale de modifier leur mix énergétique pourrait passer par une tarification du carbone. "Le coût de revient chinois de l’aluminium est fonction d’un élément qui, pour l’instant, n’a pas de prix : le carbone. Cela relève cependant de l’utopie", indique Philippe Chalmin. A l’approche de la COP 21, le chercheur constate aussi le faible développement de l’économie circulaire dans le secteur : "on est encore dans la phase d’expansion du marché de l’aluminium, où le recyclage demeure peu répandu. L’aluminium de deuxième fusion prendra, à l’avenir, de plus en plus de place. Les métaux constituent le champ des matériaux où le recyclage est le plus facile, hormis les déchets d’équipements électriques et électroniques."

Franck Stassi

"Des efforts de recherche et développement ont déjà été réalisés dans la filière"
Trois questions à Yves Jégourel, maître de conférences à l’Université de Bordeaux

Comment les professionnels de l'aluminium ont-ils œuvré, depuis 1980, en vue d'une meilleure performance énergétique ?
Clairement, tout un effort de recherche et de développement a été fait sur l’opération de smelting (l’opération de passage de l’alumine en aluminium liquide). Une amélioration du processus d’électrolyse a permis de réduire les émissions énergétiques, tandis que les émissions de perfluorocarbures (PFC). De plus, certains pays tels que la Chine ont amélioré les performances énergétiques du raffinage de la bauxite en alumine. L’ensemble des acteurs mondiaux peuvent participer aux évaluations des émissions de gaz à effet de serre, notamment celles réalisées par l’Institut international de l’aluminium.

Dans le cadre de sa production d'aluminium, de quelle manière la Chine pourrait-elle être plus respectueuse de l'environnement ?
Rappelons-le, la Chine a réalisé d’énormes efforts environnementaux en termes de consommation d’énergie. Elle a la consommation énergétique la plus faible lors de la conversion alumine-aluminium. Le mix énergétique utilisé pour générer cette électricité dépend à 90% du charbon. Des progrès sont à réaliser en matière d’évolution du mix énergétique, en faveur de l’hydroélectricité.

Comment pourrait évoluer le paysage mondial des producteurs d'aluminium, baisse des prix oblige ?
Les mutations sont déjà en cours. Au niveau de l’aluminium primaire, on constate la prédominance des industriels chinois et les difficultés des producteurs historiques. Pour avoir une vision complète du marché, il faut s’intéresser à l’ensemble de la chaîne de production. Des stratégies de différenciation par la qualité peuvent être possibles.

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