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L'Usine de l'Energie

Pour Patrick Pouyanné, "il faut gérer le climat, une ressource rare"

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Entretien Développer les biocarburants et le solaire, privilégier le gaz… Patrick Pouyanné, le directeur général de Total, évoque des pistes pour aller vers une économie bas carbone.

Pour Patrick Pouyanné, il faut gérer le climat, une ressource rare

L'Usine Nouvelle - Parler de climat avec un pétrolier, c’est presque un comble…

Patrick Pouyanné - Je dois reconnaître qu’en la matière, notre discours est compliqué à faire passer. Les produits que les pétroliers mettent sur le marché sont des émetteurs de CO2. Ils constituent environ un tiers des émissions mondiales et nous sommes donc clairement en partie responsables du problème. Le paradoxe, c’est que nous sommes aussi une partie de la solution.

Quand vous parlez de solutions, vous parlez des énergies fossiles ?

Oui ! Même dans les scénarios les plus agressifs, au bon sens du terme, destinés à protéger le climat, le mix énergétique mondial contient toujours 60 % à 70 % d’énergies fossiles, c’est-à-dire du charbon, du pétrole et du gaz. Parmi eux, il y en a un qui émet bien plus de CO2 que les autres, c’est le charbon : deux fois plus que le gaz et 1,5 fois plus que le pétrole. Et il y en a un qui en émet moins que les deux autres, c’est le gaz. L’une des mues qu’a engagées Total est de devenir de plus en plus gazier. C’est notre première contribution au climat. Cela est peu connu mais, en 2014, Total a produit autant de gaz que de pétrole. Il est vrai que le marché du gaz croît plus vite que celui du pétrole et les réserves de gaz, plus complexes à transporter donc à commercialiser que le pétrole, ont été moins exploitées.

Pourtant, le gaz n’est pas perçu différemment des autres sources d’énergie fossiles d’un point de vue environnemental…

Dans le débat public, il y a l’idée que transition énergétique équivaut à énergies renouvelables. Je ne réfute pas cette idée de la nécessaire émergence des renouvelables, mais elle ne suffit pas. L’ensemble des experts, y compris ceux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), considère que dans tout mix énergétique, il y aura au moins 60 % d’énergies fossiles… Peut-être se trompent-ils, peut-être ne sera-ce que 50 %, mais il y aura des énergies fossiles ! Pourtant, dans la loi sur la transition énergétique française, le gaz n’est pas évoqué. C’est pourtant la meilleure façon d’engager la transition énergétique mondiale. Si nous étions capables, au niveau mondial, de transformer toutes les centrales au charbon en des centrales au gaz, nous pourrions atteindre le scénario de hausse maximum des températures de 2 °C. Mais ce message n’est pas entendu, car il y a un courant bien-pensant qui a pour dogme « Pas d’énergies fossiles, que des renouvelables ». C’est un discours que nous pouvons peut-être nous permettre dans des pays développés avec un haut niveau de confort, mais il n’est pas recevable dans des pays en développement comme l’Inde ou la Chine. Il y a deux milliards d’individus qui n’ont pas du tout accès à l’électricité aujourd’hui et on ne peut pas vouloir les cantonner dans cet état-là. Il faut regarder la réalité économique du monde ! Les pays occidentaux ne peuvent pas imposer leur bon vouloir aux autres. Les pays émergents ont besoin d’énergie et ce serait mieux qu’un pays comme l’Inde développe sa consommation énergétique en utilisant du gaz plutôt que du charbon… À nous, pétroliers et gaziers, de faire notre travail !

Est-ce qu’il ne faudrait pas établir un prix du carbone au niveau mondial, comme le demandent certaines entreprises en amont du sommet de Paris sur le climat (COP21) ?

La planète doit gérer une ressource rare : son climat. Et tous les économistes vous le diront : mettre un prix sur le facteur qui distord le climat est un bon moyen d’orienter les comportements des acteurs. Cela permettrait de discriminer définitivement le charbon face au gaz. Nous soutenons donc l’émergence d’un prix du CO2 au niveau mondial, pas seulement en Europe. L’un de mes premiers actes à la tête de Total a d’ailleurs été de signer la charte Global Compact des Nations unies, un groupement d’entreprises qui appelle, entre autres, à fixer un prix mondial du carbone. Nous pensons qu’un prix du carbone finira inéluctablement par s’imposer. Chez Total, depuis une dizaine d’années, nous évaluons d’ailleurs tous nos investissements en prenant en compte un prix du carbone de 25 euros la tonne. Mais nous sommes aussi des raffineurs et des pétrochimistes. Nous avons des concurrents, notamment outre-Atlantique, et il serait bien que, si un prix est fixé, il ne distorde pas la concurrence et concerne toutes les économies développées et sans doute également la Chine… La COP21 va contribuer à faire avancer ces idées.

Vous investissez aussi dans le solaire et dans les biocarburants. C’est cela la transition énergétique selon Total ?

Total réalise une mue que tous les pétroliers ne font pas. Nous voyons se développer de nouveaux marchés dans les énergies renouvelables. Ils occuperont 15 à 20 % du mix énergétique mondial à l’horizon 2035. C’est une réelle opportunité de diversification… à condition de démontrer que ces énergies sont profitables. Car le développement durable n’est pas possible sans profits. Nous avons déjà une stratégie dans le solaire : 3 % des 100 milliards de dollars d’actifs [quelque 90 milliard d’euros] de Total y sont engagés, en particulier dans la société américaine SunPower, le numéro deux mondial des équipements solaires. Désormais, nous investissons à l’échelle industrielle dans les biocarburants avec la transformation de la raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône) en bioraffinerie pour produire du biodiesel. Pendant longtemps, les pétroliers, dont Total, se sont opposés au développement et à la distribution des carburants verts, parce que ces derniers étaient en concurrence avec leurs propres marchés de carburants pétroliers. Désormais, nous souhaitons être un acteur du marché des biocarburants qui croît et nous pouvons y développer une activité rentable.

Cette mue est-elle liée au cycle bas des prix du pétrole ?

Non, cette diversification est une vision à moyen et à long terme liée à l’évolution du mix énergétique mondial plutôt qu’à la conjoncture actuelle. Le cycle bas des prix du pétrole nous pousse plutôt à conserver le modèle intégré de Total sur les chaînes pétrolière et gazière qui va de l’exploration au raffinage, à la pétrochimie et à la distribution. Des prix durablement bas du brut seraient même plutôt défavorables aux énergies renouvelables. Le solaire a émergé au cours des dix dernières années parce que les prix du pétrole étaient très élevés. C’est ce signal économique fort qui a favorisé l’émergence de ces technologies des renouvelables. Il a libéré un espace de développement qui n’existait pas auparavant. Force est de constater qu’aux États-Unis, le solaire se porte moins bien aujourd’hui avec un baril à 50 dollars qu’avec un baril à 100 dollars. Mais le prix du baril remontera, car la demande énergétique croît de 3 % par an et que deux milliards d’habitants sur la planète n’ont pas accès à l’électricité.

Propos recueillis par Thibaut de Jaegher et Ludovic Dupin

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