Economie

"Pour lutter contre le chômage, on ne peut pas attendre beaucoup de l’accord emploi", selon Jean-Louis Dayan

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Entretien Alors que les chiffres des demandeurs d'emplois en février publiés ce mardi 26 mars font part d'une nouvelle hausse du chômage, le directeur du centre d'études sur l'emploi, Jean-Louis Dayan, revient sur les causes de la crise de l'emploi. Il cite notamment l'absence de croissance et la mauvaise conjoncture actuelle en Europe ainsi qu'une série de facteurs aggravants comme le recul de l'âge de la retraite. Si, d'après lui, les dispositifs mis en place par le gouvernement pourront contribuer à améliorer la situation, l'accord sur la sécurisation de l'emploi ne devrait cependant pas avoir d'effets à court terme.

Pour lutter contre le chômage, on ne peut pas attendre beaucoup de l’accord emploi, selon Jean-Louis Dayan © Pascal Guittet

L'Usine Nouvelle - Comment expliquer la persistance de la crise de l’emploi en France ?

Jean-Louis Dayan - Actuellement l’économie française non seulement ne crée pas d’emplois mais en détruit. Cela s’explique principalement par l’absence de croissance, avec des semestres à 0% au moins depuis 2012. A cette raison majeure on peut ajouter une série de facteurs aggravants comme la mauvaise conjoncture actuelle en Europe et le fait qu’avec le recul de l’âge de retraite notamment, il y a moins de départs à remplacer. On peut également constater que dans la première partie de la crise de 2008-2009, beaucoup d’entreprises avaient choisi de préserver la main d’œuvre expérimentée et qualifiée pour anticiper une reprise. Cette stratégie d’anticipation a payé puisqu’après le fort recul de l’activité la reprise a été assez rapide. Mais en ce moment, comme la crise dure, il n’y a plus vraiment d’anticipations positives, ce qui pousse les entreprises à adapter leurs effectifs.

Le gouvernement a-t-il vraiment les moyens d’inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année ?

Un certain nombre de mesures peuvent permettre au gouvernement de créer un peu plus d’emplois disponibles par rapport à la tendance spontanée. On peut citer les emplois d’avenir, des emplois largement pris en charge par l’Etat. Il semble que cela démarre lentement, ce qui est plutôt préoccupant même si ce dispositif est encore récent. Mais potentiellement, les emplois d’avenir peuvent avoir un effet immédiat sur le chômage des jeunes alors que les effets attendus du contrat de génération apparaissent plus modestes à court terme. Autre mesure, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) devrait contribuer à créer 150 000 emplois sur les cinq prochaines années selon une étude récente de l’OCDE. Enfin, tout le monde s’accorde à dire que pour lutter contre le chômage, on ne peut pas attendre beaucoup de l’accord sur la sécurisation de l’emploi. Il permettra surtout d’apporter davantage de flexibilité et une croissance plus riche en emploi en période de reprise.

On voit que l’écart avec l’Allemagne ne cesse de se creuser. La réforme du marché du travail outre-Rhin, souvent décriée en France, n’est-elle pas une solution ?

Il y a justement un débat de fonds sur ce point de la réforme structurelle du marché du travail. Si on prend l’ensemble des mesures qui font références aux lois Hartz en Allemagne, on peut se demander si c’est vraiment cet élément qui explique les performances actuelles de notre voisin : j’en doute fort. Les facteurs de la compétitivité allemande se fondent surtout sur le positionnement des produits et l’importance du tissu productif des PME industrielles. Ces atouts, qui se rapportent au concept de compétitivité hors-prix, ont eu davantage d’effets sur l’activité en Allemagne et donc sur l’emploi que les réformes Hartz, qui ont surtout contribué à développer un marché des travailleurs pauvres.

Propos recueillis par Julien Bonnet

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1 commentaire

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27/03/2013 - 09h30 -

Eh oui: l'Allemagne a une "double économie",... comme un boulanger peut gagner de l'argent à la fois en vendant 20 gros gâteaux et 500 baguettes un certain samedi. Il ne faut pas abandonner les gâteaux: c'est leur marge qui permet au boulanger de voir plus loin que les baguettes.
Plus sérieusement, c'est l'Ex-Allemagne de l'Est (surtout, mais pas seulement) qui améliore doucement son employabilité et son niveau de vie grâce aux lois Hartz, financées par "l'industrie qui marche".
Nous aussi avons une "France sous-employable", mais pas encore une activité économique clairement identifiée, ni un programme efficace, qui permette de tendre une main secourable à cette partie de ... Nous-mêmes.
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