"Pour les scandales sanitaires, l'ANSM est une alarme qui ne sonne jamais", déplore Philippe Courtois

L'avocat bordelais Philippe Courtois vient de publier avec son père le docteur Dominique Courtois "Le livre noir de la médecine : patient aujourd'hui, victime demain". Dans leur ouvrage, ils attaquent vigoureusement l'industrie pharmaceutique et pointent le manque de transparence avec les organismes publics de contrôle. Spécialisé dans le droit médical et la défense des victimes d'importants dossiers médicaux en cours (Médiator, vaccin H1 N1, pilules de 3e et 4e génération, Gardasil, prothèses PIP), Philippe Courtois a répondu aux questions de L'Usine Nouvelle.

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L'Usine Nouvelle - Dans "le livre noir de la médecine", vous dénoncez les "lobbies des laboratoires", le "mutisme des pouvoirs publics" et les "connivences malsaines" entre les organismes prétendument de défense et de contrôle. Comment en êtes-vous arrivés à ce constat ?

Si l'on regarde tous les scandales de santé publique ces dernières années, on retrouve les mêmes dénominateurs, les mêmes responsables. Les médecins, les laboratoires et bien sûr les organismes de contrôle.

L'industrie pharmaceutique est omniprésente et nous accompagne dès les premières heures de nos vies. Lorsqu'une maman s'apprête à quitter la maternité avec son bébé, on va lui conseiller une certaine marque de lait produite par un certain laboratoire. Et par la suite, les laboratoires sont présents tout au long de notre vie par le biais des médicaments, des vaccins, des dispositifs médicaux…

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L'autre constat que vous faites concerne les lanceurs d'alerte…

En effet dans le cadre de ces scandales sanitaires successifs, ce sont à chaque fois les victimes qui ont dû saisir la justice pour faire reconnaître leurs droits et pour informer les autres patients. Le Mediator est un cas à part puisque c'est le médecin Irène Frachon qui a lancé l'alerte. C'est le seul cas. Pour le sang contaminé, ce sont les victimes qui ont saisi la justice. Tout comme pour l'hormone de croissance, les prothèses PIP, la Dépakine, le Gardasil, les pilules contraceptives…

Lire aussi notre dossier L'affaire des pilules de 3ème génération

Les organismes de contrôle ne jouent pas leur rôle selon vous ?

Citez-moi un seul scandale sanitaire révélé par l'agence du médicament ! Il n'y en a aucun. L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) est une alarme… qui ne sonne jamais.

Malgré toutes ces affaires, rien n'a changé du côté des organismes de contrôle. Après le Mediator, on nous avait promis l'indépendance de l'ANSM. Mais ce n'est pas le cas, la preuve, l'histoire se reproduit.
L'ANSM est financée à 80% par les taxes payées par les laboratoires, notamment celle prélevée pour l'autorisation de mise sur le marché d'un produit. On peut ainsi se demander pourquoi l'agence a autorisé la mise sur le marché du Pradaxa (un anticoagulant) en 2008 sans qu'il n'existe d'antidote à ce médicament… Il faut savoir que potentiellement la mise sur le marché de ce produit allait lui rapporter 1 milliard d'euros. L'antidote n'est apparu que fin 2015 (pour les patients ayant une hémorragie liée à cet anticoagulant oral ou devant être opérés en urgence, ndlr).

Plus récemment, le cas dramatique de l'essai clinique de Rennes. Le protocole avait pourtant été validé par l'ANSM. On lance une idée auprès de nos gouvernants : pourquoi ne pas privatiser les agences de contrôle ?

Propos recueillis par Astrid Gouzik

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