Pour les nouveaux TGV, la SNCF a mis la charrue avant les bœufs

Panne monstrueuse à Paris-Montparnasse, dysfonctionnements sur la nouvelle ligne à grande vitesse entre Paris et Bordeaux, coupures de lignes suite aux incendies... L'été pourri de la SNCF n'est pas encore fini!

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Pour les nouveaux TGV, la SNCF a mis la charrue avant les bœufs
Inauguration de la LGV Paris - Bordeaux

L’été 2017 avait démarré dans la joie et l'allégresse avec l'inauguration et la mise en service de deux nouvelles lignes ferroviaires à grande vitesse – Tours-Bordeaux et Le Mans-Rennes. Du jamais vu ! Malheureusement, les semaines suivantes vont tourner au cauchemar et la SNCF va vite retomber sur terre…

Samedi 19 août, le TGV Bordeaux-Paris, attendu à 12 heures 08 gare Montparnasse, arrive dans la capitale avec 25 minutes de retard. Les explications : un voyageur handicapé arrivé dans la gare girondine avec retard et surtout des problèmes de caténaires ont ralenti le train durant le trajet. Tout bon usager des transports franciliens pensait que les problèmes de caténaires concernaient les lignes de train vétustes. Et non, cela arrive même sur les lignes toutes neuves, comme la LGV SEA (Sud-Europe-Atlantique), inaugurée en grande pompe le 1er juillet.

Des retards liés au déverminage

Cette ligne semble cumuler les retards depuis sa mise en service le 2 juillet. La lettre spécialisée Mobilettre évoquait dans son édition du 28 juillet, un taux de régularité de 60 % à 70 %. C'était avant la grande panne de la gare Montparnasse… Ni la SNCF, ni Lisea, la société concessionnaire qui exploite la LGV entre Tours et Bordeaux, ne souhaitent s’exprimer sur le sujet. Pour Frédéric Le Merrer, secrétaire général de la CGT Cheminots Paris Rive Gauche, "ces problèmes sont en grande partie dues au déverminage [période pendant laquelle sont solutionnés les problèmes rencontrés suite à la mise en service], une période qui semble plus longue que d’habitude".

La panne gigantesque qui a affecté la gare Montparnasse et mis des milliers de voyageurs dans la panade du 29 juillet au 1er août serait due, selon Guillaume Pepy, le patron de la SNCF, ... aux nouvelles LGV. Un rapport réalisé par la SNCF au lendemain de ces incidents le confirme. "Après trois nuits d’investigations conduites par 50 agents de SNCF Réseau mobilisés par roulements, il a été établi que la panne était liée à un défaut d’isolement électrique consécutif à un câblage opéré trois semaines auparavant. Celui-ci a été établi dans le cadre des travaux de préparation de l’augmentation de capacité de la gare de Montparnasse pour faire face à la croissance attendue du TGV Océane. L’anomalie a été corrigée dans la nuit du lundi au mardi."

Ironie du sort, cet incident est survenu deux semaines après la publication d’un rapport intitulé "A la reconquête de la robustesse des services ferroviaires". Les experts évoquaient un certain nombre de dysfonctionnements, pas forcément liés à l’état du réseau, mais à une mauvaise organisation ou une informatique obsolète.

Une mise en service précipitée

Au poste de signalisation de Vanves (Hauts-de-Seine), un nouveau système devait être mis en place pour absorber autour de la gare parisienne l’augmentation du trafic liée à la mise en service des deux nouvelles LGV. "On n’a jamais connu un tel incident. Je pense que la communication a pris le pas sur le reste. Les LGV n’auraient pas dû être mises en service début juillet, mais plus tard. Le nouveau système de commandes informatiques devait prendre le relais et être livré en avril pour une mise en service le 2 juillet, dénonce Frédéric Le Merrer. Or, il n’a été livré qu’en août et ne fonctionne pas encore. La SNCF a pensé pouvoir fonctionner l’été avec l’ancien système en raison d’une baisse du nombre de trains de banlieue et de TER pendant cette période."

A la multiplication des retards, il faut ajouter un volume sonore dépassant souvent les normes le long de la nouvelle ligne à grande vitesse. En Gironde, les habitants de certaines communes sont exaspérés par les nuisances sonores. Ils ont enregistré jusqu’à 90 décibels de volume sonore au passage des trains au lieu des 55 décibels autorisés la nuit et les 60 le jour. Du coup, Lisea, la société concessionnaire, a annoncé dans un communiqué qu’elle allait lancer une centaine de mesures acoustiques en septembre (bien plus en réalité) qui seront réalisés par le CEREMA, un organisme indépendant. Pour une ligne qui devait être exemplaire en matière d’environnement, ces décibels font mauvais genre. Lisea assure que cet impact acoustique est inhérent à ce type d’infrastructures et qu’elle a "une obligation contractuelle qui lui impose une campagne de mesure acoustique la première année qui suit la mise en service de la ligne". Les mesures vont se poursuivre jusqu’au printemps prochain. Les solutions viendront ensuite… "Dans l’optique où le seuil réglementaire de bruit moyen ne serait pas respecté, nous étudierons les aménagements complémentaires nécessaires et la mise en œuvre de travaux", a répondu le service de communication de Lisea à l’Usine Nouvelle.


Des investissements record

Les investissements pour rénover le réseau ferroviaire français n’ont jamais été aussi élevés. En 2016, SNCF Réseau a investi 5,2 milliards d’euros, dont 70 % sur fonds propres. 2,8 milliards d’euros ont été consacrés au renouvellement du réseau. Soit quelque 1 500 chantiers correspondant à 1 000 kilomètres de voies, dont 20 % en Ile-de-France, et 463 aiguillages. Avec SNCF Mobilité, cela fait 8,6 milliards d’euros d’investissement. Après trente ans d’abandon des lignes classiques au profit du tout TGV, l’Etat a compris que l’on ne pouvait pas continuer à laisser se dégrader le deuxième réseau européen. Le gouvernement d'Edouard Philippe entend bien poursuivre sur cette voie quitte à sacrifier les projets de nouvelles lignes à grande vitesse. Mais il faudra attendre des années pour  engranger les bénéfices de cet aggiornamento. L’accord signé le 20 décembre 2016 par la SNCF avec l’Etat sur le contrat de performance de la société garantit 46 milliards d’euros d’investissements au cours des dix prochaines années. 

4 Commentaires

Pour les nouveaux TGV, la SNCF a mis la charrue avant les bœufs

Dr Dre
25/08/2017 19h:21

L'article entretien le flou sur le rôle des différents acteurs : un incident caténaire sur SEA est du ressort de LISEA/MESEA et pas de SNCF (réseau ou mobilité ). Quant au volet sur le nouveau système informatique livré en retard, l'explication semble un peu légère, le système actuel pouvant gérer le nombre de trains prévus sur la période. En revanche il convient de se poser la question de la réception des travaux, qui mal exécutés, ont conduit à la pagaille de Montparnasse

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SAINT-AUBIN Eric
26/08/2017 09h:06

La SNCF est très mal gérée et le gaspillage tous azimuts ''va bon train'' si l'on peut s'exprimer ainsi. Que ce soit au niveau du recrutement des gilets bleus ou des gilets rouges qui ne fichent rien de la journée (allez voir gare Saint-Lazare) ou des contrôleurs qui oublient souvent de contrôler quant il s'agit de ''français'' venus d'ailleurs (exemple marquant à la gare de Mantes-la-Jolie), on se cloître dans le local de service et on attend que ça se passe. Pitoyable ! Je prends le train chaque jour depuis des années, je pourrais écrire un livre qui s'intitulerait ''la SNCF face à la fraude''. Un véritable scandale en vérité, on verbalise lourdement les blancs et on transige avec les autres ; où est l'équité ? Je ne parle pas des multiples retards ou suppressions de train, un cauchemar !

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Réaction(s)
Elie
28/08/2017 23h:46

Postuler à la SNCF, vous qui êtes si fort!

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Mediarail.be
30/08/2017 13h:05

Le passage sur les riverains SEA est dénué de bon sens : fatalement qu'ils ont du bruit depuis juillet. Jusqu'en juin, il n'y avait aucun traffic et jadis... aucun chemin de fer ! Passer soudainement du calme plat au trafic intense, ben oui, ça change la vie. Depuis l'acceptation du projet - ca fait tout de meme DES années - les riverains devaient se rendre compte qu'un jour, ca ferait du bruit, le TGV. Aaah la psychologie humaine....

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