Pour les industriels des viandes, "le Smic allemand peut réduire les distorsions de concurrence avec les abattoirs français"

L’Allemagne va instaurer un Smic généralisé à 8,5 euros de l'heure en 2015, selon l'accord signé entre la chancelière, Angela Merkel, et le SPD, ce mercredi 27 novembre. Depuis longtemps, les industriels français des viandes dénoncent des distorsions de concurrence sur les salaires dans les abattoirs. Si l’annonce allemande est un "signe positif" pour le directeur général du Syndicat des industries des viandes (Sniv-SNCP), Pierre Halliez ne veut pas lâcher la pression. Pour lui "les choses doivent évoluer aussi en Europe sur les règles régissant le travail détaché de salariés", avec une nouvelle directive. 

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Pour les industriels des viandes,

L'Usine Nouvelle - Comment avez-vous accueilli les déclarations de la chancelière allemande Angela Merkel le 21 novembre sur l'instauration d'un salaire minimum généralisé ?

Pierre Halliez - L’orientation qu’elle a donnée est une avancée significative. Pour autant la bataille est loin d’être gagnée. Il ne faut pas relâcher la pression. Car si cela bouge au niveau du salaire minimum en Allemagne, il faut aussi que les choses évoluent en Europe sur les règles régissant le travail détaché de salariés. Aujourd’hui, devant le flou et le manque d’encadrement du dispositif, les abattoirs allemands cotisent des prestations sociales pour leurs travailleurs détachés au taux de leur pays d’origine, c’est-à-dire très bas. Cela se fait sous couvert de prestations de services. Or dans le cadre de l’abattage de viandes, il ne peut pas s’agir de prestations de services, puisqu’il n’y a pas de durée limitée et de mise à disposition de savoir-faire spécifique. Il y a actuellement un projet de révision de la directive 96/71/CE sur les travailleurs détachés fait par la Commission européenne. Elle propose d’adopter des règles plus strictes sur la qualification du travail détaché et de renforcer les contrôles entre les Etats membres. Pour l’instant, il n’y a pas de majorité entre les Etats. La France et la Belgique ont réussi à convaincre l’Allemagne mais se heurtent au refus de la Grande-Bretagne, de l’Italie et des pays de l’Est. Le prochain rendez-vous sur le sujet est fixé les 9 et 10 décembre.

Pensez-vous qu’il puisse y avoir une marche arrière de la part d’Angela Merkel ?

Je ne pense pas qu’elle revienne sur ses déclarations. Ce point est un élément essentiel de l’accord avec le parti SPD pour créer une coalition gouvernementale. Il y a, de plus, la pression de plusieurs états membres et des médias Outre-Rhin qui ont beaucoup dénoncé les conditions de travail dans les abattoirs allemands ces derniers mois. En France, les industriels de la viande ont porté ce dossier à Bruxelles et ont été rejoints ensuite par la Belgique, pour infléchir la position de l’Allemagne. En revanche, Angela Merkel a accepté cette mesure à contre-cœur. Elle risque de proposer des compensations financières pour les entreprises. Mais sous quelle forme ? Si des compensations sont mises en place, ça ne réglera absolument pas le problème. Cela maintiendrait le phénomène distorsif.

Selon vous, quelles pourraient être les modalités de l’application de ce Smic en Allemagne ?

Pour l’instant, il s’agit que d’une déclaration d’intention pour un Smic généralisé et non par branche. Ce qui est déjà une bonne chose. Mais tout reste à définir en matière de délai d’application et de niveau de coût horaire. Si le seuil de ce Smic est fixé à 8,50 euros de l’heure, comme le réclame le SPD, cela aurait un véritable effet de réduction de la distorsion de concurrence avec les entreprises françaises. Aujourd’hui, les salaires que touchent les salariés roumains, détachés en Allemagne, sont autour de 4 euros de l’heure. En France, c’est trois fois plus. Il y a urgence pour la filière des industriels de la viande en France.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

1 Commentaire

Pour les industriels des viandes, "le Smic allemand peut réduire les distorsions de concurrence avec les abattoirs français"

mycop
30/11/2013 10h:28

Angela Merkel a dit qu'elle demanderait un moratoire d'application du smic, sur plusieurs années, en ex Allemagne de l'Est, pour des raisons de disparité économique ou de rattrage par rapport au reste de l'Allemagne. Or l'Allemagne de l'Est est proche des travailleurs de l'est et s'y trouvent les grandes "usines" d'élevage (ex. porc) et d'abattage.

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