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L'Usine de l'Energie

Pour le PDG de Saint-Gobain "l'énergie est un facteur fondamental de compétitivité"

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Entretien Pierre-André de Chalendar, le PDG de Saint-Gobain, regrette que la France ne fasse pas bénéficier l’industrie de ses avantages en matière de coût de l’électricité. Il assure que les industriels sont prêts pour développer l’efficacité énergétique, notamment des bâtiments.

Pour le PDG de Saint-Gobain l'énergie est un facteur fondamental de compétitivité

L'Usine Nouvelle - Comment jugez-vous le débat sur la transition énergétique ?

Pierre-André de Chalendar - C’est un sujet très important. Il représente une occasion unique de faire prendre conscience de l’enjeu d’une transition énergétique intelligente et d’allier un soutien à l’industrie. Au début, les entreprises n’ont pas été assez associées. Mais cette situation s’est améliorée. L’industrie doit être entendue ! Un groupe de contact des entreprises a été créé au début de l’année pour émettre des propositions. Saint-Gobain a accepté de le présider.

En quoi l’industrie est-elle au centre de ce débat ?

L’énergie est un facteur fondamental de compétitivité. On a beaucoup parlé de la compétitivité liée au coût du travail ces derniers mois. Mais il faut avoir à l’esprit que pour beaucoup d’industriels, l’énergie est aussi un élément très important. Les coûts de l’énergie en Europe sont beaucoup plus élevés pour les industriels qu’aux États-Unis, qui profitent de la révolution du gaz de schiste. Dans le même temps, la France ne fait pas bénéficier l’industrie de ses avantages en matière de coût de l’électricité. Le particulier français paie son électricité moitié moins chère qu’un Allemand. Mais l’industriel français électro-intensif la paie, lui, au même prix que son homologue allemand, voire un peu plus…

Comment expliquer cette différence entre les particuliers et les industriels ?

Depuis trente ans, tous les choix énergétiques ont été effectués en privilégiant le consommateur par rapport au producteur. C’est d’ailleurs l’un des éléments de l’acceptabilité de l’énergie nucléaire en France. Les Allemands ont fait les choix inverses. C’est un paradoxe incroyable ! Suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima, les industriels allemands ont multiplié les actions et bénéficient désormais de dégrèvements importants.

Comment comptez-vous le faire savoir ?

Nous devons expliquer que pour nombre d’industriels, l’énergie est un facteur majeur de compétitivité. Pour beaucoup d’activités industrielles de Saint-Gobain, le prix de l’énergie représente environ 20% de ses coûts de production. Pour des matériaux comme l’aluminium, l’acier ou de nombreux produits chimiques, cela peut aller jusqu’à 50%. C’est l’un des principaux messages que les entreprises portent dans le cadre du débat sur la transition énergétique. Il ne faut pas se tirer une balle dans le pied mais faire attention à ne pas avoir un mix énergétique qui renchérit le coût pour les industriels. Pour ce faire, le premier levier est d’avoir un mix énergétique globalement compétitif.

L’interdiction de l’exploitation du gaz de schiste en France est-elle dommageable ?

La première étape, c’est d’accepter de faire des recherches. Il y a un débat au sein du gouvernement et malgré un certain nombre de blocages, j’espère que cela va évoluer. Il est dommage que la France, qui dispose d’entreprises de premier plan mondial dans le secteur de l’exploration se prive d’étudier le sujet. On ne sait même pas si cela serait un facteur de croissance pour la France ou si on ne pourrait pas ainsi maintenir sur le territoire des industries très intensives en énergie, plutôt que de les laisser partir à l’étranger. Il me semble essentiel d’essayer de savoir.

Quelle est la place du bâtiment dans cette transition énergétique qui se dessine ?

Les industriels européens ont de tels problèmes de compétitivité qu’ils réduisent leurs coûts par tous les moyens. Saint-Gobain a vu son intensité énergétique baisser de 20% ces quinze dernières années. Mais dans de nombreux cas, les industriels ont atteint une limite. Le gisement le plus important se situe dans le bâtiment. Si l’on mettait en œuvre la Réglementation thermique 2012 dans tout le parc immobilier, on diminuerait probablement de 80% la consommation du secteur. Avec un renouvellement du parc de 1% par an, la construction ne suffira pas. L’enjeu est bien celui de la rénovation énergétique. Le sujet n’est plus de savoir s’il faut le faire, mais comment agir pour aller plus vite.

Comment peut-on favoriser cette rénovation thermique ?

Compte tenu des contraintes qui pèsent sur les finances publiques dans la majorité des pays, et en particulier en France, je pense qu’il faut s’intéresser à la voie normative et réglementaire qui rendrait dans un certain nombre de cas les travaux de rénovation thermique obligatoires. Par exemple, les travaux devraient, au-delà d’un seuil minimal, comporter un volet d’efficacité énergétique. L’obligation de travaux n’est pas nécessairement aussi folle que certains voudraient le faire croire. Il y a cinquante ans, André Malraux a bien réussi à rendre obligatoire le ravalement des façades. On pourrait aller vers une obligation d’isolation au moment des ravalements ou de la réfection de la couverture des immeubles collectifs, ce qui est toujours vite amorti. Et pour les maisons individuelles, pourquoi ne pas imaginer, par ailleurs, une obligation de travaux lors de la vente d’un bien, en combinant celle-ci avec des aides…

Que pensez-vous du plan d’urgence annoncé par François Hollande ?

Ce plan est positif, mais il est très insuffisant sur le volet de la rénovation énergétique. Les pistes que je viens d’évoquer pourraient, je l’espère, figurer dans de futures mesures. En ce qui concerne la construction, tout ce qui est lié à la libération du foncier va dans la bonne direction. Mais pour la rénovation, j’espère qu’il y aura une deuxième étape. Par rapport aux objectifs annoncés par François Hollande il y a un an, nous avons reculé. Si la Réglementation thermique 2012 nous a mis au niveau des bons élèves européens pour le neuf, nous sommes très en retard par rapport à l’Allemagne et aux pays scandinaves sur le volet de la rénovation.

Quel est l’intérêt économique de l’efficacité énergétique ?

Plus les prix de l’énergie augmentent, plus les économies d’énergie ont d’intérêt. Les prix du gaz, du fioul et de l’électricité vont augmenter en Europe ces prochaines années. Ces augmentations ont un impact sur les personnes en situation de précarité énergétique et réduisent le pouvoir d’achat de tous. L’efficacité énergétique, c’est positif pour tout le monde ! Par ailleurs, le bâtiment est un secteur créateur d’emplois non délocalisables. De plus, ces économies auraient un impact positif sur la compétitivité du pays, sur le commerce extérieur et sur un groupe comme Saint-Gobain. L’an passé, alors que le marché de la construction était en baisse, nos ventes de laine de verre ont augmenté de plus de 5%.

En plus de cette politique de la demande, les industriels ne doivent-ils pas être plus innovants ?

Les industriels sont prêts ! Les solutions existent. Il est vrai que le bâtiment est un milieu conservateur. Mais ce n’est pas forcément pour de mauvaises raisons. Nous construisons des édifices qui durent ! Le secteur regorge d’innovations. Nous allons, par exemple, lancer l’été prochain une nouvelle plaque de plâtre renforcée qui va éviter pour certaines applications d’avoir à poser une plaque de renfort supplémentaire. Au niveau du groupe, nous travaillons sur le concept d’une maison multiconfort, visuel, thermique, acoustique, qualité de l’air et modularité.

Les technologies du numérique font-elles partie de vos recherches ?

Nos clients, et même les artisans, ont très vite basculé dans le numérique. Ce n’était pas le cas il y a cinq ans. L’utilisation des smartphones s’est généralisée à toute vitesse ! Nous avons aussi mis en place, dans le cadre de travaux de recherche, une cellule qui travaille sur la réalité virtuelle permettant de simuler la manière dont se comportent nos matériaux. À l’aide de logiciels, nous pouvons visualiser le comportement et l’intégration dans le paysage d’un bâtiment avec des façades en verre. Nous mettons également au point des simulateurs d’application pour les mortiers. Nous formons les applicateurs avec des outils virtuels afin qu’ils s’entraînent à bien répartir un enduit sur un mur.

Que faudrait-il faire pour que la France renoue avec la croissance ?

Le gouvernement a envoyé des signes qui sont allés dans la mauvaise direction et d’autres dans la bonne direction. Les deux éléments positifs sont le crédit d’impôt pour l’emploi et la compétitivité et l’accord national sur l’emploi. Des signaux comme les augmentations d’impôts de toute sorte ne vont pas dans la bonne direction. De façon plus générale, il faudrait un cap plus ferme, même si je conviens que la situation n’est pas facile. L’économie repose sur la confiance. Malheureusement, nous souffrons en France d’un déficit de confiance de la part de beaucoup d’entreprises, et en particulier des PME.

Cela ressemble à une véritable dépression nationale...

Je suis frappé d’une chose. La situation économique en Grande-Bretagne n’est guère plus brillante que la nôtre. Or il y a une différence énorme de moral entre nos deux pays. Le gouvernement n’est bien sûr pas le seul responsable de cela. Nous avons tous à nous poser la question de savoir pourquoi nous ne regardons pas les choses de manière plus positive. Le pays a pourtant beaucoup d’atouts. 

Propos recueillis par Pascal Gateaud, Thibaut de Jaegher et Olivier James

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2 commentaires

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11/04/2013 - 08h58 -

Bonjour, Peut-être que ce monsieur n'a pas tout à fait tord : laissons le nucléaire aux industriels les plus énergivores pour son bas-coût en leur imposant l'efficacité en contrepartie, prenons-en un peu pour réguler les tensions du réseau (un réseau n'accepte que 40% de renouvelables en général) et laissons les énergies vertes aux autres : le coût de l'énergie augmentera et poussera ceux-ci à faire des économies. Très bon pour les affaires de saint-gobin en plus ! Ca permettra aussi un meilleur pouvoir d'achat donc moins de demandes d'augmentations des personnels : tout le monde y gagne ! Par contre le numérique et le gaz de schiste... Polluer l'environnement et accroitre la consomation énergétique pour protéger l'environnement me semble des non-sens : les appareils électroniques ne consomment rien, mais les transformateurs si : regardez votre chargeur de portable et son rendement à 20% et vous comprendrez tout de suite que c'et pareil partout !
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11/04/2013 - 08h32 -

Il est grand temps que les industriels créateurs d’emploi et de richesses se réveillent, avant que les Khmers Verts aient tout ravagé, occupés qu’ils sont dans leur microcosme à refaire le monde.
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