Pour le FMI, la spéculation attise les prix des matières premières

Dans son étude Finance et Development, le FMI revient sur la hausse des matières premières : mondialisation, agro carburants et spéculation sont les trois sources de la hausse des prix. Une augmentation aux effets limités... pour l'instant.

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Pour le FMI, la spéculation attise les prix des matières premières
Si le prix des matières premières a fortement augmenté depuis le debut du 3e millénaire, c'est d'abord en raison du décollement des pays émergents, estiment Thomas Helbling, Valerie Mercer-Blackman et Kevin Cheng, tous trois chercheurs au Fonds monétaire international (FMI). Industrialisation, urbanisation, adoption du mode de vie occidental pour une part croissante de la population mondiale ont notamment alimenté le besoin de pétrole. Sur la période 2001- 2007, la demande de la Chine de l'Inde et du Moyen Orient a représenté plus de 56% de la croissance totale de la consommation de l'or noir. Et cela devrait continuer...

Second facteur identifié : les agro-carburants qui ont pesé sur le prix des matières premières alimentaires. Entre 20 et 50% de la production mondiale de maïs ou de colza ont ainsi été diverti de leur usage initial. A cela s'ajoutent les délais nécessaires pour adapter l'offre à la demande, provoquant de nouveaux déséquilibres qui créent eux mêmes une hausse des prix.

Le rôle de la spéculation

Ces tendances réelles ont été renforcées par la financiarisation des marchés de matières premières, avec un corollaire : la spéculation. Si le phénomène n'est pas nouveau, un nombre croissant de matières premières est concerné. Les prix ne reflètent plus seulement le rapport entre l'offre et la demande, mais des arbitrages d'origine financière. « Ces facteurs financiers semblent expliquer une grande part de la hausse des prix du pétrole brut depuis le début 2008, de même que la hausse des prix d'autres matières premières », écrivent les analystes du FMI qui expliquent notamment que la dépréciation du dollar et la chute des taux d'intérêts ont « renforcé l'attractivité des matières premières comme actif alternatif ».

Bonne nouvelle, la hausse des prix des matières premières n'a pas encore provoqué de nouveau choc pétrolier ni d'inflation à 2 chiffres. A la différence des années 70, la hausse des prix du pétrole provient d'un surcroît de demande et non d'une réduction de l'offre décidée par les pays producteurs, analysent les auteurs. Ce qui pour le FMI confirme la thèse d'un découplage entre les prix de matières premières et le ralentissement actuel de l'économie mondiale. Autre élément avancé : la production des économies développées est relativement moins demandeuse en énergie que dans les années 70. En outre, les coûts de production hors énergie ont été maîtrisés, grâce notamment à « plus grande flexibilité des marchés du travail qui a aussi empêché l'apparition de la spirale salaire-inflation ». Le FMI n'exclut pas cependant qu'à l'avenir cette hausse pose de sérieux risques d'inflation dans les pays importateurs.

Dans cette étude, le FMI étudie aussi les pays gagnants et les perdants, mesurés par l'impact de la hausse des prix sur leur solde commercial. Les grands gagnants sont évidemment les pays producteurs : Russie, pays de l'Ouest africain ou du Moyen-Orient. Le Canada ou le Brésil gagnent dans une moindre mesure. Les Etats-Unis, l'Europe ou la Chine sont les perdants de l'affaire.

Christophe Bys

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