Pour Latécoère, le salut passe par une moindre présence en France

L’équipementier aéronautique procède à une profonde restructuration. Elle diminuera sa présence industrielle en France, au profit de sites basés à l’étranger.

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Pour Latécoère, le salut passe par une moindre présence en France

Réduction de la voilure en France et déploiement à l’international. C’est le schéma global détaillé vendredi 7 octobre par les dirigeants de Latécoère, qui s’inscrit dans le plan stratégique baptisé "transformation 2020" annoncé en juin dernier. Grand absent durant cette conférence qui visait en premier lieu à présenter les résultats semestriels du groupe : celui-là même qui l’avait présenté, Frédéric Michelland, ex-directeur général de l’équipementier, remercié manu militari en juillet par les actionnaires américains. Le dirigeant sera remplacé courant novembre par Yannick Assouad, venue de Zodiac. Elle sera en charge de mettre en œuvre une reconfiguration complète du groupe.

Les succès commerciaux des grands avionneurs Airbus et Boeing tendent à le faire oublier : la vie des sous-traitants de l’aéronautique n’est pas un long fleuve tranquille. "Il y a une pression concurrentielle internationale forte, imposée par avionneurs, estime Olivier Regnard, directeur général délégué de Latécoère. Nos concurrents ne sont pas français. Ce sont des américains et des anglais qui ont une empreinte industrielle dans les pays à bas coûts, en Asie et au Mexique".

Plus de 18 millions d'euros de pertes

Ajouté à cela un moindre besoin en ingénierie du fait de l’absence de nouveau programme sans doute jusqu’en 2020, une pression des avionneurs pour réduire les coûts, les baisses de cadences enregistrées pour plusieurs programmes (A380, E-Jet E1 et et le Falcon 7X, Latécoère navigue dans un environnement mouvant. "Le plan transformation 2020 vise à rendre plus robuste l’empreinte industrielle du groupe en France et à l’étranger", résume Pierre Gadonneix, président du conseil d’administration de Latécoère.

In fine, le nombre de salariés du groupe passera de 5000 à 4000 personnes. Une baisse qui s’explique par la cession des activités de services (environ 800 personnes) au groupe ADF et par le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) touchant 236 postes. Une restructuration engagée qui plombe les résultats du groupe : le groupe accuse une perte de 18,6 millions d'euros au cours du premier semestre 2016 (contre 0,4 million un an auparavant), en raison d’une provision dédiée à cette restructuration de 31 millions d’euros. Ce qui ne l'empêche pas de voir son chiffre d'affaires orienté à la hausse (+3,9%) à 342,5 millions d'euros, tiré par la croissance de l'A350.

Dans le détail, l’équipementier compte crée un nouveau site industriel d’usinage en France dans la région toulousaine. Si les dirigeants refusent à commenter toute information chiffrée, il pourrait s'agir d'un investissement de 20 millions d’euros et d'une centaine d'emplois à la clé. Pourquoi investir en France ? "A force de sous-traiter, nous avons perdu, dans une certaine mesure, la connaissance sur le prix de certaines pièces, commente Olivier Regnard. En réinternalisant, nous nous réapproprions le prix de ces pièces et nous challengeons nos fournisseurs". Un site très automatisé qui nécessitera des compétences en programmation des machines. Si le site de Tarbes est fermé, ceux de Gimont (Gers) et Liposthey (Landes) devraient être renforcés.

Le Mexique promis à un bel avenir

Mais le plan de restructuration prévoit surtout de développer l’activité hors des frontières. "Nous allons créer un site en Europe centrale pour faire du petit assemblage à faible valeur ajouté, en Bulgarie", détaille Olivier Regnard. Elle vise notamment à délester le site en République Tchèque, en surcapacités, dans un pays où les salaires tendent à augmenter en raison du plein emploi. Un mouvement international qui promet de se renforcer encore dans les prochaines années, comme le prouve l’ouverture en juillet dernier d’une usine dédiée aux systèmes d’interconnexion pour les programmes Airbus A350 et A320 à Casablanca (Maroc). En pleine montée en puissance, l’usine emploie déjà 150 personnes et pourrait voir ses effectifs monter jusqu’à 230 salariés.

Latécoère mise aussi gros sur le Mexique - terre de sous-traitance aéronautique très prisée - où les 450 salariés produisent des portes pour le Boeing 787 et des systèmes d’interconnexions pour l’A350. "Comme nous allons opérer des transferts d’activité, nous allons devoir encore embaucher", affirme Olivier Regnard. Le site mexicain va absorber dans les prochains mois des activités des sites français de Toulouse et de Liposthey (Landes). Pour faire de ce site l’une des pièces maitresses de son schéma industriel, Latécoère a tenu à réduire le turn-over important par une amélioration des conditions de travail.

Olivier James

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