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L'Usine Agro

"Monsanto entretient une fausse polémique scientifique", estime la réalisatrice Marie-Monique Robin

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Publié le

Entretien Pour la réalisatrice du "Monde selon Monsanto" et du " Roundup  devant ses juges", qui seront rediffusés sur  Arte  ce 14 août, Monsanto organise une fausse polémique scientifique pour créer le doute autour du  glyphosate .  

Monsanto entretient une fausse polémique scientifique, estime la réalisatrice Marie-Monique Robin
Marie Monique Robin est la réalisatrice du "Monde selon Monsanto" et du "Roundup face à ses juges"
© Par Mikani — Travail personnel, CC BY 3.0

L'Usine Nouvelle - Dans une interview, le vice-président de Monsanto explique que plus de 800 études prouvent l'inoffensivité du glyphosate. Quelle est votre réponse à cet argument ?

Marie-Monique Robin - C'est un argument totalement mensonger. Les analyses évoquées par Monsanto ne sont pas publiées et sont couvertes par le secret commercial. Il n'y a donc aucune possibilité de les vérifier. En revanche, le Centre international de recherche sur le cancer, (CIRC) a présélectionné plus 1000 études indépendantes. Ces textes sont publiés et consultables par tout un chacun. Sur la base de ces analyses, le CIRC a déterminé que le glyphosate était un cancérigène probable. 

Vous dressez un parallèle avec la situation de l'amiante et du tabac. En quoi la situation est similaire ? 

Lors de l'apparition des premiers doutes sur l'amiante, les industriels se sont unis dans le "comité permanent amiante" dont l'objectif était de publier des études pour défendre leurs produits. Cette "defence science", comme elle s'appelle en anglais, a pour but de créer le doute. Pendant des années, elle a permis de maintenir sur le marché un produit que toutes les analyses indépendantes qualifiaient déjà de dangereux. Nous avons observé des mécanismes assez similaires dans l'industrie du tabac ou avec l'insecticide DDT

Aujourd'hui, dans le cas du glyphosate, Monsanto, à l'image des exemples que je viens de citer, maintient une fausse polémique scientifique pour défendre son produit. Mais au cours de la dernière décennie, les études scientifiques indépendantes se sont multipliées pour démonter cette argumentation. 

Avec le rachat de Monsanto par Bayer, les indemnités devront être payées par l'entreprise allemande. Vous avez fait part de vos doutes quant à la solvabilité de Monsanto... 

Il y a beaucoup de questions autour de ce rachat. J'ai été surprise par la somme que Bayer était prête à débourser pour acquérir Monsanto, bien au-dessus de la valeur réelle de l'entreprise. Cela est d'autant plus étonnant que Monsanto avait déjà plusieurs procès en cours. Par ailleurs, lors de l'annonce de l'opération, avec Corinne Lepage, j'ai envoyé une lettre à la Commissaire européenne à la concurrence, chargée d'évaluer les clauses du rachat, pour lui demander si l'Union Européenne aller s'assurer que le groupe allemand rachète également le passif de l'entreprise américaine. Ce courrier est resté lettre morte.

Si j'ai des doutes concernant l'opération, c'est qu'il existe dans l'histoire des précédents. Je pense par exemple au drame de l'usine d'Union Carbide à Bohpal en Inde. A l'issue du rachat de l'unité de production par Dow chimical, les victimes sont restées sans indemnisation. En France, en 2016, il y a eu un autre précédent avec Syngenta Seeds, une filiale de Syngenta qui a été dissoutealors que des agriculteurs avaient porté plainte pour des conséquences sur leurs ruches. ll n'est donc pas du tout exclu qu'il y ait un deal pour que Monsanto n'ait jamais à payer les indemnités. 

Cette décision judiciaire peut -elle accélérer les discussions autour de l'interdiction du glyphosate ? 

Les citoyens sont de plus en plus éclairés et parfois plus informés que leurs dirigeants. Le glyphosate est un symbole, tout comme Monsanto. Ils sont les représentations d'un modèle agro-industriel à bout de souffle. Toutes les preuves s'accumulent pour montrer que ce modèle, que nous avons encouragé depuis la fin de la seconde guerre mondiale, touche à sa fin. Mais comme à chaque fois que nous entrons dans une nouvelle ère, il existe des crispations, des intérêts énormes remis en cause. J'ai entendu le message de Nicolas Hulot, qui veut entamer une guerre aux pesticides. Mais il ne faut pas seulement dire "nous arrêtons le glyphosate", il faut aussi annoncer des solutions d'accompagnements aux agriculteurs. Il faut une volonté et un courage politique.

 

"Le Roundup face à ses juges" en disponible en replay jusqu'au 12 octobre sur le site d'Arte 

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3 commentaires

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16/08/2018 - 11h00 -

Bien sûr qu'il faut sortir de l'agriculture chimique comme il faut sortir de l'atome qui sont de même nature, empoisonnant toutes les formes de vie sur terre ! Sortir de l'agriculture chimique c'est développer les outils autonomes qui permettront des opérations de cultures automatiques. Traiter efficacement les maladies c'est les détecter avant leur stade de développement pour agir en amont avec juste les quantités nécessaires. Et contre les insectes, c'est développer la lutte biologique ! Les satellites savent lire tout ça ! Pourquoi n'y à t'il pas encore d'outils pour faire ce travail au plus près ? Quant à l'atome, il faut développer le stockage des renouvelables qui seul peut nous permettre d'être autonome pour ne pas dépendre des aléas des approvisionnement, tout en luttant efficacement contre le réchauffement. Il faut aussi arrêter de payer des fortunes les gouvernants qui nous ont amené vers cette impasse ! Comme on vire un employé qui ne fait pas ou mal son travail !
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14/08/2018 - 20h24 -

n'ayant pas eu suffisamment de place je me permets de reprendre ici la suite de ce que je disais. Donc quid de l'avenir du non labour, pourtant préconisé et encouragé dans le cas d'un respect de la vie du sol ? On peut utiliser d'autres méthodes, mécaniques essentiellement mais la pollution induite par les passages répétés des tracteurs et herses doit être prise en compte. Et surtout comment interdire cette molécule hors de nos frontières et on sait bien qu'une baisse des rendements en France pour contrainte environnementale est compensée par une importation de produits qui ne respectent pas ces contraintes ? Voila; c'est un vaste sujet; je ne suis pas favorable à l'utilisation à tout-va d'un produit chimique quel qu'il soit, mais de la même façon que je me soigne quand je suis malade, les sols ont parfois aussi besoin de soins. Si la main d'oeuvre peut remplacer la chimie au même coût, je dis Banco ! Je doute que les cérébraux que nous sommes devenus soient décidés à revenir au XIXè
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14/08/2018 - 20h09 -

le soucis avec le glyphosate, c'est qu'il est une goutte d'eau dans le monde des intrants chimiques et des produits pharmaceutiques. C'est un produit qui est utilisé sur plusieurs domaines. D'une part il sert à détruire des plantes invasives dans des cultures spécialement créées pour lui résister; cas de certains OGM (mais pas tous); et d'autre part il est utilisé pour la destruction de couverts végétaux dans le cadre d'une approche du sol totalement nouvelle par rapport à ce qui était la norme jusqu'à aujourd'hui; je veux parler des cultures avec travail du sol simplifiées, sans labour donc, et laissant la vie du sol jouer son rôle. Ensuite dans des cas moins importants il sert à détruire des espèces invasives sur des voies ferrées, des bords de route, le tour de bâtiments, mais là cela ne représente pas un grand danger puisque personne ne s'en soucie; et que d'autre part la faucille chère aux communistes n'est pas encore le remplaçant du stylo. Comment s'en passer en non labour ???
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