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Pour la loi sur la transition énergétique, "il reste 71 décrets d’application à publier sur les 85", s'insurge Bertrand Pancher

Olivier Cognasse ,

Publié le

Entretien. Membre de la Commission de suivi de la loi de transition énergétique mise en place en ce début d’année, le député de la Meuse et vice-président en charge des politiques environnementales au sein de l'UDI, Bertrand Pancher, regrette les retards pris dans l'application de la loi.

Pour la loi sur la transition énergétique, il reste 71 décrets d’application à publier sur les 85, s'insurge Bertrand Pancher

L'Usine Nouvelle : L’accord signé durant le sommet sur le climat au Bourget (COP 21) a soulevé l’enthousiasme. On vous sent plus sceptique. Pourquoi ?

Bertrand Pancher : Tout dépendra de la mise en œuvre des mécanismes de régulation. Je regrette l’absence de prix du carbone et, surtout, les reculs de l’Europe dans ce domaine ces dernières années. L’Europe est tout de même la première économie avec 25% du PNB mondial.

 

Vous qualifiez la loi de Transition énergétique de "miroir aux alouettes" et vous craignez qu’elle se transforme en "coquille vide". Pourquoi ?

Ségolène Royal avait affirmé que tout serait terminé avant la fin de l’année 2015. Il reste 71 décrets d’application à publier sur les 85. C’était important de fixer des objectifs sur les gaz à effet de serre et les énergies renouvelables, mais est-ce réaliste sur le nucléaire ? Et la création du fonds pour la transition énergétique ? On ne sait même pas comment il va être abondé.

 

A propos des énergies renouvelables, êtes-vous optimiste sur le développement en France ?

Nous sommes à 17% d’énergies renouvelables. L’objectif fixé est de 23% en 2020. On ne l’atteindra pas. Les 32% en 2030 ? C’est également mal parti.

 

Où en est le photovoltaïque ?

Depuis la pause décrétée par Nicolas Sarkozy, nous n’en sommes pas sortis. Nous allons seulement lancer les appels d’offre.

 

Et l’éolien ?

L’éolien terrestre augmente un peu en termes de production. Pour l’éolien offshore, il n’y aura vraisemblablement aucun champ en activité en 2020, alors qu’il est prévu un objectif de 6000 MW. Nous avons pris beaucoup de retard. 

 

Pourquoi créer une commission sur la loi de Transition énergétique et quand rendra-t-elle ses conclusions ?

Une commission a été montée au parlement pour analyser la mise en œuvre de la loi de Transition énergétique. Elle devrait rendre ses conclusions à la fin du premier semestre, un an après le vote. La pression des parlementaires peut-être très utile pour accélérer un peu les choses. Je préside l’association Bilan Carbone depuis quelques semaines et je découvre qu’il y a 50% des entreprises et collectivités locales qui ne remplissent pas leurs obligations en matière de bilan carbone, pourtant votées dans le Grenelle de l’environnement.

 

A propos de l’efficacité énergétique, la France est en retard. Pourquoi ?

La partie sur les certificats d’économies d’énergie pour les logements de personnes en difficultés a avancé. Mais depuis quatre ou cinq ans, c’est le yoyo fiscal, on ne sait jamais à quel dispositif pouvoir prétendre dans la rénovation thermique. Ils changent en permanence. On a besoin de stabilité. L’éco-prêt à taux zéro repoussé d’année en année semble seulement commencer à être utilisé. On attendait un budget de 700 millions d’euros et rien n’avance. Seulement environ 200 000 logements anciens sont rénovés chaque année, alors que l’objectif est de 500 000. Enfin, on a sous-estimé le rôle des collectivités. Tout est trop centralisé.

 

Vous êtes également très engagé sur le transport. Où en sont les grands projets comme le canal Seine-Nord et la LGV Lyon-Turin ?

Les projets auront bien lieu. Les travaux vont commencer en 2017. Pour le Lyon-Turin, on a déjà dépensé 1 milliard d’euros. On ferait mieux de tout arrêter. Mais c’est parti ! Plus grave, les réseaux fluviaux et ferroviaires secondaires ne sont plus entretenus. Sur le canal de l’Est, il n’y a plus d’entretien. C’est consternant ! Il y a des fuites un peu partout. Il manque au moins 30 millions d’euros par an pour entretenir le réseau secondaire de canaux. 

Propos recueillis par Olivier Cognasse

 

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