Pour la CFDT, tout n’est pas au beau fixe sur l'emploi dans l'aéronautique   

Jusque-là, tout va bien dans l'aéronautique ? Pas pour la CFDT qui pointe un trompe l'oeil social. Délocalisations des unités de production, pression sur le résultat au profit des actionnaires, les sources d'inquiétude ne manquent pas. Décryptage.

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Pour la CFDT, tout n’est pas au beau fixe sur l'emploi dans l'aéronautique   

Mercredi 5 juin, à quelques jours de l'ouverture du salon du Bourget, la fédération générale des mines et de la métallurgie de la CFDT (FGMM CFDT) a fait le point sur la situation de l'emploi dans l'industrie aéronautique. En préambule, Jean Mauriès, le secrétaire général adjoint de la fédération, a rappelé la bonne santé du secteur : "d'ici à 20 ans, la flotte aéronautique devrait doubler." Comparé à la situation d'autres secteurs industriels, nul doute que l'aéronautique se porte bien.

Pourtant, la CFDT s'inquiète des perspectives de l'emploi dans le secteur à moyen terme, même si 15 000 recrutements ont été réalisés en 2012, le même niveau que celui prévu en 2013.

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La première raison d'inquiétude des syndicalistes de la CFDT provient du différentiel de croissance entre le chiffre d'affaires, l'emploi global et l'emploi en France. Et Jean Mauriès, le secrétaire général adjoint de la fédération, illustre son propos avec des exemples. Pour Safran, le chiffre d’affaires a augmenté entre 2005 et 2012 de 28 % quand l'emploi en France baissait de 5 %, et croissait de 6 % hors de France. Même évolution chez Thalès où l'activité a progressé de 3 % quand l'emploi reculait de 5 % en France et croissait de 46 % à l'étranger.

Chez Thalès, Colette Seib, la déléguée centrale précise qu'un plan de compétitivité a été lancé qui a pour objectif de "diminuer de 30 % les coûts de R&D, une source d'inquiétude car c'est le coeur de notre métier."

Pour Jean Mauriès, cette situation est générale et résulte des choix effectués par les grands donneurs d'ordres qui par la pression sur les prix qu'ils exercent auprès de leurs sous-traitants, incitent ces derniers à délocaliser la production. Les délocalisations n'ont pas lieu en Europe, mais plutôt dans des pays où le travail est moins cher, comme le Maroc, la Chine ou le Mexique. "A chaque fois, ce sont autant d'emplois qui ne sont pas créés en France ", regrette Jean Mauriès.

La crainte de voir les grands acteurs européens devenir des sociétés d’ingeniérie

Les emplois concernés sont majoritairement ceux des opérateurs, voire des techniciens. En pointillé, la crainte exprimée est de voir les grands acteurs européens devenir des sortes de sociétés d'ingénierie, la production étant réalisée hors de France. A ceux qui seraient sceptiques, Arnaud Negri, consultant du cabinet Syndex qui travaille pour la CFDT rappelle "quand le textile a été délocalisé, on disait que c'était pas grave, il resterait toujours l'automobile. On voit ce qu'il en est aujourd'hui..."

En outre, loin de l'image des DRH des entreprises du secteur qui vantent leur politique volontariste, les syndicalistes de la CFDT estiment que 6,5 % de l'emploi du secteur est occupé par des intérimaires, soit 11 000 sur 170 000 salariés. "Les entreprises usent et abusent de l'intérim", estime Jean Mauriès, considérant que certains employeurs du secteur font cumuler aux salariés intérim et cdd, soit "des périodes d'essai qui peuvent aller jusqu'à 3 ans." D’où sa conclusion : le modèle industriel qui s'est développé contient la "flexibilité dans son organisation". Avec une conséquence, pour EADS par exemple, "une montée du stress, du temps de travail, que nous avons mesuré par une enquête auprès de 4 500 salariés", continue-t-il, estimant que les conditions de travail sont "compliquées".

Une financiarisation du secteur

Pour expliquer cette évolution d'ensemble, Arnaud Negri du cabinet Syndex, pointe le poids croissant de la financiarisation dans le secteur aéronautique. "Il y a 10 ans, le taux de résultat net était de l'ordre de 2,5 à 3,5 % du chiffre d'affaires. Aujourd'hui, on est à 6 à 7 %", calcule-t-il, insistant sur le fait que les sources utilisées sont celles publiées par les entreprises. "Cette hausse du taux de résultat net ne sert pas à augmenter les capitaux propres, mais à verser des dividendes plus importants aux actionnaires", poursuit-il.

Cette évolution est facilitée par le retrait relatif de l'Etat, qui pouvait faire contrepoids aux investisseurs plus spéculatifs. Ainsi, en France, l'Etat s'est "désengagé du capital d'EADS et de Safran et pourrait continuer à le faire chez Thales", rappelle le consultant. Autre domaine où le rôle de l'Etat est en recul : la défense. Les perspectives ouvertes par le Livre blanc de la défense et la loi de programmation militaire ne sont guère encourageantes.

Si les syndicalistes de la CFDT reconnaissent que l'aéronautique n'est pas le pire secteur (il est créateur net d'emplois, rappellent-ils en accord avec le Gifas), c'est l'avenir qui les inquiète. Une hausse du prix du carburant, conduisant à des annulations de commandes, pourrait réduire la croissance du chiffre d'affaires et donc le volume des emplois. D'autant que, préviennent à l'unisson Jean Mauriès et Arnaud Negri, "de nouveaux concurrents émergent partout dans le monde : en Chine, Russie, Inde ou Brésil."

Christophe Bys

Christophe Bys Grand reporter management, ressources humaines
Christophe Bys

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