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L'Usine Agro

Pour l'industrie agroalimentaire française, cap sur l'innovation

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Enquête Nouvelles habitudes de consommation, législation… Le premier secteur industriel français vit un changement en profondeur. Une opportunité dont les TPE et PME doivent se saisir pour trouver un nouveau souffle.

Pour l'industrie agroalimentaire française, cap sur l'innovation
En s’adaptant sans cesse au marché des sirops, Monin, qui sponsorise le monocoque d’Isabelle Joschke, est un exemple de réussite.

Cinq lettres inscrites en blanc sur les 30 mètres de hauteur de la grand-voile. Monin s’affiche fièrement sur le monocoque d’Isabelle Joschke. Un sponsoring sportif qui en dit long sur les ambitions de l’ETI berrichonne qui accompagnera la navigatrice sur la 40e édition de la Route du Rhum, dont le départ est prévu le 4 novembre à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), puis lors du Vendée Globe 2020. Leader du secteur des sirops naturels, Monin est souvent cité en exemple de la réussite de l’agroalimentaire français. L’entreprise n’en reste pas moins une exception dans un paysage dominé par des petites entreprises tournées vers le marché intérieur. Car l’agro-industrie a beau être le premier secteur industriel de France avec un chiffre d’affaires de 183 milliards d’euros, il est composé à plus de 77 % par des TPE et à 21 % par des PME pour un total de 17 647 industriels. Un tissu industriel très fragmenté, où la demande est, à l’inverse, concentrée dans les mains de quatre centrales d’achats qui représentent 91 % des distributeurs. Un déséquilibre qui s’est accentué en 2008 avec la loi de modernisation économique et l’instauration des négociations annuelles qui laissent aux distributeurs toute la liberté de mener une véritable guerre des prix. Résultat : en sept ans, les marges des industriels ont diminué de sept points. Et sur ces cinq dernières années, la compétition entre les centrales d’achat a conduit à la perte de 6 milliards d’euros. "La loi de 2008 a livré les industries agroalimentaires à l’appétence de la grande distribution, observe Olivier Mevel, professeur à l’université de Bretagne occidentale. Elle a fossoyé les petites entreprises et les a empêchées de grandir."

Haro sur les marques de distributeurs

Une situation qui a poussé Emmanuel Macron à réunir les états généraux de l’alimentation, qui ont donné naissance à la loi alimentation, votée le 2 octobre. Objectif ? En finir avec la guerre des prix en renversant leur construction. La mainmise de la grande distribution s’est également traduite par l’accaparement des capacités de production des TPE-PME pour la fabrication des produits de marques de distributeurs (MDD). Selon la Fédération des entreprises et des entrepreneurs de France, qui réunit les petites entreprises du secteur, près de 98 % des MDD sont produites par des TPE-PME. Une collaboration qui, si elle permet à de nombreuses PME de survivre, peut se transformer en piège. "Les marques de distributeurs sont un pistolet sur la tempe des petites structures, s’insurge Olivier Mevel. Elles sont un outil utilisé par la grande distribution pour maintenir la pression sur les industriels tout en gardant le contrôle de la valeur ajoutée."


Le 4 octobre, Bonduelle a inauguré à Saint-Priest sa "Boutique l'Émotion végétale", qui ne vend que ses produits.

Pour s’affranchir de cette situation, Bonduelle a décidé de ralentir sa coopération avec la grande distribution. "Les prix de vente subissent une baisse drastique, notamment dans la conserve où nous n’avons pas voulu suivre. L’ETI a toujours priorisé ses marques et n’a pas vocation à générer des produits qui ne font pas de bénéfices", se justifie Christophe Bonduelle, son PDG. Aujourd’hui, plus de 51 % du chiffre d’affaires du groupe est réalisé par ses marques propres contre 44 % pour les MDD. Un choix stratégique qui a permis à l’entreprise de renforcer sa position sur le marché extérieur d’où proviennent 78 % de ses résultats. Des chiffres qui ont de quoi donner le tournis à la majorité des entreprises du secteur. Car selon les données des Douanes, seules 26 % des industries agroalimentaires sont présentes à l’étranger. Pire, les derniers chiffres du Trésor montrent un recul des exportations de 22 millions d’euros sur les douze derniers mois. "Nous n’avons pas su saisir l’opportunité de l’export, déplore Emmanuel Gauny, le directeur de projet international et innovation à l’Association nationale des industries agroalimentaires (Ania). Nous savions qu’en Europe la part accordée à l’alimentation allait baisser et qu’ailleurs dans le monde les classes moyennes pouvaient constituer des relais de croissance. Nous n’avons pas été assez conquérants."

Soutenues par une demande intérieure dynamique, les entreprises françaises ont longtemps considéré l’export comme une variable d’ajustement à la réalisation de leur chiffre d’affaires, contrairement à leurs concurrentes allemandes. Numéro un européen de l’industrie agroalimentaire, l’Allemagne affiche pourtant une structure d’offre et de demande similaire à celle de la France, à une différence près : 80 % de ses entreprises agroalimentaires exportent. "Cela leur donne du poids pour résister à la pression de la grande distribution", argue Olivier Mevel. Résultat : les ETI allemandes sont deux fois plus nombreuses que leurs homologues françaises alors même que l’Allemagne compte moitié moins d’entreprises que la France.

Le renouveau par l’innovation

Ce sombre tableau est, toutefois, en train d’évoluer à vitesse grand V. Au cœur de cette mutation : le consommateur, dont les besoins sont plus segmentés et moins guidés par le facteur prix. "Aujourd’hui, ce dernier multiplie les canaux de consommation. Il va aussi bien au supermarché, au marché le dimanche, dans son épicerie bio que directement chez le producteur. Cette multiplication des réseaux de distribution est une aubaine pour les petites entreprises", analyse Olivier Mevel. Ce changement se traduit par l’explosion des innovations. "L’agroalimentaire sort 3 000 nouveaux produits par an, l’équivalent d’un demi-supermarché renouvelé tous les cinq ans", se plaît à souligner l’Ania. Quelque 69 % des entreprises alimentaires innovent contre seulement 47 % en moyenne dans l’industrie manufacturière. Au total, l’agroalimentaire investit 1,957 milliard d’euros, soit 19,2 % de son excédent d’exploitation dans l’innovation. Quand on sait que 70 % des entreprises présentent à l’export ont innové au préalable, ce changement est plus qu’encourageant. Et ce n’est pas Monin qui dira le contraire. Pour maintenir sa position de leader, l’entreprise berrichonne dispose de plusieurs centres de R & D à travers le monde qui lui permettent de sortir en permanence de nouveaux produits adaptés aux demandes des consommateurs des 150 pays où elle est présente. Une stratégie qui paie : Monin affiche, depuis vingt ans, une croissance à deux chiffres avec des pics à 20 % certaines années. Elle réalise les trois quarts de son chiffre d’affaires de 250 millions d’euros à l’étranger. De quoi naviguer en confiance sans craindre les coups de tabac sur tel ou tel marché…

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