« Pour garder nos usines, la productivité est la clé » dixit Michel Rollier de Michelin

Michel Rollier, le gérant du groupe Michelin, a commencé sa carrière dans l’industrie, dans une papeterie exactement, dans le Limousin, comme contrôleur de gestion. Depuis, il n’a pas quitté ce secteur qu’il considère –évidemment- stratégique. Mais pour le préserver, la France devra faire des efforts, beaucoup d’efforts… et à tous les niveaux : patrons, partenaires sociaux et Etat. Interview exclusive

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 « Pour garder nos usines, la productivité est la clé » dixit Michel Rollier de Michelin

Si vous deviez convaincre un jeune de venir travailler dans l’industrie, dans votre entreprise par exemple, que lui diriez-vous ?

Je lui parlerais de l’intérêt du travail dans l’industrie, de sa richesse. Ce n’est pas un travail répétitif, contrairement à l’image que l’on véhicule parfois. On doit y relever des défis différents tous les jours et on y vit des succès et des difficultés. Je lui dirais aussi que ce n’est pas un travail de solitaire mais d’équipe, de cohésion, où il n’y a pas de places pour les individualistes. Je lui parlerais aussi de l’atmosphère qui règne dans un atelier, de la grande solidarité qui habite les membres d’une même équipe.

Le portrait que vous brossez de l’industrie est très éloigné de l’image que s’en fait le grand public…

Nous sommes un peuple conservateur avec une vision passéiste de l’industrie. Nous rêvons d’une industrie qui n’existe plus. Nous regrettons le passé, l’époque, où pour faire une tonne de papiers, il fallait dix ouvriers. En France, nous sommes plus focalisés sur les emplois qui disparaissent que sur ceux que l’on crée. Cette productivité est vécue comme une menace. Mais aujourd’hui, nous pouvons faire plus avec moins de personnes. Chez Michelin, si nous avions la même productivité qu’il y a trente ans, nos pneus seraient deux à trois fois plus chers. Il y a d’autres industries qui émergent et il faut avoir le plaisir de les voir émerger. Avoir l’honnêteté de se dire que c’est normal qu’il y ait moins de gens qui travaillent dans les secteurs traditionnels. Au lieu de ça, j’ai l’impression que l’on cristallise sur l’industrie, les vieilles lunes de la lutte des classes.

On peut le comprendre, ces derniers temps, le mot usine a plus été synonyme de destructions que de créations d’emplois…

Vous savez, les seules personnes à qui on ne reprochera jamais d’avoir détruit des emplois, c’est celles qui n’en ont jamais créés. Dès que vous créez un emploi, vous créez un risque. Bien sûr les industriels doivent avoir une éthique. Mais il faut aussi que le dialogue social soit apaisé, qu’il ne s’étire pas pendant des mois, que ce ne soit pas un psychodrame. La loi ne nous facilite pas la chose puisque nous sommes obligés de cacher aux salariés le contenu des négociations qui se déroulent. Tout cela est anxiogène.

L’industrie a-t-elle encore sa place en France ?

Il y a deux questions qui se posent. Un : a-t-on encore besoin de l’industrie ? La réponse est oui mais pas pour fabriquer les mêmes produits. Deux : est-ce qu’il y a encore une place pour des usines en France ? Je crois que oui. La France peut être fondamentalement compétitive face à des pays où les salaires sont bas. Mais cela demande des efforts, de grands efforts.

Qui doit faire ces efforts ?

Tout le monde. L’Etat car il y a encore entre la France et ses voisins, de grands écarts sur le coût de la main d’œuvre, le niveau des charges sociales ou l’impôt. Et cela malgré les réformes qui ont été faites sur la taxe professionnelle ou le crédit d’impôt recherche. Les partenaires sociaux, eux, doivent comprendre que pour garder une usine en France, la clé c’est la productivité. Ils doivent accepter que, parfois, une entreprise ait besoin de se restructurer et qu’elle soit obligée de le faire. Sur ce plan, nous devons rendre les choses paisibles.

Et les industriels, que peuvent-ils faire ?

Les industriels doivent comprendre que leur avenir se construit ici et maintenant. Il faut aussi que le secteur s’attache à plus communiquer sur ce qu’il fait, ce qu’il représente, sur ses produits. L’industrie doit être plus ouverte, notamment sur l’enseignement pour attirer les jeunes. Qu’ils soient ingénieurs ou techniciens, il faut absolument leur donner envie de faire carrière dans nos entreprises ! Sans eux, il n’y a pas d’industrie.

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