Pour financer l’innovation, le budget 2016 pour la Sécurité Sociale s’attaque aux prix des médicaments

Ils avaient tenté de se coordonner avec le ministère de la Santé. Mais les industriels du secteur viennent de découvrir que le gouvernement leur demande de financer près de la moitié des économies du futur budget de la Sécurité Sociale, dévoilé ce jeudi.

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Marisol Touraine - D.R

Les industriels de la santé espéraient avoir été entendus par leur ministère de tutelle, planchant avec lui sur ce dossier depuis plusieurs mois… C’est raté. Et ils sont furieux.

Le nouveau budget de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2016, dévoilé ce jeudi 24 septembre par le gouvernement, prévoit de les mettre largement à contribution. Ils devraient ainsi apporter 1,5 des 3,4 milliards d’euros d’économies pour la Sécu annoncées par Marisol Touraine.

Outre des mesures pour éviter les actes médicaux inutiles et accroître l’efficience de la dépense hospitalière, la ministre de la Santé entend ainsi baisser le prix des produits de santé et développer les génériques. Objectif : parvenir à un milliard d’euros d’économies en 2016 (550 millions pris sur les prix des médicaments, 70 millions sur ceux des dispositifs médicaux, 395 millions économisés grâce aux génériques et 30 millions grâce aux biosimilaires), proche de l’an dernier.

Le dispositif inventé pour traiter l’hépatite C reconduit

"Faire baisser les prix des médicaments, ce n’est pas seulement un objectif budgétaire, il s’agit aussi de financer l’innovation, justifie-t-elle en présentant son budget. Parce que c’est ce qui nous permet d’assumer le coût important des traitements innovants, pour qu’ils soient accessibles à tous les patients".

Rappelant l’exemple des médicaments contre l’hépatite C, qui ont fait s’envoler les dépenses de la Sécurité Sociale au détriment d’autres produits depuis deux ans et généré un bras de fer entre le gouvernement et le laboratoire Gilead. Cette polémique a donné naissance à de nouveaux dispositifs de régulation des prix il y a un an.

Un mécanisme dénoncé par l’industrie, mais que le gouvernement entend reconduire en 2016 et qu’il pourrait appliquer aux futurs traitements innovants du cancer.

La Ministre fière d’avoir gagné contre Roche

Autre sujet de discorde assumé par Marisol Touraine : la mesure imposée au laboratoire Roche qui autorise provisoirement – contre l’accord de l’industriel - son traitement anticancéreux Avastin pour traiter une maladie de l’œil, la DMLA. "Le chemin a été long, semé d’embûches et d’obstacles, insiste la ministre. C’est une victoire que je suis heureuse de saluer, parce qu’elle montre que la détermination paie".

Des actions de maîtrise des volumes et de la structure de prescription des médicaments devraient aussi faire économiser 400 millions d’euros à la Sécu, et la lutte contre leurs effets secondaires (la iatrogénie) 100 millions.

Enfin, le gouvernement entend "favoriser le virage ambulatoire" en 2016. C’est-à-dire faire passer moins de temps à l’hôpital aux patients. Une mesure pour le coup prônée depuis longtemps par l’industrie. "L’innovation permet aujourd’hui de progresser très rapidement dans ce domaine, reconnaît Marisol Touraine. La première pose d’une prothèse de hanche en chirurgie ambulatoire, intervenue récemment à l’AP-HP, étend encore l’horizon des possibles : le patient est même rentré à pied chez lui !"

Gaëlle Fleitour

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