"Pour favoriser l’emploi, la révolution de la compétitivité doit être un bloc" selon Xavier Bertrand

Alors que syndicats et patronnat s'écharpent sur la négociation emploi, le ministre du travail sous l'ère Sarkozy, Xavier Bertrand, affirme que les recommandations du rapport Gallois doivent faire l'objet d'un déploiement global. Il regrette que le gouvernement actuel se refuse à assumer le "choc de compétitivité". Car, selon lui, ce n'est qu'ainsi que notre pays parviendra à faire baisser ses coûts de production et à irriguer l’ensemble de notre secteur industriel des démarches incontournables d’innovation et de qualité.

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La remise du rapport Gallois et les recommandations qui l’ont accompagné ont placé à nouveau au cœur du débat public la question de la compétitivité. Avec la concurrence accrue de nos partenaires européens ou américains et maintenant des pays émergents – les BRICS notamment – et la faiblesse de la croissance européenne, les clefs du défi industriel qui s’impose à notre pays sont au nombre de trois.

A rebours des louvoiements et des hésitations du gouvernement Ayrault, les réponses doivent être proposées conjointement ; elles ne sauraient être fractionnées. Qu’on ne s’y méprenne pas, la crise est beaucoup plus profonde qu’on ne veut bien le dire. François Hollande commet une fois encore une erreur d’analyse en n’intégrant pas cette vérité, alors même que nos concitoyens sont prêts à faire les efforts permettant à notre pays de rester dans le peloton de tête. Cette crise nous impose de dessiner collectivement un nouveau projet de société, dont le premier pilier est économique et social.

La baisse des coûts de production

Notre 1er défi est de baisser les coûts de production. C’est diminuer les prélèvements pesant sur les acteurs économiques et donc, en premier lieu, diminuer les dépenses de l’Etat et des collectivités locales. C’est aussi soutenir notre secteur énergétique, tout juste classé numéro 1 mondial notamment pour la modération de ses prix, et non chercher à l’affaiblir pour tenter de satisfaire un allié vert trop récalcitrant. Cela passe notamment par la recherche sur le gaz de schiste. La question n’est pas de savoir s’il faut exploiter, mais quand doit commencer l’exploitation du gaz de schiste. Tout retard coûte cher à notre pays en le privant de ressources clés.

C’est également penser le transfert des charges sociales vers d’autres sources de financement non comme un mal nécessaire, mais bien comme un outil de croissance au service de l’emploi. Tel fut le choix du précédent gouvernement lorsqu’il afficha clairement et sans ambiguïté une augmentation du taux de TVA supérieur. Certes, diront certains, cela peut peser sur la consommation intérieure. Mais il nous faut justement passer d’une croissance presqu’exclusivement fondée sur notre consommation intérieure, à une croissance fondée majoritairement sur l’activité et le dynamisme de nos entreprises.

C’est d’ailleurs la voie choisie aujourd’hui par nos principaux partenaires européens, Allemagne bien sûr mais également depuis peu, Italie et Espagne. Alors que le Gouvernement privilégie un crédit d’impôt complexe et envisage d’augmenter la CSG, nouvelle attaque contre les revenus du travail, l’adaptation du taux de TVA associée à une politique de promotion et de valorisation de l’innovation et de la qualité, est un outil de croissance autrement plus efficace.

Une démarche fondée sur l’innovation et la qualité

A l’exemple de l’industrie aéronautique, la démarche fondée sur l’innovation et la qualité doit irriguer l’ensemble de notre secteur industriel : c’est le deuxième pilier de la compétitivité. Ceci doit déterminer nos choix en matière de formation initiale et de formation tout au long de la vie, de promotion des filières d’excellence, de valorisation des métiers aussi bien manuels que d’ingénieurs. Un produit qui suscite le désir par sa dimension innovante et par sa qualité, un produit qui donne à voir un savoir-faire et une identité, c’est un produit qui se vendra davantage sur les marchés ouverts à la concurrence mondiale.

Concevoir ces produits et services innovants et de qualité, développer une "marque pays", c’est cela qui doit guider notre politique industrielle et nos choix politiques en matière de formation. Pour réaliser cela, l’entreprise ne doit pas être montrée du doigt comme l’ennemie des valeurs éducatives : au contraire, elle peut être un formidable outil d’intégration scolaire et sociale, à l’exemple de l’apprentissage qui donne à de très nombreux enfants de notre pays, fierté et réussite. Le dernier instrument de cette "révolution de la compétitivité" repose bien entendu sur une évolution des règles de notre marché du travail. La rigidité des règles actuelles empêche aujourd’hui un entrepreneur d’embaucher les collaborateurs dont il a besoin en même temps qu’elle l’empêche d’adapter ses effectifs à l’état de son carnet de commandes.

Tout cela entraîne des crispations et des blocages dont notre démocratie sociale pâtit. La relance du dialogue social et la qualité dans les relations du travail doit nous conduire à refonder, comme l’avait fait le chancelier Schroeder en Allemagne, la sécurisation des parcours professionnels. C’est ce que nous avions engagé avec la mise en place des accords compétitivité-emploi. Le CDI doit redevenir la norme du contrat de travail. En contrepartie, les règles doivent être davantage prévisibles pour les entreprises. Dans ce domaine, la loi doit fixer le cadre général mais il faut laisser une marge d’adaptation à chacun des secteurs et à chacune des entreprises. En matière de dialogue social, la discussion dans les entreprises et dans les branches doit toujours être privilégiée.

Cette révolution de la compétitivité ne saurait se satisfaire de demi-mesures : elle nécessite clarté, lisibilité et stabilité, elle doit s’imposer comme une politique structurelle du gouvernement, dans le cadre des échanges réguliers que nous entretenons sur ce sujet avec nos partenaires européens, notamment ceux de la zone euro. Sans réformes structurelles en profondeur, sans politique efficace de baisse des dépenses publiques, sans un cap politique clair et assumé, sans une politique fiscale qui soit l’instrument d’une véritable politique de ré-industrialisation, notre pays est voué à l’immobilisme et notre économie à la paralysie, et donc au déclassement.

Face à la préoccupation de nombreux Français quant à l’emploi et à l’avenir de leurs enfants, nous ne pouvons nous payer le luxe de l’esquive et de l’hésitation. Si le Gouvernement refuse d’assumer le "choc de compétitivité", notre famille politique doit pour sa part assumer une révolution de la compétitivité qui joue sur toutes ses dimensions.

Xavier Bertrand, Ancien ministre, député-maire de Saint-Quentin

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