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Pour en finir avec le tabac

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Prévention. Les entreprises ne se contentent plus d'interdire de fumer dans leurs locaux. Elles mettent en place des programmes d'accompagnement pour les salariés qui souhaitent arrêter de fumer. Une démarche à entreprendre avec prudence, pour éviter tout rejet.

Treize ans après le vote de la loi Evin, le 10 janvier 1991, la cigarette fait toujours parler d'elle. Et pour cause ! Alors que son prix est devenu dissuasif pour beaucoup de consommateurs, elle fait l'objet de nombreuses campagnes de communication, plus offensives que jamais, menées par le ministère de la Santé. Et le message semble passer. La France compte aujourd'hui 30 % de fumeurs réguliers (contre 33 % il y a un an) qui déclarent, pour les deux tiers d'entre eux, vouloir se défaire de cette habitude (1). Une bonne nouvelle pour la santé publique, mais aussi pour les salariés non-fumeurs. Ils sont, en effet, près de 68 % à se dire gênés par la fumée (2), quand 15 % des accros à la nicotine avouent fumer en dehors des zones prévues à cet effet.

On pouvait s'en douter : une telle réalité n'est pas sans incidence sur le climat social qui règne au sein des entreprises. Pour preuve, le Comité national contre le tabagisme reçoit, chaque année, quelque 200 requêtes de salariés non-fumeurs. Ces victimes du tabagisme passif dénoncent le non-respect de la loi dans leur établissement. Plutôt que d'en arriver à de telles extrémités et de risquer une condamnation par les tribunaux, certaines entreprises ont décidé de prendre les devants. Mais, avant d'interdire, totalement ou partiellement, la cigarette dans leurs locaux, elles préfèrent accompagner et soutenir leurs salariés qui souhaitent en finir avec la nicotine.

1 baliser le terrain en amont

Le sujet reste sensible. Les dirigeants ou les DRH bien décidés à régler le sort de la cigarette ont intérêt à se garder de toute spontanéité. Il est d'abord impératif de sonder le terrain. « Alors que je cherchais un moyen d'accroître la sécurité de nos salariés fin 2001, j'ai appris que le tabac était toujours à l'origine de 60 000 décès chaque année en France. Je tenais là un sérieux levier de progrès », se souvient François Carcaud-Macaire, DRH de Total. Rien n'existait alors de très coercitif au siège du pétrolier à La Défense, dans les Hauts-de-Seine, où 6 000 salariés travaillent. Les consignes en vigueur ? Il était tout simplement interdit de fumer dans les salles de réunion et au restaurant d'entreprise. « Ailleurs, nous laissions les salariés s'entendre selon les règles de bienséance », ajoute le DRH, qui décide alors de durcir le ton et de se mettre en conformité avec la loi Evin. Mais de l'avis de son entourage, son projet va semer la zizanie. Qu'importe, il y tient !

François Carcaud-Macaire choisit cependant de préparer le terrain en consultant les médecins du travail de l'entreprise, qui posent pour leur part une condition : « il faudra traiter les fumeurs non comme des coupables, mais plutôt comme des victimes ». L'assistante sociale est également mise dans la confidence.

Pour lutter contre le tabagisme, d'autres entreprises préfèrent interroger leurs salariés. Ces derniers doivent répondre à un questionnaire (anonyme ou pas). Chacun est invité à indiquer s'il fume ou pas, s'il est pour ou contre une interdiction de la cigarette et, enfin, à préciser les actions qu'il souhaiterait voir mises en oeuvre dans le cadre d'une politique de réduction de la consommation de tabac au sein de l'entreprise. Un bon moyen pour prendre le pouls des troupes et pour évaluer le nombre de personnes concernées. Ensuite, pour le DRH, il est préférable de ne pas mettre les salariés devant le fait accompli. Celui de Total a préféré commencer par la diffusion d'une note aux collaborateurs. Ces derniers apprenaient ainsi que la cigarette serait, quelques semaines plus tard, interdite dans les deux tours de la Défense. Ils pourraient toutefois en griller une de temp sen temps dans les bureaux individuels, à condition d'en fermer les portes, et dans deux salles fumeurs. Dans sa note, le DRH annonçait également la mise en place d'une politique de sensibilisation à l'arrêt du tabac.

Chez Dassault Systems, éditeur de logiciels installé à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, tout est parti d'une demande des élus du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail. Les représentants des 1 500 salariés (dont 200 fumeurs) demandaient, en 2002, que davantage d'espaces fumeurs soient aménagés dans l'entreprise. La direction, qui n'était pas vraiment hostile à cette idée, ne trouvait pourtant pas cohérent de faciliter la vie des fumeurs. «Nous avons un devoir moral de protection de la santé de nos salariés, jeunes pour la plupart et sportifs de surcroît », souligne Chantal Berton, manager des relations sociales et du droit social. Des négociations aboutissent, en juin 2003, à la signature, par deux syndicats sur trois, d'un accord collectif largement diffusé et expliqué dans la société. Au sommaire : la diminution du nombre des espaces fumeurs pour janvier 2004, l'interdiction de fumer dans les bureaux individuels dès novembre 2003 et une aide au sevrage des salariés volontaires.

Chez GE Energy Product, spécialisé dans la fabrication de turbines à gaz (Belfort), un groupe de travail a été mis en place. Des représentants de la Caisse nationale d'assurance maladie de Belfort et des services de tabacologie des hôpitaux de Lure et Belfort-Montbéliard, ainsi que des responsables du service hygiène et sécurité y participent.

Autre option : le benchmarking auprès d'établissements précurseurs. Ils ne seront pas difficiles à trouver. Selon une enquête, publiée en 2003, de l'Office français de prévention du tabagisme (OFT) et de la Caisse régionale maladie d'Ile-de-France, un quart des 129 entreprises franciliennes de plus de 100 salariés interrogées déclaraient aider leur personnel fumeur.

2 informer sur les risques pour la santé

Une fois le terrain déminé, reste à légitimer les nouvelles restrictions et leur intérêt pour les fumeurs. Pour cela, rien de tel que de présenter l'envers du décor. A savoir : les risques pour la santé auxquels expose la cigarette. « Même si la plupart des fumeurs en ont une vague idée, certains messages ne souffrent pas de répétition », souligne François Carcaud-Macaire, DRH chez Total.

En la matière, GE Energy Product bénéficiait d'un certain crédit. La filiale de General Electric avait interrogé, fin 2002, ses 1 500 salariés pour connaître les « initiatives santé » qu'ils souhaitaient voir mettre en place. « La prévention des risques liés au tabac est arrivée en seconde position, après celle des risques cardio-vasculaires », signale Philippe Pelletier, le DRH. Fort de ce résultat, il a mis en place une vaste campagne de sensibilisation. Les fumeurs ont été invités à participer à des réunions d'information. L'événement était signalé à grands renforts d'affichage dans les ateliers et de messages sur l'intranet. « Nous ne voulions pas faire une opération coup de poing, basée sur une simple distribution de patchs, mais engager le dialogue avec les salariés, leur présenter notre approche et ses enjeux, en présence d'un tabacologue qui détaillait les différents substituts nicotiniques du marché », précise Didier Valin, responsable environnement, hygiène et sécurité. Pendant deux mois, une dizaine de rencontres réunissant des groupes de douze salariés se sont succédé. Ensuite, les salariés pouvaient prendre leur décision.

Autre démarche, celle choisie par Total et Dassault Systems, qui consiste à mettre en place une animation sur l'arrêt du tabac, en collaboration avec l'OFT. En général, tout se passe dans le hall de l'établissement, pendant une ou deux journées. Borne interactive, affichage, exercice de souffle avec des CO-testeurs mesurant le taux de monoxyde de carbone expiré, distribution de documentation, rencontres collectives ou entretien individuel avec des tabacologues... Résultat chez Total : 120 salariés se sont retrouvés dans un amphithéâtre, 80 se sont inscrits pour une consultation avec un spécialiste.

3 Favoriser le sevrage en douceur

Reste alors à accompagner, en douceur, les volontaires vers le sevrage. L'aide peut, tout d'abord, être financière. Sur ce point, deux écoles. D'un côté, les entreprises qui prennent à leur charge l'intégralité des dépenses inhérentes à l'achat des substituts nicotiniques, comme Buffet Crampon (voir page 77) ou GE Energy Product. De l'autre, celles qui participent pour partie seulement. PSA Sochaux (1 500 salariés), qui s'est lancé dans une opération d'accompagnement au sevrage début mars, a annoncé une participation à hauteur d'un tiers du coût du traitement, un autre tiers étant financé par la mutuelle et le dernier par le salarié. 300 volontaires se sont faits connaître. Total, pour sa part, a négocié, via l'OFT, avec une pharmacie de La Défense, une réduction de 50 % sur le prix des patchs. Les aides au sevrage sont multiples : patchs, gommes ou encore stages d'émulation selon la méthode mise au point par l'Américain Allen Carr, un fumeur repenti. « Celle-ci s'organise en réunions collectives de deux à trois heures, au cours desquelles un consultant décrypte le comportement et les mécanismes de la dépendance des fumeurs et démystifie l'arrêt du tabac », commente Chantal Berton, de Dassault Systems, qui a proposé cette dynamique suivie par 10 % des fumeurs de l'entreprise.

Pour autant la prise en charge des salariés désirant arrêter de fumer doit aussi être médicale et psychologique. Ils doivent pouvoir rencontrer le médecin du travail, un tabacologues voire un nutritionnistes. Leur médecin traitant doit également intervenir comme conseiller ou comme prescripteur de la « cure ». Chacun de ces intervenants accompagne pas à pas le salarié, le soutient afin qu'il ne replonge pas. Lorsque l'OFT est partenaire, ses tabacologues opèrent un suivi, à raison de trois entretiens individuels le premier mois puis d'un entretien individuel par mois pendant trois mois.

Et cela marche. Phillipe Pelletier de GE Energy Product se félicite d'avoir converti 30 % de son effectif fumeur (pour un coût total de 35 000 euros). Satisfecit identique pour François Carcaud-Macaire, chez Total, qui n'a plus senti la moindre odeur de cigarette dans les couloirs de l'entreprise et qui compte bien, comme son homologue de GE, renouveler l'opération qui lui est revenue à 30 000 euros. Mais cette fois, il programme l'interdiction complète de la cigarette dans les locaux du siège, « au plus tard pour fin 2005 ».

(1) Enquête Ipsos/Institut national de prévention

et d'éducation de la santé, février 2004.

(2) Baromètre Santé 2000.

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