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L'Usine Matières premières

Pour Damien Courvalin, de Goldman Sachs, le baril de pétrole devrait rester sous les 70 dollars

Myrtille Delamarche , , ,

Publié le , mis à jour le 18/01/2019 À 12H31

Entretien Fin 2018, les cours de plusieurs matières premières – dont le cuivre, réputé être le thermomètre de l’économie mondiale – étaient tombés à des niveaux si bas qu’ils semblaient annoncer une récession.  Ce n’est pas le cas, rassure Damien Courvalin, analyste senior matières premières chez Goldman Sachs, qui a aussi abaissé ses prévisions de cours du pétrole.

Pour Damien Courvalin, de Goldman Sachs, le baril de pétrole devrait rester sous les 70 dollars
Damien Courvalin, analyste senior matières premières chez Goldman Sachs
© Guittet Pascal/ DR

L'Usine Nouvelle - Les marchés de commodités semblent n’encaisser que les mauvaises nouvelles. Quand vous présentez 2019 comme une bonne année pour les matières premières, cela annonce-t-il un regain d’optimisme ?

Damien Courvalin - Ces cinq dernières années, on a vu un changement structurel dans les coûts de production du pétrole, avec l’émergence du pétrole de schiste, que nous avons appelé le « new oil order » ou nouvel ordre pétrolier mondial. Ensuite, il y a eu un ralentissement de la consommation de métaux industriels sur les marchés émergents et en Chine. Mais la demande de matières premières, au jour le jour, reste assez bonne.

Pourtant, fin 2018, les marchés donnaient des signes de récession imminente, avec des cours du pétrole équivalents à une croissance mondiale de 0,5 % et un cours du cuivre correspondant à une croissance nulle. Nous considérons que les changements de sentiment de ces marchés sont bien plus forts que les données réelles.

Ce n’est donc pas la fin d’un cycle de croissance ?

Historiquement, les matières premières sont des actifs procycliques. Ces dernières années, on n’a pas vu de croissance très forte, telle qu’en 2006-2007. Ce qui veut dire que nous ne sommes pas à la fin d’un cycle économique. C’est juste une pause. Mais une pause qui peut durer encore plusieurs années, car nous avons deux économies majeures, les États-Unis et la Chine, qui sont sur des cycles opposés de création d’activité. Si les États-Unis semblent s’approcher d’une fin de cycle, ce n’est pas le cas globalement. Longtemps, l’économie américaine a donné une image assez juste du cycle global. Ce n’est plus le cas.

Pourquoi, alors, avoir révisé à la baisse vos prévisions de cours des matières premières, début janvier ?

Après un espoir d’amélioration, la prévision de croissance mondiale revient dans la moyenne des cinq dernières années, à 3,5 %. Le cycle économique chinois, lui, vient en compensation du reste du monde. La croissance chinoise est globalement moins élevée quand la croissance mondiale est forte et, au contraire, stimulée quand l’activité globale est plus faible. C’est pourquoi nous pensons que la Chine va réagir et continuer à stimuler son économie, donc sa demande de métaux industriels.

La Chine va-t-elle pouvoir indéfiniment maintenir ces grands plans de soutien ?

La croissance en Chine ralentit graduellement et évolue vers plus de services et moins d’activité industrielle, ce qui suggère à terme une décélération de la croissance de la demande de matières premières. Surtout pour les infrastructures, donc les métaux. Mais l’accélération forte qui a eu lieu en Chine ces dix dernières années a en quelque sorte cannibalisé l’investissement en infrastructures dans les autres pays émergents. La consommation de métaux par unité de PIB dans ces pays émergents hors Chine a ainsi été beaucoup plus faible que ce que le schéma historique aurait pu suggérer. Une Chine plus mature, qui, au final, délocalise elle-même une partie de son activité manufacturière ou investit en infrastructures dans les pays émergents, finira par créer une demande de métaux dans ces pays.

Vous indiquez que le cours du cuivre fin 2018 reflète une croissance nulle. Pourtant vous abaissez également vos prévisions sur ce métal ?

Les prévisions du cours du cuivre reflètent les récentes déceptions des activités chinoises, mais le rebond n’a été décalé que de trois mois. Notre sentiment est que le rebond va avoir lieu avec le déploiement du stimulus en Chine courant 2019.

Vous n’avez pas évoqué l’aluminium...

Son évolution sur le court terme est surtout liée à la levée ou non des sanctions américaines contre la Russie. C’est une source de volatilité. Mais contrairement au cuivre, on ne peut pas arguer d’un sous-investissement dans les capacités de production d’aluminium. L’investissement a lieu en Chine et suggère des prix beaucoup plus stables. En outre, avec un cycle d’investissement beaucoup plus rapide que celui du cuivre, donc une dynamique très différente.

Sur le nickel, la révision à la baisse des prévisions de cours est énorme. Est-ce lié seulement au projet de Tsingshan en Indonésie ?

Elle est liée principalement à une nouvelle technologie de production de nickel adaptée au secteur des batteries, moins onéreuse, qui a changé les attentes de coûts marginaux de production de ce métal.

Vous avez également abaissé vos prévisions de cours du pétrole...

Là aussi, nous pensons que le marché va opérer à des coûts plus faibles, aux États-Unis comme dans le Golfe. L’Opep et la Russie ont démontré à la fois leur désir et leur aptitude à accroître leurs capacités de production. La réponse, rationnelle, de ces producteurs à l’émergence du pétrole de schiste est d’investir dans leurs propres capacités pour soutenir leurs revenus financiers à venir. Cette augmentation graduelle de production est visible en Arabie saoudite, en Russie, aux Émirats arabes unis et au Koweït. Comme dans les années 1990, lorsque ces pays étaient les principaux contributeurs de la croissance du pétrole.

Un baril de Brent à moins de 65 dollars laisse-t-il une marge de croissance aux producteurs américains ?

Nous pensons que la production aux États-Unis continuera à croître, à un rythme légèrement plus bas qu’en 2018. Jusque-là, ils manquaient de pipelines pour connecter leur grande région pétrolière, le Texas, au reste du monde. En 2019, cette contrainte disparaît et eux aussi verront baisser leur coût marginal.

L’an dernier, vous craigniez que les coupes de production de l’Opep durent trop longtemps. Que vous inspire leur reconduction ?

Ce mouvement s’est quand même interrompu en juin. Au final, cette hausse de production jusqu’en octobre-novembre s’est révélée excessive face à une baisse de production de l’Iran plus faible que ce que l’on craignait initialement. C’est ce qui génère ce besoin d’une nouvelle coupe sur le court terme. Après, selon nous, la dynamique sera à l’augmentation de production.

Le retour au pétrole à plus de 100 dollars promis par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) faute d’investissements n’est donc pas pour demain ?

Ce devait être 2017, depuis la date n’a cessé de reculer. Tant que les producteurs américains de pétrole de schiste n’auront pas épuisé leur capacité de production, en forte croissance, je crois que le baril aura du mal à dépasser durablement les 70 dollars. Quand ils auront épuisé cette capacité, le pétrole pourra remonter fortement.

 

Propos recueillis par Myrtille Delamarche

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