"Pour créer un tissu industriel au Maroc autour des énergies renouvelables, des projets petits et moyens doivent voir le jour", selon Quadran

Directeur des investissements de Quadran Maroc, Amine Lahlou détaille ses projets dans les énergies vertes au Maroc et les enjeux pour les opérateurs indépendants. Il répond aux questions de L'Usine Nouvelle depuis la COP22 de Marrakech.

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Ombrière PV de Quadran en France

Présent à la COP22, le groupe français Qadran spécialisé dans les énergies renouvelables et fusion des entreprises JMB Énergie et Aérowat est implanté au Maroc. Sa filiale y développe des projets de moyenne et petite taille dans le solaire et l’éolien depuis 6 ans. Il regrette la lenteur de l’ouverture à la concurrence de la moyenne tension. Amine Lahlou, directeur des investissements de Quadran Maroc détaille ses projets et leurs limites pour L'Usine Nouvelle.

L'Usine Nouvelle : Quels sont vos projets au Maroc dans l’éolien ?

Amine Lahlou : Quadran est installé ici depuis 2010 avec deux métiers l’éolien et le solaire. Dans l’éolien, notre premier projet dans la région de Tétouan-Tanger a vu ses études d’impact environnementales validées par le ministère de l’Environnement. Dans ce secteur, les projets sont très longs à développer parce que le phénomène vent est beaucoup plus difficile à caractériser que le solaire.

La difficulté supplémentaire, au Maroc, c’est que l’on doit vendre son énergie au consommateur final or comme dans l’éolien les parcs doivent atteindre une taille importante pour offrir une rentabilité intéressante. Nous devons trouver plusieurs clients pour un même parc. Cela veut dire convaincre 2 à 4 clients lorsqu’ils sont raccordés en haute tension, ou le triple voire le quadruple pour ceux reliés en moyenne tension.

Dans notre projet, au nord, nous sommes justement en phase de commercialisation. Nous finaliserons ensuite le bouclage financier pour entamer la construction. Notre second projet, plus au sud, d’une capacité de 100MW offre une possibilité d’hybridation en solaire. Mixer les deux énergies renouvelables qui ont chacune leur propre niveau d’intermittence permet d’offrir au réseau une énergie dont la disponibilité sera plus stable.

Ce serait un plus, surtout dans les Provinces du Sud où les capacités d’absorption du réseau sont réduites : il y a moins d’industriels dans le sud que dans le nord.

Et dans le solaire ?

Le solaire PV est beaucoup plus simple à mettre en œuvre. Nous disposons déjà de plusieurs dizaines d’installations de taille moyenne ou petites - toitures solaires, plusieurs champs solaires au sol et en ombrières de parking - qui ont été faites pour des entreprises ou des Offices publics. Ils ont été parmi les premières à voir l’intérêt d’utiliser les énergies renouvelables pour réduire leur facture énergétique.

Toutes ses installations sont en autoconsommation parce que nous n’avons pas encore le droit d’utiliser le réseau électrique national de l’ONE. Aujourd’hui, cela nous oblige à sous-dimensionner systématiquement nos centrales solaires pour des raisons de sécurité. C’est dommage parce que l’effet d’échelle est d’autant plus limité.

Le cadre règlementaire marocain est justement en train de se mettre en place. Va-t-il ressembler à ce qui existe en France ?

En France, toute l’électricité d’origine renouvelable est vendue au travers d’EDF, alors qu’au Maroc la loi 13.09 a ouvert le marché de la concurrence mais uniquement pour la revente aux industriels car ils sont connectés en moyenne ou en haute tension. Aujourd’hui, la haute tension est ouverte à la concurrence. Un industriel peut acheter librement son électricité à l’ONE ou à une entreprise privée, comme Quadran, pourvu qu’elle n’utilise pas le réseau électrique national. La moyenne tension a aussi été libéralisée.

Son décret d’application paru en novembre dernier a donné un an, jour pour jour, aux régies et délégataires pour soumettre leurs offres d’ouverture à la concurrence au ministère de l’Energie marocain car la moyenne tension n’est pas distribuée par l’ONE uniquement, contrairement à la haute tension.

La moitié est distribuée soit par des régies publiques autonomes, soit par des délégataires privés de services publiques comme Veolia ou Suez (Lydec). Il faut qu’ils acceptent de céder du terrain à des producteurs d’électricité privés comme nous qui allons leur prendre des clients. Il est donc prévu dans les textes que cette ouverture à la concurrence se fasse progressivement.

Les offres d’ouverture à la concurrence ont dû être déposées au plus tard, hier, le 9 novembre 2016. La basse tension, elle, n’a pas encore été ouverte à la concurrence mais elle devrait l’être bientôt parce que sa libéralisation a été adoptée par le Conseil des ministres et doit maintenant passer au parlement. Elle dépend également, comme la libéralisation de la moyenne tension, de l’installation de l’Agence nationale de régulation électrique. Les nominations devraient intervenir en 2017.

Dans ce contexte règlementaire en pleine mutation, que venez-vous défendre ici, à la CoP22 ?

Nous venons dire que les quatre technologies des énergies renouvelables - éolien, solaire, biomasse et hydroélectrique - sont réellement abouties. On les perfectionne bien sûr mais elles sont déjà efficientes puisqu’elles sont économiquement rentables en elles-mêmes sans subvention. Il faut les déployer aujourd’hui or cette vitesse de déploiement est trop faible et c’est ce que l’on déplore.

Le Maroc fait un effort considérable pour les déployer à grande échelle notamment à travers les missions de l'agence Masen, mais si l’on veut créer un tissu industriel marocain autour des énergies renouvelables, il faut aussi que les projets de petite et moyenne importance voient le jour. Aujourd’hui, c’est impossible en raison du cadre règlementaire.

Avez-vous d'autres projets de développement en Afrique ?

Quadran en tant que groupe international est présent en France, dans les DOM TOM, à Casablanca depuis 2011 et depuis 2 ans et demi, en Tunisie. Nous avons aussi au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Nigeria des représentations locales pour accompagner cet effort de développement. Le besoin énergétique dans ces pays est également très important mais sur un format complètement différent qui offrent pour des entreprises comme la nôtre des opportunités d’affaires.

Le Maroc et l’Europe disposent de réseaux électrique très denses qui permettent des intégrations de grandes puissances, alors que sur la majorité des marchés africains existent des îlot de réseau. Lorsqu’une entreprise veut faire de l’extraction minière, par exemple, elle est obligée de faire appel à un réseau autonome, souvent via des groupes électrogènes et aujourd’hui l’éolien, le renouvelable, le solaire peuvent les remplacer ou se mixer.

Propos recueillis par Julie Chaudier à Marrakech

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