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L'Usine Maroc

Polémique sur l'importation des déchets au Maroc : "Nous n'avons pas été assez didactiques" selon Mohamed Chaïbi, président des cimentiers

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Entretien En marge de la MedCop Climat qui s'est tenu à Tanger les 18 et 19 juillet, L'Usine Nouvelle à demandé à Mohamed Chaibi, président de l'association professionnelle des cimentiers du Maroc de revenir sur la polémique concernant l'importation de déchets de type RDF d'Italie et qui a poussé le gouvernement à se justifier suite au tollé provoqué par le réaction de certaines ONG, de la presse et des réseaux sociaux marocains.

Polémique sur l'importation des déchets au Maroc : Nous n'avons pas été assez didactiques selon Mohamed Chaïbi, président des cimentiers © cimentsdumaroc

Reconduit à la tête de l’Association Professionnelle des Cimentiers (APC) pour deux ans en juin 2015, Mohamed Chaibi, diplômé de l’Ecole Supérieure des Mines de Paris et président directeur général de Ciments du Maroc, revient pour L'Usine Nouvelle sur la polémique qui a émaillé le Maroc concernant l'importation de déchets d'Italie.  

L'Usine Nouvelle : Que pensez-vous de la polémique concernant l'importation marocaine de déchets en provenance d'Italie ?

Mohamed Chaibi : Deux choses. Ma première réaction à ce sujet est que je me réjouis que la population marocaine, les ONG de ce pays et celles des droits de l'homme, prennent conscience de l'importance du sujet. Je souhaite qu'elles suivent ces dossiers et qu'elles auraient dû à mon sens être là il y a une dizaine d'années quand on était en train de construire le schéma national de gestion des déchets du Maroc où en 2005, une loi qui s'appelle la loi 28-00 a été votée. Je le redis. C'est une bonne nouvelle que la société marocaine soit sensibilisée à ces sujets. Je m'en réjouis. Ma deuxième réaction est que je suis navré de l'état d'ignorance dans lequel se trouve certaines parties.   

N'y a-t-il pas eu un emballement un peu trop rapide dans cette affaire ?

C'est l'information qui a le plus manqué. Peut-être qu'une communication appropriée n'est pas intervenue à temps de la part du gouvernement comme peut-être aussi de notre part. Nous n'avons pas suffisamment communiqué avant la crise et nous n'avons pas été assez didactiques après. Mais,  c'est quand même le rôle du gouvernement d'expliquer ce qu'il fait. C'est aussi le rôle des partis qui ont voté la loi d'expliquer à la population de quoi il s'agit concrètement.

Quel est l'intérêt pour le Maroc d'importer des déchets qui étaient à priori normalisés ?

Principalement de se passer de l'importation d'énergie combustible à base de fuel lourd et de charbon. Le Maroc n'en dispose pas et il dépense des sommes pharamineuses en devises pour en avoir et importe des produits beaucoup plus chargés en carbone et beaucoup plus nocifs que les déchets RDF. L'importation de matières de ce type n'est pas la panacée pour nous. Au niveau de l'APC, nous ne cessons de lutter pour encourager nos communes à installer des stations de tri et de traitement de déchets.

Que contiendraient ces RDF ?

Des bouteilles en plastique, du bois, du carton… Une première étape consiste à les trier sur un tapis vibrant. Ce qui passe à travers les filets, ce sont des petits morceaux de plastique, de bois, de carton, de chiffons, de caoutchoucs, des matières qui une fois mélangées ensemble, ont un pouvoir calorifique en combustible.

Avez-vous estimé ce pouvoir ?

Une tonne de ces RDF équivaut en gros, à la moitié de l'énergie d'une tonne de charbon. En d'autres  termes, chaque fois que vous utilisez une tonne de déchets de type RDF, cela vous évite d'utiliser et d'importer l'équivalent de deux tonnes de charbon. C'est aussi une activité qui procure de l'emploi et dont il faut tenir compte. Le recours aux RDF réduit l'impact sur le climat puisque c'est du CO² économisé. Utiliser du plastique comme matière première de combustion revient à générer de l'atténuation du gaz à effet de serre.

Donc pour vous, l'importation de RDF ne serait pas une mauvaise chose et il faut expliquer ?

Il faut effectivement expliquer que les déchets dont on parle n'en sont pas en tant que tels dans la mesure où ce sont des produits valorisés car ce sont pour dire les choses exactement des Combustibles solides de récupération ou CSR. En France, ceux-ci représentent la part de 20% des combustibles en cimenterie. Il en circule entre pays européens environ cinq millions de tonnes par an et l'objectif de l'Europe est d'arriver à 40% du taux de substitution d'énergie fossile par ces produits-là à terme en cimenterie.

Et au Maroc ?

Aujourd'hui, en consommant nos propres déchets, en tenant compte également des déchets industriels constitués d'huiles lubrifiantes, solvants, pneus etc., nous arrivons à un total de 500000 tonnes par an. Cela représente à peine, un petit taux moyen de substitution de 12%. Si nous traitons mieux nos déchets ménagers, nous pourrons d'ailleurs augmenter cette valeur.

C'est ce qui est souhaitable selon vous ?

Bien sûr. Nous devons nettoyer nos villes et rendre service à notre population. Si nos besoins ne sont pas satisfaits, recourons dans ce cas à l'importation et en cas d'excédent, exportons. Ce sera pour nous une source de rentrées en devises.

L'importation des 2500 tonnes de RDF italiens qui a fait l'objet d'une vive polémique s'est-elle faite dans les normes ?

L'opération a été réalisée exactement comme elle se pratique en Europe. Il y avait un contrat avec un producteur qui a une usine homologuée par l'Union Européenne à Pescara et non à Campani comme on l'a dit. L'importateur a déposé un dossier avec pas moins de quinze pièces administratives justificatives qui démontrent l'origine des déchets ainsi que le résultat des analyses nécessaires. Le ministère a joué son rôle de  gendarme, s'est mis en rapport avec son homologue italien, a vérifié que l'usine existait bel et bien, qu'il n'appartenait pas à la mafia, et c'est à partir de ce moment que tout s'est emballé. Certaines ONG ainsi que la presse et les réseaux sociaux sont intervenus pour créer une cacophonie incroyable. Certains ont lancé en pâture l'expression "le Maroc n'est pas la poubelle de l'Europe". A partir de ce moment, il nous a été devenu impossible de communiquer officiellement et très difficile d'être audible.

Pourquoi il n y a pas eu une grande solidarité gouvernementale vis-à-vis de Mme El Haite qui a tenté d'expliquer ?

Nous sommes en période préélectorale et on a davantage assisté à des bagarres entre partis plutôt qu'à une communication sur des questions techniques sérieuses.      

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud à Tanger   

Un Quiz pour démêler le vrai du faux
L'Association professionelle des cimentiers a édité sur son site internet un quiz en 19 questions. Vous aurez ainsi notamment les réponses de l'APC pour savoir si le Maroc devient un dépotoir pour les pays "civilisés", si la mafia italienne évacue ses ordures au Maroc, si l'importation est une opération non autorisée ou si l'incinération des déchets est interdite par la loi au Maroc.
 

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