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Poitou-Charentes : La Rochelle, capitale du nautisme

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Le maillage industriel réunit de nombreuses compétences dans un périmètre réduit. Les chantiers occupent pour la plupart des niches de marché qui rebondissent plus facilement.

Poitou-Charentes : La Rochelle, capitale du nautisme
À Rochefort, Nautitech est un fabricant réputé de catamarans.

Depuis 1964, le chantier Dufour produit des voiliers à Périgny, dans la périphérie rochelaise. Mais il n’est pas le seul. La région de La Rochelle est l’une des locomotives de l’industrie nautique française ! Une filière complète s’est structurée, avec quelque 320 entreprises qui emploient 2 000 salariés, pour un chiffre d’affaires global de quelque 300 millions d’euros, réalisé à hauteur de 60% à l’exportation. "Il existe ici un tissu industriel remarquable, note Martin Lepoutre, le PDG du constructeur de voiliers Fora Marine et délégué régional de la Fédération des industries nautiques (FIN). Il y a très peu d’endroits au monde où l’on peut trouver une telle palette de compétences dans un périmètre aussi réduit. La Rochelle, c’est le Palo Alto de l’industrie nautique."

Dufour Yachts, qui compte 430 salariés, est le deuxième constructeur français de voiliers. Avec quelque 300 unités fabriquées, le producteur de catamarans de croisière Fountaine Pajot, dont l’effectif est de 400 personnes, se classe au premier rang mondial de la spécialité. Amel emploie 110 salariés et construit de grands voiliers de croisière à Périgny. Tous font figure de géants dans ce paysage de PME. Derrière ces leaders, plusieurs PME ont aussi une grande notoriété. Mais toutes compte moins de 100 salariés. Comme Nautitech Catamarans à Rochefort ; les constructeurs de vedettes à moteur Guy Marine et Ocqueteau sur l’île d’Oléron ; Latitude 46, le constructeur du dériveur de luxe Tofinou ; Andreyale qui produit des vedettes à moteur à La Rochelle.

La diversité rochelaise se manifeste dès l’amont de la filière, avec une dizaine de cabinets d’architecture navale, dont des grands noms comme Marc Lombard, Joubert Nivelt, Berret-Racoupeau, Philippe Briand ou Mortain-Mavrikios, dont on retrouve les créations chez les grands constructeurs mondiaux.

La Rochelle a aussi des bureaux d’études spécialisés, comme le Centre de recherche pour l’architecture et l’industrie nautiques (Crain) qui a conçu un programme informatique de découpe des voiles utilisé par 80 voileries dans 25 pays. C’est le Crain qui a reconstitué les plans de "L’Hermione", la frégate du XVIIIe siècle dont la construction s’achève à Rochefort. Sur le port de commerce de La Pallice, le chantier Gamelin, repris en 2009 par le vendéen Ocea, est un spécialiste de l’aluminium, et produit avec 40 salariés des voiliers de grand raid comme "L’Oréal" de la navigatrice Maud Fontenoy, et des navires commerciaux de transport de passagers.

Le nautisme à La Rochelle, ce sont aussi les fabricants d’accastillage, de voiles, de mâts et de gréements : la voilerie Incidences, première voilerie française, et les deux fabricants de mâts de voiliers Z Spars et Sparcraft, qui fournissent des chantiers français et étrangers. Depuis le début de la crise, la filière souffre pourtant, avec des baisses d’activité qui ont pu atteindre 40%. Guy Marine et Ocqueteau ont changé de mains, Sparcraft a été repris après un dépôt de bilan, Latitude 46 fait l’objet d’une procédure de sauvegarde et Dufour, lâché par ses actionnaires, un fonds américain, et plombé par une dette de 20 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 40 millions, n’a dû son salut en septembre 2013 qu’au soutien financier des collectivités locales.

"Malgré la crise, observe cependant Martin Lepoutre, très peu d’entreprises ont disparu. La Rochelle a une vraie capacité de résistance, qui tient à cette richesse du maillage industriel, mais aussi au fait que les chantiers occupent pour la plupart des niches de marché, comme le multicoque, qui rebondissent plus facilement."

Une forte capacité d’innovation

Parmi les producteurs de catamarans justement, Fountaine Pajot devrait retrouver cette année son chiffre d’affaires d’avant la crise, à 50 millions d’euros, avec une croissance de 20% sur le dernier exercice. Nautitech, de son côté, a embauché 25 salariés fin 2013 pour faire face à l’afflux des commandes. Le chantier de Martin Lepoutre, qui commercialise ses voiliers sous la marque RM, est lui aussi sur une niche, en utilisant la construction en contreplaqué époxy, ce qui permet de sortir des navires plus légers, plus rapides, et qui trouvent leur clientèle malgré des prix de 30% à 40% plus élevés que la concurrence. La Rochelle résiste aussi grâce à sa capacité d’innovation. Ainsi, Neel Trimaran, un chantier créé en 2009 pour remettre au goût du jour le grand trimaran de croisières, a vendu une douzaine d’unités à des tarifs allant de 500 000 à 1,4 million d’euros.

L’innovation réside également dans les capacités d’organisation de la filière nautique. Une vingtaine de PME regroupées dans l’association Pôle Refit La Rochelle vendent depuis sept ans leur savoir-faire dans la réparation et l’entretien – le refit –, des grands navires de plaisance. Chaque année, 10 à 15 de ces embarcations parfois prestigieuses sont remises à neuf à La Rochelle, pour un volume d’affaires approchant les 10 millions d’euros. Des chantiers parfois exceptionnels, comme celui en voie d’achèvement, au terme de trois ans de travaux, de l’"Enigma XK", un ancien navire militaire de 72 mètres reconverti en super-yacht pour plus de 15 millions d’euros.

Dernier atout de la filière rochelaise, le Grand Pavois. Ce salon nautique à flot, le plus grand d’Europe, qui se tient chaque année en septembre depuis 1973, est une vitrine irremplaçable pour tous ses acteurs. Avec 100 000 visiteurs, 860 exposants de 35 pays représentés, le La Rochelle boat Show est devenu une marque internationale. Au point d’attirer les convoitises. Les organisateurs sont régulièrement sollicités pour le faire déménager à Bordeaux. "C’est un sujet de préoccupation, avoue Jean-François Fountaine, le nouveau maire (divers gauche) de la ville, mais je ne suis pas inquiet. Si le Grand Pavois devait déménager, il y aura de toute façon un salon nautique à La Rochelle. Nous lui trouverons un autre nom."

Les Minimes, un outil essentiel

Fondateur du chantier Fountaine Pajot, qu’il a dirigé de sa création en 1976 jusqu’au mois de mars 2014, président de la Fédération des industries nautiques de 2009 à 2014, Jean-François Fountaine a été élu maire (divers gauche) de La Rochelle le 5 avril. "La Rochelle est l’une des rares villes au monde à abriter toutes les activités maritimes, port de pêche, port de commerce, port de plaisance, à l’exception des militaires. Et la présence du port de plaisance des Minimes est un élément essentiel de la filière nautique rochelaise, assure-t-il. Le chantier d’agrandissement qui s’achève va en faire, avec 4 800 anneaux, le plus grand port de plaisance d’Europe. Les 1 200 places supplémentaires ont été vendues en trois mois, ce qui confirme la pertinence de cet investissement de 50 millions d’euros."

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