Pneus à bas prixmichelin et continental font front commun

Les deux fabricants veulent réagir ensemble à la montée en puissance des pneus importés de pays extérieurs à l'Europe des Quinze.

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Michelin, cette fois, jette l'intégrisme aux orties! L'alliance que projette le numéro1 mondial du pneu avec son principal concurrent européen, l'allemand Continental, marque un virage à 180degrés de sa stratégie. L'objectif de cette coopération sans précédent entre les deux groupes: disposer d'une même source de production de pneus bon marché. Leur filiale commune à 50-50, qui devrait être créée avant l'automne, les fera fabriquer probablement à Otrokovice, en République tchèque, dans les usines Barum, contrôlées par Continental. Une révolution! Bridgestone, Goodyear, Continental, Pirelli, Dunlop Sumitomo ont, les uns après les autres, ajouté à leur gamme de pneus des produits de qualité moindre, à des prix nettement inférieurs. Pas Bibendum, pour qui le pneu ne pouvait être forcément que d'une seule qualité: la meilleure, au meilleur prix. Celui qu'il appelle aujourd'hui "de première ligne". Ce renversement stratégique est imposé au groupe de François Michelin par la déferlante des marques dites "de troisième ligne", venues généralement d'Europe de l'Est ou d'Asie du Sud-Est. Proposées à des prix le plus souvent cassés de 30 à 40%, elles ont conquis près de 25% du marché européen. Deux fois plus qu'il y a cinq ans. En France, leur pénétration atteint le quart du marché du pneu tourisme de remplacement (la "deuxième monte"). Ce qui, du même coup, a fait chuter les positions de Michelin sur ce marché à moins de 45% dans l'Hexagone, contre plus de 60% il y a vingt ans. A l'origine de cette formidable croissance, longtemps masquée par l'absence de statistiques fiables au sein de la profession: le souci des revendeurs traditionnels de pneus et des stations-service d'avoir eux aussi des produits d'appel pour riposter aux opérations promotionnelles des grandes surfaces sur les pneus de grandes marques.

Continental avait déjàbien anticipé

Pour tenter de freiner cette évolution, Michelin lançait en janvier 1994, sur l'ensemble des marchés européens, les pneus Classic. D'authentiques produits estampillés Michelin, mais commercialisés seulement en sept dimensions - les plus vendues en Europe - pour des voitures de petite et moyenne cylindrées. Seules deux de ses usines, Bourges et Dundee, en Grande-Bretagne, les fabriquent, en s'efforçant de comprimer les coûts. Mais cette offensive en direction du segment "deuxième ligne" a semblé une réponse limitée. La Bourse, elle aussi, a boudé le titre l'an dernier, dans l'attente d'une riposte plus musclée. En choisissant de s'engager dans un partenariat avec Continental, Michelin révèle son ambition de frapper vite et fort. Le groupe présidé par le DrHubertus von Grünberg est sans conteste celui qui a le plus anticipé la montée en puissance de ce marché "gris". Par achats successifs, il s'est doté d'un portefeuille de marques de deuxième et troisième lignes venues de Scandinavie (Viking, Gyslaved), du Portugal (Marbor), de République tchèque (Barum), de Slovénie (Sava) ou des Etats-Unis (General Tire). Depuis l'an dernier, il s'efforce de gérer "globalement", en complément de ses trois marques principales, Continental, Uniroyal et Semperit, cet ensemble qui représente environ 20% de ses 33,8milliards de francs de chiffre d'affaires. Monnaie d'échange à ces accords: Michelin autorise Continental à exploiter en Europe la marque Uniroyal au-delà de 2004 et s'interdit d'en faire usage à son profit. La marque, devenue la propriété de Bibendum depuis l'achat en 1991 d'Uniroyal Goodrich, sera également apportée à la filiale commune Michelin-Continental. Plus important encore: la "livraison d'ensembles complets à l'industrie automobile", comme l'écrit le communiqué officiel publié le 31janvier. Les constructeurs, obsédés par la course aux réductions de coûts et de délais, attendent aujourd'hui de leurs équipementiers qu'ils leur fournissent des ensembles pneu-roue directement livrés aux portes de leurs unités d'assemblage. La filiale Michelin-Continental aura pour vocation de construire et de gérer ces unités d'assemblage de "roues montées", qui se multiplieront avant la fin de cette décennie dans la périphérie des usines Peugeot, Renault, Mercedes, Volkswagen, Opel ou BMW. Continental est déjà présent dans ce domaine en association avec deux sociétés allemandes, Lemmerz et Kronprinz. A plus lointaine échéance, Michelin et Continental feront cause commune dans le rechapage. Ils échangeront leurs expériences dans le recyclage des pneus usagés et les programmes de réduction des coûts, dont ils attendent chacun, des économies annuelles de 100millions de deutsche Mark (350millions de francs). Alain JEMAIN



Qui fabrique et qui vend des pneus "troisiÈme ligne"

Manufacturiers

- Goodyear: Kelly, Fulda, Kingstone (marque d'Auchan).

- Bridgestone-Firestone: Dayton, Carlson (marque de Casino-Rallye).

- Pirelli: Ceat, Courir.

- Continental: Barum, Mabor, General Tire, Semperit, Viking, Gyslaved, Sava.

Groupements de revendeurs

- Euromaster: Tyremaster.

- PointS-Seda : Sava, Maloya, Eurostar.

- Arc-en-ciel: Rainbow (fabriqué par Goodyear).

- Feu Vert: Barum.

- Vulco Pneu-KDIS: Hankook.

Distributeurs spécialisés

- Dipropneu: Toyo, Stomil, Kumho, Nokia, Hwa Fong.

- Copadex: General Tire, Mabor.

- Meyer Lissendorf France: Riken, Viking.

- Bonnot: Cooper

- Vredestein: Avon

- Hytrack: Lassa, Camac Amstrong.

- Sonamia: Stomil, Barum.

USINE NOUVELLE N°2490

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