Pneumatiques Génie civil : la fin de l’or noir ?

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Pneumatiques Génie civil : la fin de l’or noir ?

Un pneumatique d’occasion de 5 tonnes et de 4 mètres de diamètre à 100 000 dollars US ? Ce chiffre reflète la démesure qui s’est emparée du secteur peu banal des pneumatiques génie civil (dit « OTR » pour « Off the Road »). Suite au boom des matières premières et des grands projets d’infrastructure, le marché de ces pneumatiques destinés aux engins de chantier ou miniers a connu une véritable explosion. À tel point qu’à partir de 2004, l’offre ne pouvant suivre la demande, une grave pénurie est apparue, qui a engendré des situations insolites. Des commerciaux en sont venus à redouter des commandes de pneumatiques de grande taille. Les délais de livraison ont atteint 12 mois et on a déterré des pneus usagés éliminés par enfouissement avant la pénurie. Faute de pneus adaptés, des engins ont été livrés sur cales par des constructeurs comme Caterpillar ou Komatsu. Les prix ont flambé, le marché noir a explosé et des miniers se sont vus prêts à payer des fortunes pour assurer la continuité du transport des minerais : un tombereau immobilisé un jour dans une mine de diamants représente plusieurs centaines de milliers d’euros de manque à gagner.

S’il est vrai que les industriels des pneumatiques OTR ont dû faire face à des situations délicates, ils ont surtout largement bénéficié de cette période de vaches grasses. En effet, les produits de génie civil, à forte technicité, génèrent des marges très lucratives et sont donc parmi les activités les plus rentables pour les pneumaticiens. Signe de la bonne santé du secteur pendant les années de pénurie, en 2008, la grande messe annuelle -la conférence OTR de la Tire Industry Association- s´est célébrée à Hawai. Au menu : tournois de golf et cocktails sous les cocotiers... Tout un symbole.

L’effondrement du premier semestre 2009

Avec le brusque ralentissement de l’activité économique mondiale fin 2008, une véritable douche froide s’est abattue sur le paradis des pneus miniers. Du côté des grands constructeurs comme Caterpillar, Liebherr Mining, Terex ou Komatsu, la demande de pneus OTR première monte a plongé de 70% durant les premières semaines de 2009. Sur l’ensemble de l’année, ce chiffre devrait, selon des observateurs, se situer autour de 50%. Sur le marché du remplacement, les clients miniers, frappés par la chute des prix des matières premières, réduisent drastiquement leurs investissements et leurs dépenses opérationnelles : fermetures de sites devenus peu rentables et reports de mises en exploitation de nouveaux gisements contribuent à réduire le niveau des commandes d’engins et donc la demande de pneus.

Dans le même temps, les nouvelles usines OTR, dont la construction a été décidée au plus fort de la pénurie, lancent leur activité. Bridgestone a ainsi annoncé en juin 2009 le démarrage de son usine OTR à Kitakyushu (Japon). Ces ouvertures viennent déséquilibrer la balance de l’offre et de la demande, déjà mise à mal par les stocks désormais pléthoriques des constructeurs d’engins, des miniers et des revendeurs de pneus.

Le temps des festivités hawaïennes et des clients prêts à tout pour obtenir un pneumatique est donc bel et bien terminé. Aujourd’hui il est plutôt question de guerre des prix que de demande excédentaire. En avril dernier, lors de l’Exposition internationale de matériels et techniques pour les travaux publics, le bâtiment et l'industrie des matériaux, Intermat, de Paris, même les plus grands comme Michelin et Bridgestone, semblaient envisager des opérations de promotion sur certains modèles OTR, ceux-là mêmes qui, quelques mois plus tôt, s’arrachaient à prix d’or. Signe des temps : la prochaine édition de la conférence OTR de la Tire Industry Association aura lieu dans le désert de l’Arizona…

Après la pluie, le beau temps ?

Si le monde du pneu Génie Civil est encore sous le choc du tout récent effondrement du marché, les « anciens » rappellent que ce n’est pas la première fois que le secteur connaît un tel bouleversement. Certains observateurs interprètent le ralentissement des derniers mois comme une pause plutôt qu’une réelle correction : à moyen terme, la demande reviendra à des niveaux élevés. Chris Skelton, Managing Director de la société britannique OTR Tyres UK, souligne : « Il est fort probable que la demande induite par la croissance des pays BRIC revienne alimenter tôt ou tard les besoins en OTR. Mon conseil à tout utilisateur d’OTR serait de ne pas croire que l’offre de pneus génie civil sera dorénavant définitivement abondante. Il faut tirer les leçons de la pénurie de 2004-2008 et mettre en place une véritable politique d’achat et de maintenance des OTR pour se prémunir d’une éventuelle future baisse de l’offre. »

Vers un remaniement des cartes ?

Avec ce retournement violent de la conjoncture, une autre question alimente les discussions : qui va tirer son épingle du jeu ? Les rumeurs les plus extravagantes circulent sur une éventuelle sortie de Goodyear du marché Génie Civil. Bien que maintes fois démenti par le groupe américain, le bruit continue à courir dans le milieu et déjà les pronostics vont bon train sur l’identité d’un potentiel acheteur. Peut-être un pneumaticien chinois bénéficiant de l’appui financier de son gouvernement et qui arriverait à surmonter la méfiance américaine vis-à-vis des OTR de l’Empire du Milieu ? Ou un concurrent de plus petite taille désireux de se hisser au troisième rang actuellement occupé par Goodyear ? Ou encore un rechapeur désireux de diversifier son activité ? Les paris sont ouverts...

Sans compter que l’attractivité du secteur durant la pénurie, avec ses niveaux de marges alléchants et ses clients aux abois, a logiquement aiguisé les appétits et déclenché des vocations. Flairant le bon filon, plusieurs nouveaux acteurs ont tenté de pénétrer ce marché. Avec plus ou moins de réussite il est vrai : la complexité technique de ces pneus requiert un savoir-faire long et difficile à acquérir. Des entreprises comme Titan aux Etats-Unis, Eurotire en Ukraine, Triangle et Double coin en Chine ou encore BKT et Apollo en Inde ont entrepris des investissements massifs pour construire des usines OTR et acquérir les technologies nécessaires. Même s’il semble que, dans le domaine des grands diamètres (au-delà de 25 pouces), les « majors » Bridgestone, Michelin et Goodyear aient une avance technologique et commerciale insurmontable, quelques marques « exotiques » ne cachent pas leurs ambitions internationales.

C’est ainsi que certains experts n’excluent pas une montée en puissance des nouveaux challengers. Tony Cutler, de la société australienne Otraco, spécialisée depuis plus de vingt ans dans la gestion des pneus miniers, explique : « Comme l’ont fait les fabricants de voitures japonais dans les années 1960, certains pneumaticiens OTR chinois vont percer dans les années 2010 mais il leur reste encore un long chemin à parcourir. Deux ou trois vont sûrement y parvenir, les autres vont disparaître ». Un autre spécialiste confirme que : « des problèmes techniques subsistent chez ces acteurs émergents, mais ils parviendront à long terme à obtenir un niveau de qualité acceptable et à se faire une place parmi les plus grands ». À suivre….

Wafae Kenbib


Et aussi :

OTR Tyres UK

Otraco

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