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L'Usine de l'Energie

"Plutôt qu’un Airbus de la transition énergétique, il faudrait une flotte d’Airbus", selon Jean Therme (CEA)

Manuel Moragues , , , ,

Publié le

Entretien Lors de ses vœux, le 14 janvier, François Hollande a souhaité "une grande entreprise franco-allemande pour la transition énergétique, une belle alliance", à l’image d’Airbus. Des propositions plus précises devraient être discutées le 19 février en conseil des ministres franco-allemand. Le projet d’usine géante de cellules photovoltaïques porté par le CEA côté français pourrait être au menu. Jean Therme, directeur de la recherche technologique du CEA-CEA Tech et directeur délégué aux énergies renouvelables du CEA, livre les éléments clés de ce projet et tente d’interpréter le concept d’Airbus de la transition énergétique.

Plutôt qu’un Airbus de la transition énergétique, il faudrait une flotte d’Airbus, selon Jean Therme (CEA) © Philippe Stroppa

L'Usine Nouvelle - Un Airbus de la transition énergétique, qu’est-ce que ça vous évoque ?

Jean Therme - Airbus, c’est une référence utilisée dans différentes domaines, comme dans les semi-conducteurs avec l’Airbus of chips prôné par Neelie Kroes, la commissaire européenne au numérique. Quand on parle d’un Airbus, on fait référence à une action coordonnée dans un domaine donné mobilisant capitaux et savoir-faire européens pour reprendre un leadership international perdu au niveau de chaque pays. Il s’agit au fond de trouver des solutions en changeant de périmètre.

Comment appliquer cette référence à la transition énergétique ?

La transition énergétique n’est pas vraiment un domaine en soi. D’autant qu’elle peut être différente suivant les pays. Les énergies renouvelables (EnR) sont en général au premier plan, comme en Allemagne. Mais aux Etats-Unis, les gaz de schiste sont partie intégrante de la transition énergétique, comme le nucléaire en France. Dans tous les cas, la transition énergétique, c’est N actions en parallèle : les EnR, le bâtiment, la mobilité électrique… Et même dans les EnR, les situations en termes de technologies ou de marché sont très différentes d’une énergie à l’autre. Plutôt qu’un seul Airbus, j’ai l’impression qu’il faudrait une flotte d’Airbus.

Un Airbus supposerait aussi d’unir des industriels, des laboratoires…

La R&D, c’est peut-être le plus facile à aligner. Envisager une compagnie unique me paraît en revanche difficile. Travailler sur des projets communs est possible. C’est peut-être cela qu’il faut retenir : une collaboration à l’échelle européenne sur des projets.

Une telle collaboration pourrait-elle se concentrer sur le stockage de l’énergie ?

C’est vrai qu’il n’y a pas encore de grand industriel européen dans le stockage de l’énergie. Il y a un espace à prendre… avant que d’autres le prennent ! Il y a d’ailleurs beaucoup de collaborations européennes en R&D sur le stockage. Cela se fait naturellement. Le stockage reste cependant un problème très complexe. Chaque situation nécessite un stockage particulier, de la batterie à l’hydrogène en passant par l’inertie thermique et les cavités d’air comprimé.

Votre projet franco-allemand d’usine géante de cellules photovoltaïques pourrait être un bon candidat. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Avec Eicke Weber, le président de l’institut Fraunhofer de Fribourg sur les systèmes solaires (ISE), nous nous sommes demandé en 2011 si l'on pouvait encore produire du photovoltaïque de nouvelle génération en Europe de façon compétitive. Le CEA avec l’Institut national de l’énergie solaire (Ines), l’ISE et le CSEM suisse ont formé un groupe qui a consulté de nombreux industriels, notamment des fournisseurs allemands d’usines clés en mains. La conclusion de ce travail, qui s’est terminé fin 2013, c’est que c’est possible.

Comment être compétitif dans le solaire en Europe ?

Il faut miser sur une technologie en avance, que nous avons sélectionnée, ce qui suppose de mettre en commun les laboratoires. Il faut viser une production de masse, de 1 à 5 gigawatts par an pour être compétitif. Il faut aussi garder la maîtrise des équipements de production, qui captent une grande partie de la valeur. Quant au modèle économique, celui qui nous paraît le plus pertinent est celui des grands fondeurs de la microélectronique, qui produisent pour le compte de différents acteurs. Notre dossier est solide.

Ce projet est encore sur papier… va-t-il se concrétiser ?

Il faudrait pour cela trouver des financements – essentiellement privés, je ne rêve pas ! – et des clients. Nous allons nous réunir prochainement pour étudier la suite. Mais il est certain que, Eicke et moi, nous ne nous résignons pas à ce qu’il n’y ait plus de production photovoltaïque en Europe. Quand j’étais chez ST Micro, en 1987, on nous disait qu’on allait mourir, que c’était fini la microélectronique en Europe… Si on avait écouté les Cassandre, si on ne s’était pas battu, il n’y aurait pas le bassin d’emploi grenoblois de 50000 personnes qui existe aujourd’hui. Il ne faut pas baisser les bras.

Propos recueillis par Manuel Moragues

 

 

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