Plus de 150 revues scientifiques en libre accès sont prêtes à publier n'importe quoi

La revue Science a envoyé un article bidon à des centaines de publications scientifiques en libre accès, qui fleurissent désormais sur internet. Plus de la moitié, dûment pourvues d’un comité de lecture, ont pourtant accepté de publier l’article truffé d’erreurs criantes.

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Plus de 150 revues scientifiques en libre accès sont prêtes à publier n'importe quoi

Le numérique est en train de bouleverser la presse et l’édition. Le domaine des revues scientifiques est le premier touché : il se crée plus de 1000 revues en ligne chaque année. Selon l’inventaire du Directory of Open Access Journals, il en existe 9942 aux dernières nouvelles. Toutes ces revues sont en libre accès, contrairement aux revues traditionnelles sur abonnement - telle Science. Mais elles font payer par leur auteur la publication des articles qu’elles acceptent.

La revue Science, dans son numéro du 4 octobre 2013, raconte comment elle a piégé plus de la moitié des 304 publications en accès libre, pourtant dotées d’un comité scientifique de sélection des articles. Comment ? Elle leur a proposé un article sur une nouvelle molécule anticancéreuse extraite d’un lichen. Parmi les erreurs flagrantes volontairement incluses dans l’article : une courbe montrait un effet de la concentration de la molécule sur son action anticancéreuse - alors que les données disaient clairement le contraire !

La moitié des revues prises en flagrant délit

L’opération a duré 8 mois, de janvier à août 2013, et les résultats du "canular" sont assez effrayants :

- 157 revues ont accepté l’article, moyennant parfois quelques modifications, la plupart du temps purement formelles. L’auteur, après acceptation, envoyait un e-mail pour retirer l’article, après avoir "découvert une erreur embarrassante" dans son manuscrit...

- La localisation géographique des responsables de publications et de leurs intermédiaires financiers est souvent obscure.

- Les revues concernées dépendent parfois des grands groupes d’édition (Elsevier, Wolters Kluwer…) ou d’institutions reconnues (l’université de Kobe, au Japon).

- La constitution et le fonctionnement des comités de lecture restent souvent flous (ce qui est au moins une explication du laxisme constaté).

Alerté par l’auteur de l’article-canular, le groupe Wolters Kluwer (Pays-Bas), dont dépend le Journal of Natural Pharmaceutical, qui a accepté la publication, a immédiatement décidé de fermer la revue.

Dangereux pouvoirs numériques

L’article de Science souligne tout de même que le libre accès n’est nullement synonyme de laxisme, puisque Plos One a rejeté la publication pour son faible niveau scientifique. la revue de la Public Library of Science est un projet américain à but non lucratif de publication scientifique, fer de lance de l’"open access",

Si les facilités du numérique ont permis l’explosion des revues en ligne plus ou moins sérieuses, l’auteur du canular a lui aussi utilisé l’informatique pour son coup monté. En effet, à partir d’un modèle, il a mis au point un logiciel de génération automatique d’articles puisant dans une base de données sur des molécules, des variétés de lichens, et des types de cellules cancéreuses. Les noms des auteurs et des institutions de recherche ont aussi été fabriqués par des combinaisons aléatoires. Les articles étant censés venir d’institutions de recherche africaines, ils ont été passés à la moulinette du traducteur Google, en français puis retour en anglais, afin d’obtenir une langue correcte mais "non américaine", plus plausible !

Selon des chercheurs interrogés par Science, le problème ne vient pas du libre accès : des résultats aussi affligeants auraient sans doute été obtenus en soumettant l’article aux moins renommées des revues par abonnement. Ce qui est loin d’être rassurant.

Thierry Lucas

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