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Plongeur de haut vol

Hassan Meddah

Publié le

Jean-Paul Ebanga dirige CFMI, premier motoriste mondial de l'aviation civile et filiale de Safran et General Electric. Une responsabilité que ce sportif accompli a décrochée à l'issue de délicats grands sauts professionnels.

Plongeur de haut vol
Si on est frileux, on subit. Or, la France a des atouts !
© LUC PERENOM

Les entreprises citées

Ne lui parlez pas de minorité visible ou de ses origines... Et encore moins du rôle que cela a pu jouer dans sa carrière. Jean-Paul Ebanga vous renverrait directement dans vos buts... non sans humour. « Je suis né dans le XIIe arrondissement à Paris. J'ai mené une carrière tout à fait normale », répond-il en forme de boutade, refusant par là d'endosser le rôle de porte-voix ou de défenseur de la diversité. « Quand il est arrivé, il se retrouvait dans une situation similaire à celle des femmes qui doivent s'imposer. Il a dû démontrer plus qu'un autre qu'il était là pour sa compétence et non en raison d'une promotion au nom de la multiculturalité », estime Jacques Gove, élu syndical chez Safran.

En se penchant sur sa carrière « tout à fait normale », on se dit que son parcours est quand même remarquable. N'en déplaise à Jean-Paul Ebanga, il demeure l'un des rares dirigeants noirs à assumer une responsabilité de haut niveau dans l'industrie hexagonale. Après avoir occupé des postes clés chez Safran, où il est entré en 1988, l'homme vient en effet de prendre, à 48 ans, la présidence de CFM International, un joint-venture à 50-50 entre Safran et General Electric. Une entreprise qui occupe le rang de premier motoriste au monde pour l'aviation civile.

Expert ès déminage

Son ascension, il la doit un peu à son goût du risque. Parachutiste amateur, le patron n'a pas peur des grands sauts, même professionnels... Il y a trois ans et demi, il a ainsi pris la tête de Powerjet, une co-entreprise d'environ 3 000 personnes contrôlée par Safran et son partenaire russe NPO Saturn. « En 2007, tout le monde était sceptique quant à notre capacité à atteindre les objectifs », se souvient-il. Et pour cause, le défi technologique (la conception d'un nouveau réacteur pour un avion régional russe), se doublait d'un défi managérial : faire travailler ensemble Russes et Français, aux cultures aéronautiques très opposées. Quand les Occidentaux conçoivent des moteurs destinés à durer, les Russes dessinent au contraire des réacteurs qui seront régulièrement examinés en atelier, héritage des bonnes vieilles habitudes soviétiques de la planification. « Lorsque les différences sont notables, chacun doit sortir de sa zone de confort. C'est à ce moment-là que les ingénieurs deviennent les plus créatifs », souligne Jean-Paul Ebanga.

À la tête de Powerjet, il apprend notamment l'art de la diplomatie. Auprès des autorités françaises et russes, il démine toutes sortes de problèmes : les expatriés, la maîtrise des transferts de technologie, les questions de fiscalité. Si l'intervention locale ne suffit plus, il se bat pour que ses sujets soient à l'ordre du jour des réunions intergouvernementales. « À cette occasion, Jean-Paul a démontré ses qualités de diplomate », confirme Jean-Marc Ventre, le directeur général adjoint de Safran, patron de la branche Propulsion.

Ce rôle de médiateur, il devra le jouer à la tête de CFMI. Les dirigeants des deux groupes n'ont pas hésité longtemps pour le nommer. « On a pensé à toi », lui a lancé sobrement, fin 2010, Philippe Petitcolin, le PDG de Snecma. Un mois après, l'affaire était pliée. Au siège de CFMI à Cincinatti, l'ingénieur Ebanga (Ensem Nancy, promotion 1985) a imprimé sa marque... en commençant par écouter. « Ce serait arrogant de prendre des décisions dès mon arrivée en poste. Je discute avec les équipes, je rencontre les clients », explique le nouveau dirigeant. Une attitude posée que lui reconnaît son entourage. « Ce qui frappe chez lui, c'est son calme olympien. Il dégage une sérénité incroyable », explique Yves Granjou, directeur actuel de l'École nationale supérieure d'électricité et de mécanique (Ensem) et ancien partenaire de baby-foot durant leurs années de formation sur les bancs de l'Ensem.

Pour la mondialisation

Membre du conseil d'administration de son école, Jean-Paul Ebanga, marié et père de deux enfants, entend également profiter de ses expériences pour changer le regard des Français sur la mondialisation. Face à ce défi, il retrouve ses réflexes de plongeur : ne pas lutter contre le courant, mais au contraire en tirer parti pour éviter l'épuisement. « Si on est frileux, on subit. Or la France a des atouts : son excellence technologique, sa capacité à gérer des programmes de grande complexité, celle de nouer des partenariats internationaux. »

EN QUELQUES MOTS

Cycliste Ce fan de Greg Lemond, compétiteur dans sa jeunesse, a quatre vélos dont un sur mesure qu'il a embarqué aux États-Unis.

Humaniste Son objectif à la tête de ses équipes : connecter les intelligences pour favoriser la créativité.

Mélomane Il est amateur de tous les jazz. Du trompettiste Miles Davis au pianiste contemporain Brad Mehldau.

Sensations fortes Pour lui, rien de tel pour vivre l'instant présent que le saut en parachute et la plongée.

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