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Plombée en France, l’industrie pharmaceutique se lamente toujours

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En croissance grâce à ses exportations, l’industrie du médicament voit son marché français chuter. Et se dit victime des plans d’économies pour la sécurité sociale et de multiples taxes. Alors même qu’un député veut lui en imposer une nouvelle, pour la recherche dans le cancer des enfants…

Plombée en France, l’industrie pharmaceutique se lamente toujours © Bernard Martinez

Un bilan en demi-teinte. En 2012, l’industrie française du médicament a vu son chiffre d’affaires augmenter de 5,5 % à 52,3 milliards d’euros, selon les chiffres publiés ce jeudi 13 juin par son syndicat, le Leem. Une croissance tirée par les exportations (qui représentent près de la moitié des revenus), en hausse de 14,8 % après une année 2011 catastrophique. La bonne nouvelle, c’est que la France a su séduire "les groupes pharmaceutiques mondiaux pour y produire leurs médicaments, dans un contexte de renforcement de l’attractivité du territoire national jusqu’à 2011", estime le Leem. Un point pour le made in France.

La récession se poursuivra sur le marché français

La mauvaise nouvelle, c’est que le marché du médicament en France, lui, s’écroule. Après une baisse de 2 % en 2012 à 27 milliards d’euros, il devrait encore chuter de 1,9 % d’ici 2014. Les raisons ne sont pas nouvelles : "Ce recul est essentiellement imputable à l’ampleur des mesures de régulation mises en place, ces dernières années, par les pouvoirs publics", accuse le Leem. Qui estime que les gouvernements successifs s’acharnent sur l’industrie pharmaceutique. "On observe ainsi une disproportion croissante entre le poids du médicament dans les dépenses d’assurance maladie (15 %) et sa contribution aux efforts d’économies (plus de 50 %)", rappelle le syndicat.

Plus taxée que ses voisins européens ou les autres industries

Résultat, "la rentabilité des entreprises du médicament opérant en France est d’un niveau généralement inférieur aux autres pays occidentaux, affirme le Leem. Elle est affectée, en particulier, par le paiement de taxes spécifiques auxquels ne sont pas assujettis les autres secteurs industriels." En 2012, ces taxes auraient ainsi représenté 4,2 % du chiffre d’affaires de la pharmacie. Et devraient encore augmenter en 2013. Difficile, dès lors, d’imaginer que les laboratoires verront d’un bon œil la proposition de loi du député-maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde.

Son idée, soutenue par une quarantaine de députés ? Instaurer une nouvelle taxe, représentant 0,15 % des revenus des laboratoires, pour financer une recherche indépendante sur les cancers pédiatriques. Car, seuls 2 % des fonds dédiés à la recherche anti-cancer sont alloués à ce domaine thérapeutique, accusait le député lors d’une conférence de presse mercredi 12 juin. Conséquence selon lui, le taux de mortalité chez les enfants victimes du cancer ne baisse quasiment plus depuis une quinzaine d’années.

Des engagements à prendre le 5 juillet

Faut-il néanmoins passer par une loi et une énième taxe pour mettre en place un tel dispositif ? Alors même que les organismes de recherche n’ont pas encore rendu leurs feuilles de route, réclamées par leur ministre de tutelle Geneviève Fioraso. Ne serait-il pas judicieux d’inciter plutôt à la mise en place de partenariats public-privé - une tendance qui se généralise dans la santé - dédiés aux cancers des enfants ?

D’autant plus que la date pour demander à l’industrie de s’engager semble déjà toute trouvée. "La réactivation du Conseil stratégique des industries de santé (Csis) et du Comité stratégique de filière des produits de santé (CSF Santé), qui se réuniront le 5 juillet, constitue un signe encourageant aux yeux des industriels ", annonce le Leem. Charge aux industriels de ne pas transformer ce rendez-vous avec le gouvernement et les différentes parties prenantes uniquement en cahier de doléances. Car si elles ne veulent plus être la cible systématique du gouvernement, les entreprises devront en contrepartie accepter de faire certains efforts. Et pourquoi pas notamment dans leur stratégie de R&D, financée en partie par le Crédit Impôt Recherche…

Gaëlle Fleitour

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