Plateau de Saclay : 100 ans de technopôles

Cela fait un peu plus d’un siècle que les premiers constructeurs aéronautiques ont envahi le plateau de Saclay pour développer l’aviation naissante et créer sans le savoir ce que l’on nommerait aujourd’hui Technopôle. C'est-à-dire un complexe regroupant R&D, entreprises industrielles et formation.

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Plateau de Saclay : 100 ans de technopôles
En cette année Roland Garros, voici le Morane Type H avec lequel il franchit en 1913 la Méditerranée.

Le plateau de Saclay est aujourd’hui au cœur de l’actualité technologique puisqu’il rassemble tout ce qui se fait mieux en France en termes de recherche, de développement et d’enseignement supérieur autour des nouvelles technologies, qu’il s’agisse du numérique, du traitement de l’information, d’énergie, de matériaux, de biotechnologies, etc. A tel point qu’on le désigne quelque fois comme la Silicon Valley européenne.

Mais cet engouement pour la high tech sur le plateau de Saclay n’est pas nouveau !

A quelques jours de l’ouverture de Salon aéronautique du Bourget, il est intéressant de se replonger dans l’histoire de l’aéronautique. A l’aube du 20e siècle, l’aéronautique balbutiante est faite de bouts de bois, de toiles, de cordes à piano tendues rigidifiant les structures, le tout propulsé par des moteurs capricieux de quelques dizaines de chevaux. Et d’une sérieuse dose d’inconscience, tant des constructeurs à qui tout semble possible, que des pilotes, souvent les mêmes, qui se lancent dans des vols d’essais quelquefois tragiques.

La plupart des constructeurs profite de la présence dans l’Ouest parisien d’un savoir-faire mécanicien, lié à l’industrie automobile née une dizaine d’année plus tôt, pour implanter leurs ateliers à Billancourt, Suresnes, Puteaux, Neuilly, Levallois… Et les militaires, toujours à l’affût des nouveautés technologiques, implantèrent un ‘‘champ de manœuvre aéronautique’’ non loin, à Issy-les-Moulineaux. A cette époque, 1906, Alberto Santos Dumont faisait décoller son ‘‘plus lourd que l’air’’ 14 Bis des pelouses de Bagatelle, en plein Bois de Boulogne. De sauts de puce en traversée de la Manche en 1909, une industrie était entrain de naître.

Mais cette industrie aéronautique a besoin de plus d’espace pour prendre son envol et s’exprimer. Aussi certains constructeurs tels Robert Esnault-Pelterie, Dick, Henri et Maurice Farman ou Louis Blériot, se mirent-ils à la recherche de terrains proches de leurs ateliers où ils pourraient mener leurs essais et développer leurs activités, autour de machines toujours plus puissantes. Et tous se retrouvèrent … sur l’ouest du plateau de Saclay. Lieu idéal pour l’aviation, de grandes plaines agricoles avec peu d’arbres car on vole entre 5 et 50 mètres d’altitude au début, situé à une vingtaine de kilomètres de Paris et facilement accessible depuis Versailles (5 km), bien relié à la capitale par le train et des routes nationales.

Entre 1907 et 1917, pas moins de 7 aérodromes virent le jour entre Buc, Toussus-le-Noble, Mérantais et Chateaufort, dans un triangle de 4 km de côté, auxquels René Caudron ajoutera le sien à Guyancourt en 1930. On ne parlait pas à l’époque de Technopôle, ni d’Aerospace Valley, mais de fait cette zone du Plateau de Saclay l’était déjà il y a 100 ans ! Car les prairies sommairement aplanies des débuts avaient laissé la place à des installations en dur avec d’immenses hangars abritant des ateliers de construction, mais aussi des bureaux d’études et des installations d’essais, ainsi que des lignes de production, trop à l’étroit en proche banlieue parisienne. Le tout complété par des structures capables d’accueillir les célébrités du monde artistique et du Tout Paris, de la finance, de l’industrie, de la politique, voire le grand public, attiré en masse par des meetings aériens et des expositions internationales qui rassemblent jusqu’à 300 000 spectateurs.

La Grande Guerre de 1914-1918 contribua considérablement au développement de l’aéronautique, dont les ténors surent se reconvertir rapidement vers le transport de courrier, de fret et de passagers dès les années 20. La plupart des aérodromes disparurent avant la Seconde Guerre Mondiale et seul subsiste aujourd’hui celui de Toussus-le-Noble, spécialisé dans l’aviation d’affaires et de loisir. Notons d’ailleurs que l’aérodrome Caudron-Renault de Guyancourt, démoli en 1989 dans le cadre de l’aménagement de la ville nouvelle de Saint-Quentin en Yvelines, se trouvait à l’emplacement de l’actuel Technocentre de Renault.

Hormis ce Technocentre, aujourd’hui c’est plutôt l’est du plateau de Saclay qui est avant-gardiste, avec le CEA et Teratec auprès du très grand centre de calcul, l’Onera et le Centre d’essais des propulseurs (CEP), le campus de R&D de Thales qui jouxte l’Ecole Polytechnique, l’Ensta ParisTech et l’Ecole supérieure d’optique, des centres de R&D en agroalimentaire pour Danone et Kraft Foods, l’Inra qui vient d’inaugurer des installations de sécurité biologique P3 pour la virologie … et de nombreuses autres entreprises. Le tout représentant plus de 50 000 emplois sur une étendue de 7 700 hectares.

De nombreuses autres grandes écoles devraient rejoindre rapidement ce campus et y renforcer les aspects R&D. D’ailleurs, fin 2012 le campus de Saclay a été l’un des lauréats des initiatives d'excellence (Idex) et s’est vu attribuer une dotation de 950 millions d’euros issus du grand emprunt, pour devenir ‘‘l’un des 8 pôles français pluridisciplinaires d'excellence d'enseignement supérieur et de recherche de rang mondial’’.

Et ça c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

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