Plastiques : L’Opecst juge les technologies de recyclage actuelles insuffisantes pour lutter contre la pollution

Le recyclage n'est pas suffisant, estime l'Opecst. Dans un rapport présenté le 14 décembre en visio-conférence, l’office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques pointe les limites des procédés actuels qui ne permettent pas le recyclage en boucle fermée. Et préconise une utilisation raisonnée des matières plastiques et une réduction à la source.

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Plastiques : L’Opecst juge les technologies de recyclage actuelles insuffisantes pour lutter contre la pollution
Echalier (Auvergne), filiale de Paprec Group - recyclage de bois, papier, carton, plastique, ferraille, VHU, dechets dangereux... Balles de plastique

C’est l’un des piliers de l’économie circulaire. Pourtant, le recyclage par voie mécanique des matières plastiques ne permettra pas de lutter avec succès contre la pollution plastique. C'est le constat établi par l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) dans un rapport sur la pollution liée au plastique présenté le 14 décembre. L'Office pointe même l’inefficacité d’une stratégie de gestion des déchets plastiques centrée sur le recyclage.

« Le recyclage n’a rien d’une solution miraculeuse pour endiguer la progression exponentielle des déchets plastiques de ces dernières années », soutient Philippe Bolo, député du Maine-et-Loire et co signataire du rapport avec la sénatrice du Lot Angèle Préville. « Les procédés de valorisation actuels souffrent de nombreuses limites. »

Des limites techniques

Premières pointées du doigt : les limites techniques des procédés mécaniques. Si le recyclage mécanique, qui consiste à broyer, chauffer et extruder les matières thermoplastiques, fonctionne bien pour des objets constitués d’un seul polymère, le rapport souligne que l’opération devient particulièrement difficile avec des matériaux plus complexes comme les multicouches. Les opérations de tri et de séparation des différents matériaux sont « presque impossibles » à réaliser, soulignent les rapporteurs.

En outre, la présence de certains additifs, comme des plastifiants, des retardateurs de flammes et des pigments dans les plastiques compromet également leur recyclabilité. Les procédés mécaniques ne permettent pas en effet d’éliminer ces substances qui se retrouvent en quantité plus ou moins importante en fonction des grades de plastiques.

« Parmi les 96 000 tonnes de plastiques issus des déchets d’équipements électriques et électroniques, 5 700 tonnes, soit 6%, sont des plastiques contenant du brome et doivent être incinérés avec d’autres déchets dangereux », cite en exemple le rapport.

Une qualité à améliorer

Par ailleurs, l’action mécanique exercée sur les plastiques pour en couper les chaînes polymères, a également un impact sur la qualité de la matière. « Le plastique en sortie des unités de recyclage est forcément d’une qualité inférieure à la matière vierge », souligne Philippe Bolo, « Et plus ce plastique est recyclé, plus il se dégrade. Il est alors impossible d’établir une valorisation en boucle fermée. Nous assistons à un phénomène de « décyclage », où le plastique est utilisé dans une application moins exigeante. A l’heure actuelle le recyclage est surtout utilisé pour retarder le passage du plastique à l’état de déchet. »

Les rapporteurs pointent que la recherche de nouveaux débouchés pour ces plastiques de moins bonne qualité accroît la quantité de plastique mise sur le marché, sans pour autant réduire significativement l’apport des polymères vierges dans les produits neufs. Le rapport souligne qu’à ce jour seul le polyéthylène téréphtalate (PET) issu du recyclage des bouteilles en plastique est actuellement réutilisé pour fabriquer de nouvelles bouteilles.

Un coût encore élevé

D’autres facteurs techniques, liés aux matériaux recyclées cette fois, empêchent leur utilisation dans de nombreuses applications, comme l’absence de normalisation des plastiques recyclés pour pouvoir être utilisés dans le secteur du bâtiment, ou encore la difficulté de produire un grade apte au contact alimentaire pour être réutilisé dans les emballages.

Enfin, du point de vue économique, les matières plastiques recyclées pâtissent de l’effondrement du prix des résines vierges provoqué par la chute du prix du pétrole, qui rend les matières recyclées beaucoup moins compétitives.

Mais tout n’est pas noir dans le panorama dressé par le rapport de l’Opecst : devant les limites du recyclage actuel, les rapporteurs de l’Opecst pointent l’émergence du recyclage chimique, qui permet grâce à une dépolymérisation de séparer les éléments constitutifs du plastique et de récupérer le monomère pour reformer un polymère vierge. « C’est une proposition technologique intéressante pour mettre en place des filières de recyclage en boucle fermée », met en avant Angèle Préville « mais il faut encore mieux évaluer l’impact de ce traitement sur le plan environnemental, notamment en ce qui concerne les éléments chimiques utilisés dans l’opération. Il ne s’agit pas de gagner d’un côté ce que l’on perd de l’autre ».

Favoriser un usage raisonné des plastiques

Pour les rapporteurs, le recyclage ne peut donc pas constituer le socle de la lutte contre la pollution plastique. Ils prônent une réduction à la source et un usage raisonné de ces matériaux pour limiter les déchets.

« Il faut se garder du "plastique bashing", certaines matières sont précieuses et offrent de réels bienfaits. Je pense notamment aux plastiques utilisés dans le médical », pointe Philippe Bolo « Mais dans certains cas, la matière est utilisée à mauvais escient : il est possible de s’en passer. »

Philippe Bolo et Angèle Préville proposent d’établir une hiérarchie entre les matières plastiques en fonction de plusieurs critères : la quantité d’additifs présents dans leur formulation, la durée de vie des produits auxquels elles sont généralement associés, leur « évitabilité » et enfin leur « substituabilité ».

Ces différents critères devraient permettre de distinguer les plastiques à problèmes des matières nécessaires. Cette hiérarchisation devrait permettre de renforcer les règles d’éco-conception des produits et de délimiter le recyclage à certains flux essentiels.

Questionnés sur l’efficacité de la loi Agec pour l’économie circulaire qui vise à renforcer l’incorporation de plastiques recyclés dans les produits neufs et à interdire en 2040 les plastiques à usage unique, les rapporteurs ont estimé qu’il « s’agissait d’un premier pas », mais qu’il faudrait certainement aller plus loin pour répondre à l’enjeu de la pollution plastique. Le rapport de l’Opecst vise notamment à fournir les bases des prochaines discussions.

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