Plaidoyers pour un rôle accru du FMI

par Lesley Wroughton et Emily Kaiser

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WASHINGTON (Reuters) - Les dirigeants de la finance mondiale réunis à Washington ont plaidé samedi en faveur d'un rôle accru du FMI dans la supervision de l'économie mondiale et la surveillance des monnaies et des politiques mises en oeuvre par les pays riches pour éviter une nouvelle crise financière.

Les 187 Etats-membres du Fonds monétaire internationale jugent nécessaire une "surveillance impartiale" et soulignent que la mise au jour de vulnérabilités dans les économies avancées est une priorité.

Une telle évolution serait une modification majeure pour le FMI, qui, par tradition, prodigue peu de conseils à ses principaux membres.

Mais les déséquilibres observées dans la croissance de l'économie mondiale et la volatilité des devises sur les marchés des changes alimentent les tensions.

Les Etats-Unis, qui pressent la Chine de faire monter plus rapidement le cours de sa devise, le yuan, ont demandé à leurs homologues d'accorder plus de poids au FMI en matière d'arbitrage dans les conflits sur les monnaies.

Pour Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), l'économie mondiale a intérêt à évoluer dans un système monétaire solide et stable.

Les taux de change, a-t-il ajouté, doivent refléter les fondamentaux économiques des nations tandis qu'une volatilité excessive des monnaies a un effet défavorable sur l'économie.

"De nouvelles mesures s'imposent d'urgence pour renforcer le rôle et l'efficacité de l'institution en tant qu'organe mondial au service de la surveillance macrofinancière et de la collaboration en matière de politique économique", note le comité monétaire et financier international du Conseil des gouverneurs du FMI dans un communiqué.

Mais à vouloir ménager les Etats-Unis comme la Chine, le FMI évolue dans un cadre délicat. Washington voulait que le Fonds évoque l'instabilité monétaire, Pékin souhaitait que le Fonds se penche aussi sur les politiques mises en oeuvre par les pays riches.

"Une surveillance plus ferme et impartiale visant à détecter les facteurs de vulnérabilité dans les grands pays avancés fait partie des priorités", souligne le communiqué. "La surveillance devrait aussi être recentrée sur les questions de stabilité financière et leurs liens macroéconomiques, et être plus attentive aux retombées internationales."

Aussi Eswar Prasad, un ancien haut fonctionnaire du FMI aujourd'hui chercheur associé à la Brookings Institution, souligne-t-il que cette idée d'une surveillance accrue du FMI lui est étrangement familière.

"Le FMI tente à nouveau de réinventer la roue", avance-t-il, qualifiant ces propositions "de nouveaux noms raffinés donnés à de vieux mécanismes de surveillance" et ajoutant qu'elles ne donnent pas davantage d'autorité au FMI pour muer en action ses conseils.

"Les grandes économies encouragent chacune le FMI à accentuer la pression sur les autres mais ne montrent aucun empressement à accorder au FMI des moyens de pression équivalents sur leurs propres politiques", résume-t-il.

Henri-Pierre André pour le service français

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