Pierre Gattaz en opération séduction auprès des PME lorraines

En visite en Lorraine jeudi 1er octobre, le président du Medef martèle aux entreprises qu’il rencontre que son organisation défend avant tout les PME. Il annonce même que le Medef réfléchit à représenter les commerçants.

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Pierre Gattaz en visite chez Moustache Bike Crédits : Cécile Maillard

Il écoute attentivement, s’enthousiasme, questionne. "Et vous vendez dans quel pays ?" "Et ça va comment, le bâtiment ?" "Pas trop embêté par les normes environnementales ?" Pierre Gattaz, président du Medef, était jeudi 1er octobre en visite auprès des employeurs des Vosges, de Meurthe-et-Moselle et de Moselle. Avec un plaisir évident pour la rencontre, l’échange, la découverte.

A Golbey, près d’Epinal (Vosges), il s’enflamme pour l’usine moderne, économe en énergie, que le groupe suisse Pavatex a ouverte en 2013. Une seule ligne de production, entièrement automatisée, manœuvrée par six salariés seulement, d’où sortent des panneaux en fibres de bois, isolants pour le bâtiment. L’investissement a coûté 60 millions d’euros au groupe (250 salariés) qui possède une autre usine en Suisse. Les synergies avec la papeterie voisine de Norske Skog (achat en commun du bois, utilisation à faible coût de la vapeur produite par la papeterie, partage de la station d’épuration…) séduisent le patron du Medef, à quelques semaines de la COP 21. "Formidable ! Intelligent ! Malin ! Il faut développer ces échanges entre entreprises."

A quelques kilomètres de là, c’est le succès fulgurant de Moustache Bikes qui le scotche. Créée en 2012 par deux jeunes associés, la petite société vosgienne produit des vélos à assistance électrique haut de gamme (2500 euros en moyenne), dont le moteur et la batterie sont fournis par Bosch. Elle vient d’embaucher son 28e salarié, fait 35% de ses ventes à l’export, a été rentable en un an au lieu des trois prévus et atteint déjà 13 à 14 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015. "En quatre ans ?" s’émeut Pierre Gattaz, qui n’hésite pas à siffler d’admiration. "Bravo ! Génial ! Il faut le dire, que c’est possible, en France !" Avant d’entamer un petit tour de vélo électrique sur le parking.

Les patrons vosgiens se plaignent de l’instabilité

Point fort de tout déplacement d’un président national en région, le déjeuner réunit une cinquantaine de patrons des Vosges, pas tous adhérents du Medef. Une dizaine d’entre eux font part de leurs doléances : plus que le droit du travail, bête noire du président du Medef, c’est l’instabilité législative qui est dans leur collimateur, manque de visibilité fiscal, marchés imprévisibles.

Le BTP s’inquiète des travailleurs détachés, l’automobile d’éventuelles mesures contre le diesel. Une adhérente de la CGPME, dirigeante de la chocolaterie Thil (22 salariés), regrette que le Medef ne s’occupe pas assez des petites entreprises. Elle aurait besoin de se développer à l’export mais ne sait pas comment faire. "Venez chez nous ! Nous avons une offre pour accompagner les PME à l’export", lui répond Pierre Gattaz. Il lui fait remarquer que les entreprises présentes font toutes 10, 20, 50 salariés. Plusieurs fois dans la journée, il martèlera que ses adhérents sont à 95 % des PME. Plusieurs fois, aussi, il racontera qu’il est souvent interpellé, dans la rue, par des commerçants qui lui demandent de mieux les défendre. "Nous y réfléchissons à leur faire une place au Medef."

Parfois, Pierre Gattaz s’autorise à ne pas tenir le discours que ses adhérents attendent de lui. Interpellé lors du déjeuner sur l’uberisation de l’économie, Pierre Gattaz répond que "l’uberisation est une chance pour notre pays". Face au silence, notamment du côté des hôteliers, il développe : "c’est une chance parce que cela répond aux attentes des jeunes, qui souhaitent travailler autrement, parce que cela permet d’assouplir le contrat de travail, de dépasser le cadre juridique du salariat. Mais il faut anticiper et ne pas laisser la jungle prospérer. La loi Macron 2 va s’y employer". Un patron d’une PME vosgienne de 150 salariés, fabricant de casseroles, n’est pas d’accord : "Comment peut-on dire que ne pas avoir de salariés stables, fiables, formés, est une chance ?"

Quand le faible coût du travail français intéresse les Suisses

Parfois, ce sont les témoignages qui bousculent le président du Medef. Martin Brettenthaler, le patron suisse de Pavatex, a expliqué que son groupe avait choisi de s’implanter en France, entre autres parce que le coût du travail y est plus faible qu’en Suisse. Le directeur de l’usine, français, ajoute que la main d’œuvre vosgienne est de bien meilleure qualité. Des salariés éduqués, formés, capables de flexibilité, même, quand il a fallu réduire les cadences faute de commandes, dont le taux d’absentéisme est inférieur à celui des salariés de l’usine suisse. "Oui, mais en Suisse, le code du travail est très mince", relève le président du Medef. Qui se renseignera plus en détail sur les 15% de charges des entreprises suisses, qui leur permettent de verser des salaires beaucoup plus élevés qu’en France.

Un des deux jeunes patrons de Moustache Bikes, Greg Sand, l’a aussi un peu chatouillé après le déjeuner : "Je ne me reconnais pas dans les plaintes de certains employeurs contre la fiscalité, les charges, les normes. On peut faire avec, ce sont des données connues, qui n’empêchent pas d’innover et d’avancer".

Pierre Gattaz écoute, mais n’oublie pas de faire savoir aux adhérents des trois Medef territoriaux rencontrés, ce que fait pour eux le Medef national. L’opération "terrain" vise aussi à battre le rappel des troupes, à mobiliser les adhérents et à en recruter de nouveaux, notamment du côté des PME. La réforme de la représentativité patronale est en cours, et une récente enquête de la Darès montre que les employeurs ne sont pas toujours satisfaits des organisations patronales. Il faut s’assurer de répondre aux attentes.

Cécile Maillard

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