Quotidien des Usines

Picardie : Greenfield recyclera le papier de bureau

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Après trois ans d'hésitation, l'usine Greenfield de Château-Thierry devrait démarrer en juin. Unique en Europe, elle fabriquera de la pâte à papier " marchande " à partir de recyclage de " papier tertiaire ". Reste à convaincre les clients et à assurer l'approvisionnement du site.

Les entreprises citées

Enfin la sortie du tunnel pour Greenfield ! Ce projet d'investissement, de près de 1 milliard de francs, dans le recyclage du papier de bureau, prend forme depuis le printemps dernier, à Château-Thierry dans l'Aisne. " L'entrepôt de stockage des vieux papiers vient d'être achevé et les premiers équipements sont arrivés sur le site ", précise Francis Judong, ancien ingénieur chez Sibille-Dalle, qui dirigera l'usine. Il se sera écoulé seulement dix mois entre le début de la construction proprement dite et les premiers essais de recyclage, prévus pour avril. " C'est extrêmement court, à la limite du techniquement possible ", note Claude Tronche, directeur général adjoint de Nord-France, en charge des travaux de génie civil. Il est vrai que ce projet a failli ne jamais voir le jour. Ce démarrage sur les chapeaux de roue suit en effet trois années d'" attente ", marquées par le retrait des deux principaux partenaires initiaux : ABB pour l'installation électrique, et surtout Sulzer pour la partie process. Mais deux autres géants ont finalement accepté de prendre le relais : le norvégien Kvaerner Hymac et le franco-allemand Cegelec AEG AAS. Le projet a été lancé par quatre entrepreneurs dotés d'une longue expérience dans l'industrie papetière canadienne. Ils sont soutenus par trente-quatre personnes physiques, actionnaires de la société anonyme Greenfield, au capital de 15,5 millions de francs seulement (1,5 % de l'investissement total). Le financement est essentiellement assuré par un emprunt bancaire de 130 millions de dollars et par les crédits fournisseurs octroyés par les industriels. Les collectivités locales y participent davantage que les actionnaires de Greenfield, avec au total 37 millions de francs d'aides et subventions (dont 10 millions pour le terrain, offert par la mairie de Château-Thierry). " Il est encore trop tôt pour calculer l'impact de ce projet sur le plan économique. Mais sa complexité présente une plus-value intellectuelle en elle-même ", estime le maire, Dominique Jourdain.

Une prise en compte du traitement des résidus

Sur le respect de l'environnement, les promoteurs se disent sereins. Les 30 % de résidus boueux devraient être mis en décharge, conformément au permis d'exploitation. " Le site a été conçu de façon que tout écoulement d'eau soit récupéré ", ajoute Francis Judong. Des interrogations subsistent néanmoins sur les caractéristiques de la pâte qui sortira de l'usine Greenfield. Ses dirigeants envisagent de produire la " fibre G ", une pâte à papier de blancheur très élevée (à 88 %). Des papetiers européens se seraient déjà engagé sur des contrats d'achat de sept ans, tout en gardant une marge de manoeuvre dans le cas où la fibre G ne correspondrait pas à leurs attentes. " Le procédé de Greenfield a déjà fait ses preuves en Amérique du Nord, mais nous demandons à voir... Le papier de bureau n'a pas la même blancheur aux Etats-Unis ", indique un représentant de l'industrie papetière française. Une autre préoccupation, plus grave, concerne l'approvisionnement de l'usine. Greenfield affirme avoir reçu " des engagements de cinq ou six récupérateurs pour une durée de sept ans ", afin d'assurer 80 % de ses besoins en vieux " papiers tertiaires ". Ses dirigeants comptent bien tirer avantage de la proximité des bureaux de Marne-la-Vallée, mais leurs efforts de prospection sont loin d'être terminés. En attendant, un rendez-vous est prévu avec la mairie de Paris ces jours-ci, et, pour la phase de démarrage de l'usine, des contacts sont également établis avec des récupérateurs américains. Dernière inconnue : la marge opérationnelle, qui dépendra des coûts de récupération et des cours erratiques de la pâte. Les dirigeants n'excluent pas des débuts difficiles, mais entre risques et incertitudes, ils jouent sur le long terme.



Près de 1 milliard de francs d'investissement

· Site : Château-Thierry (Aisne).

Superficie 33 000 mètres carrés couverts, sur un terrain de 100 000 mètres carrés.

· Investissement 975 millions de francs (700 millions pour la construction et les équipements, et 275 millions pour les frais de démarrage).

· Principaux partenaires : Kvaerner-Hymac, Cegelec AEG AAS ( procédés), Nord-France (filiale de Philipp Holzmann, génie civil), Cabinet Chleq Froté (ingénierie), Chase Manhattan Bank.

· Capacité Recyclage de 220 000 tonnes de papier de bureau, avec 70 % de rendement, soit une production de 150 000 tonnes de pâte marchande.

· Objectif : 450 millions de francs de chiffre d'affaires à terme.

· Effectifs 63 personnes.

USINE NOUVELLE N°2572

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