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Picardie : Dunlop qui rit, Goodyear qui pleure

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Le groupe américain a misé sur son usine Dunlop d’Amiens qui fabrique des pneus à forte valeur ajoutée, mais a fini par lâcher sa voisine Goodyear, après cinq ans de négociations vaines avec la CGT.

Picardie : Dunlop qui rit, Goodyear qui pleure
Devant l’usine Goodyear d’Amiens Nord, le jour de l’annonce de sa fermeture. 1?173 salariés sont touchés.
© D.R.

Elles sont distantes de 50 mètres et séparées par une route. Les deux usines du groupe Goodyear à Amiens (Somme) ont le même âge, la cinquantaine. Celle de Goodyear, dite d’Amiens Nord, et ses 1 173 salariés fabriquent des pneus de tourisme d’entrée de gamme et des pneus agricoles. Celle de Dunlop, d’Amiens Sud, où travaillent 940 salariés, produit des pneus de tourisme à forte valeur ajoutée. Après cinq ans de confrontations musclées avec la CGT, la direction de Goodyear Dunlop Tires France a décidé de fermer Amiens Nord. Le groupe perdrait 30 euros sur chaque pneu sortant de cette usine, qui aurait enregistré 61 millions d’euros de pertes en 2012.

En face, l’usine Dunlop d’Amiens Sud a bénéficié, depuis 2009, de 39 millions d’euros d’investissement, lui permettant de faire un saut qualitatif considérable. Elle fabrique des pneus tourisme de grandes dimensions, plus techniques en termes d’adhérence et d’économie de carburant, qu’elle peut vendre à un prix plus élevé que des pneus d’entrée de gamme. Pour autant, ce site ne tourne plus à plein régime, crise automobile oblige. Cette année, l’objectif du groupe est d’utiliser 75% des capacités de fabrication.

 

Réorganisation du travail

Le groupe américain n’a en revanche guère investi dans le pneu tourisme sur le site de Goodyear, qui a continué à fabriquer des pneus d’entrée de gamme et à perdre de l’argent. La crise automobile et la concurrence grandissante des pneus chinois sur le marché du remplacement bas de gamme l’ont privé d’importants volumes de production. Le groupe aurait-il joué la carte Dunlop au détriment de celle de Goodyear ? Oui, mais ce n’était pas son projet initial. Certains salariés affirment que l’usine Dunlop était plus moderne grâce aux moyens injectés par son ancien propriétaire, le japonais Sumitomo.

«L’intention du groupe Goodyear, en 2007, était d’investir plus de 50 millions d’euros dans les deux usines et d’en faire un seul et même complexe pour fabriquer du pneu à forte valeur ajoutée», affirme Claude Dimoff, ancien syndicaliste de Dunlop, retraité depuis un an. Il explique avoir vu «les plans de la direction avec le grand complexe amiénois de pneumatiques». Par la suite, assure-t-il, «la direction a voulu imposer le travail en 4 x 8, une organisation que Goodyear applique dans la plupart de ses usines». L’intérêt pour l’industriel ? Une plus grande flexibilité, la fin de la coupure entre la semaine et le week-end et une diminution de la masse salariale.

Alors délégué CGT, Claude Dimoff signera avec FO et la CFTC l’accord 4 x 8, ce qui lui vaudra d’être radié de son syndicat. «Nous avons cédé à ce chantage inadmissible de la direction pour sauver notre emploi, confie-t-il. Nous avions l’expérience du dépôt de bilan de 1984 quand Dunlop était encore anglais.» Chez Goodyear, la CGT n’a jamais voulu entériner les 4 x 8… quand bien même le «oui» l’avait emporté (75,8%) en 2008 lorsque la direction avait demandé aux salariés : «Pour la sauvegarde de votre emploi, acceptez-vous le changement d’organisation du temps de travail en 4 x 8 et ses contreparties ?»

Avec la crise financière de 2008 et les surcapacités, le groupe américain décide de mettre un terme à l’activité tourisme de l’usine d’Amiens Nord. À peu près au même moment, il se désengage des pneus agricoles. Titan, le spécialiste américain du secteur, acquiert cette activité de Goodyear aux États-Unis et se dit prêt à reprendre le site picard pour en faire sa plate-forme européenne. C’est ce qu’indique Maurice Taylor, son PDG, lors d’une visite de l’usine amiénoise. À une condition : que le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) sur la partie tourisme soit mis en œuvre.

En 2007, Goodyear prévoyait d’investir plus de 50 millions d’euros dans les deux usines et d’en faire un seul et même complexe.

Blocage syndical

Mais la CGT, opposée à la fermeture de l’activité tourisme, se met en travers des projets de la direction. Elle va s’opposer systématiquement aux PSE qui vont lui être présentés et saisir la justice, qui les suspendra à deux reprises. En juin 2012, alors que Titan se déclare toujours intéressé par l’acquisition de l’activité agricole, la direction convainc Mickael Wamen, le leader de la CGT, de se mettre autour de la table pour discuter d’un plan de départs volontaires. Celui-ci prévoit jusqu’à 200 000 euros d’indemnités pour les salariés ayant une forte ancienneté.

Jusqu’alors hostile à ce plan, Mickael Wamen se laisse tenter. Candidat (communiste dissident) aux législatives dans la Somme, en juin 2012, il annonce qu’il a «fait plier la direction», celle-ci ayant «renoncé à son PSE». Mais à la dernière minute, il refuse d’apposer sa signature, au motif que Titan ne s’engage que sur deux ans. Il en exige cinq. Titan jette l’éponge. Titan est-il «rattrapable» aujourd’hui ? Les critiques jusque-là contenues sur la ligne jusqu’au-boutiste de Mickael Wamen se multiplient. Les syndicats minoritaires (SUD et CGC) estiment que c’est une faute vis-à-vis des salariés de l’usine Goodyear que d’avoir refusé de signer le plan de départs volontaires.

Une faute aussi d’avoir rejeté le rachat de l’activité agricole par Titan. Une usine de 500 personnes, c’est mieux que rien ! Certains salariés font aussi remarquer avec humour : «Mickael Wamen est content de pouvoir dire qu’il les a bien eus. Mais il n’a pas tout compris. Ce n’est pas lui le PDG !»

Cinq ans de bras de fer

  • Août 2006 La direction de Goodyear Dunlop Tires France annonce un management unique et un « vaste projet industriel » pour le complexe d’Amiens (2 700 salariés).
  • Avril 2007 La direction présente aux salariés un « projet d’adaptation aux enjeux du marché », avec un investissement de 52 millions d’euros. Objectif : passer de la production de pneus de 13-15 pouces à des pneus de 15 à 18 pouces. Le projet prévoit une réduction de la masse salariale (450 emplois en trois ans) et le passage à quatre équipes au lieu de cinq (trois en semaines et deux le week-end). Seule l’usine Dunlop passe aux 4 x 8.
  • 31 janvier 2012 La direction de Goodyear Dunlop Tires annonce son intention de fermer son usine d’Amiens Nord, au cours d’un comité central d’entreprise réuni au siège de l’entreprise à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine).

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