PIB : les pays émergents dépassent (presque) les pays de l'OCDE

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

PIB : les pays émergents dépassent (presque) les pays de l'OCDE

En 2009, la Chine est devenue le premier partenaire commercial du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du sud. En Afrique subsaharienne, le second investisseur n’est ni anglais, ni français mais bien Indien : Tata. Aujourd’hui, plus de 40% des chercheurs viennent d’Asie. Et pour compléter le tableau, les pays en développement détiennent 4 200 milliards de dollars américains de réserve de change, soit une fois et demi le montant détenu par les pays riches.


Ces exemples illustrent les propos d’Angel Gurria, Secrétaire général de l’organisation et de développement économique (OCDE). Selon lui, « en 20 ans, il y a eu un déplacement de la richesse de l’ouest vers l’est, la Chine et l’Inde étant le fer de lance de ce basculement». Ce mouvement ne touche pas seulement les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) : de plus en plus de pays accroissent leur richesse nationale comme l’Indonésie, la Malaise ou encore l’Afrique du sud.


Concrètement, ce déplacement du point de gravité du pouvoir économique a été mis en lumière grâce aux prévisions calculées par l’OCDE et présentée mercredi à l'occasion du rapport « Les perspectives de développement mondial : le basculement de la richesse ». Selon ces chiffres* récemment actualisés, le poids économique des pays émergents est sur le point de dépasser celui de l’ensemble des pays développés. Et « la crise financière et économique a accéléré cette transformation structurelle de l'économie mondiale », précise Angel Gurria.


«En 2000, les 34 pays de l’OCDE produisaient 62% des richesses. Aujourd’hui, nous ne sommes qu’à 51%. A l’horizon 2030, l'ensemble des pays émergents et en développement produiront 57% de la richesse », précise Angel Gurria. La production mondiale n’est plus et sera encore moins sous le contrôle des pays de l’OCDE demain.

Les pays convergents (voir encadré), ceux qui produisent plus que la moyenne des pays de l'OCDE, les pays émergents, qui se battent pour devenir convergents, ont souvent beaucoup d'avantages compétitifs sur le Nord économique : une main d'oeuvre moins chère, un marché dynamique qui attire l'innovation, ils possèdent les dettes des Etats développés et leur sol est la principale source d'extraction de matières premières dans le monde. Etats des lieux :


Main d’œuvre. Tout d’abord, l’ouverture de grandes économies autrefois fermées comme la Chine et l’ex-Union Soviétique a produit un choc du côté de l’offre de main-d’œuvre sur le marché mondial. A cela s'ajoute l'arrivée de l'Inde avec sa démographie impressionante. Depuis 1990 jusqu’à à aujourd’hui, il y a eu 1,5 milliard de travailleurs de plus sur le marché, ce qui a mis une pression sans pareil sur les coûts de divers biens et services échangés à l’international.


Cela a permis le décollage de plusieurs pays convergents et à provoquer des vague de délocalisation source de conflits sociaux à l’ouest économique. Un constat qu’il faut néanmoins nuancer puisque aujourd’hui les pays convergents commencent eux-mêmes à faire des investissements dans le Sud. Les usines chinoises sont ainsi parfois délocalisées au Vietnam ou en Malaisie pour réduite le coût de la main d’œuvre interne.


Innovation. On observe un déplacement massif des capacités manufacturières des pays de l’OCDE vers le monde en développement en particulier vers l’Asie de l’Est. Il y a aussi un déplacement des capacités technologiques. La recherche et développement sont de plus en plus réalisés en Asie, au plus près des marchés émergents susceptible d’être plus dynamique. Cette tendance est tellement entérinée qu’un concept a émergé : « l’innovation frugale » se fait dans les pays où les chercheurs et les équipements de recherches sont disponibles à moindre coût.


Créanciers. Enfin, beaucoup de pays convergents (pays anciennement émergents qui produisent désormais plus que la moyenne de l’OCDE) sont passés du statut de débiteurs à celui de créditeurs, ce qui a a participé au maintien des taux bas aux Etats-Unis et dans le monde à un niveau inférieur à celui qu’ils auraient dû atteindre.


Surtout, cela donne un pouvoir nouveau à la Chine. Quand les Etats-Unis mènent la guerre des taux de change, la Chine peut aujourd’hui résister car elle possède énormément de bons du Trésor américain. Si le géant exportateur voyait son yuan réévaluer, ce que demande les américains, elle pourrait perdre son avantage commercial. Le pays utilise alors son pourvoir de créancier et refuse de céder aux pressions américaines.

L’OCDE essaye aujourd’hui de niveler les inégalités pour lutter contre la pauvreté mais aussi pour que le modèle de croissance des pays convergents soit basé sur la demande intérieure. Le rapport invite les gouvernements nationaux à « envisager de recourir à des fonds souverains pour lisser la consommation et orienter les ressources de manière à favoriser la croissance et l’investissement sur le marché intérieur.»


Matières premières. La croissance dans les pays convergents a stimulé la demande de nombreux produits, notamment les combustibles fossiles et les métaux industriels, transférant la richesse aux exportateurs de matières premières et dynamisant la croissance en Afrique, sur le continent américain et au Moyen-Orient.


«Il faut bien distinguer cette croissance de celle de pays qui l’obtiennent par un développement industriel. Ces ressources de matières premières profitent rarement au développement du pays tant sur le plan économique que social. En Asie, la croissance est basée sur la production manufacturière et a par conséquent beaucoup plus de pouvoir économique immédiat mais aussi un avenir plus prometteur que ceux qui ne font qu’exploiter leurs ressources fossiles », rappelle Angel Gurria.


Pour les pays de l’OCDE, la croissance des pays émergents et convergents a augmenté le prix des matières premières. Selon les chiffres de l’OCDE, l’impact cumulé entre 2000 et 2005 d’une croissance atone en dehors des pays membres de l’OCDE aurait permis des prix 40% moins cher en pétrole et 10% moins cher pour les métaux.


Entre peur et utopie. Angel Gurria a terminé cette présentation déstabilisante pour les pays de l’OCDE par un rappel : « Ce bilan est une réalité. Nous devons vivre avec, la prendre en compte et la gérer au mieux ». Et de terminer sur une note positive : « L’émergence fulgurante de l’Est n’est pas une menace pour l’Ouest. C’est une bonne nouvelle pour le développement et l’économie mondiale. »


Enfin, le secrétaire général répond à la question rhétorique « qu’est-ce que nous [les pays de l'OCDE] allons faire dans ce paysage ?» avec quelques minces pistes reposant sur les organisations internationales, une négociation poussant les pays émergents à trouver un modèle de croissance basé sur la demande intérieure et des baises de tarifs de douanes entre pays du sud.


Ces solutions sont bonnes sur le papier. Par exemple, la baisse des taux de douanes entre pays du Sud dégagerait deux fois plus de richesse que la baisse des taux de douanes des pays du Nord envers ceux du Sud. Cependant toutes ces solutions ne dépendent que du bon vouloir des pays émergents.

Morgane Remy


* Prévisions fondée sur les analyses d’Angus Maddison. Mort le 24 avril 2010, il est un économiste et historien britannique. Il est un des auteurs les plus influents dans le domaine de l'analyse historique et comparative de la croissance économique. Ses travaux font référence en matière d'étude chiffrée de transformations de l'économie et des sociétés au cours des révolutions industrielles. Il est l'un des rares économistes à avoir étudié la croissance mondiale par zone géographique sur le très long terme.

Evolution du classement en quatre catégories :

Evolution de la production mondiale :

%%HORSTEXTE:%%
0 Commentaire

PIB : les pays émergents dépassent (presque) les pays de l'OCDE

Tous les champs sont obligatoires

Votre email ne sera pas publié
0 Commentaire

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
NEWSLETTER Economie Social et management
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes... Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS