Photovoltaïque : « ni les fabricants de modules, ni les distributeurs n’ont répercuté la baisse des prix »

Les tarifs de rachat par EDF de l'électricité photovoltaïque, très attendus par la filière, ont été officialisés avec 2 semaines de retard. Interview d’Erik Van Paren, patron de Fotosol’R, bureau de conseil et d’études d’ingénierie sur le photovoltaïque.

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Photovoltaïque : « ni les fabricants de modules, ni les distributeurs n’ont répercuté la baisse des prix »

Quel est votre métier ? A qui vous adressez-vous ?

Je dirige un bureau d’études et de conseil en solution solaires et photovoltaïques. J’ai créé Fotosol’R en juin 2009, après avoir suivi une formation à l’INES. La société compte 5 personnes, toutes formées à l’INES : des ingénieurs et des techniciens. Aujourd’hui, nous conseillons 10 projets. Il ne s’agit pas de particuliers, mais de porteurs de projets dont la capacité installée est comprise entre 15 KW et 4 MW.

Leur profil est très variable. Il peut s’agir d’installateurs de kit solaires : aujourd’hui, ces derniers n’ont pas de formation. Ils sont aidés par les fabricants qui leur fournissent panneaux, ondulateur, membranes étanches et notices d’installations pour les kits de 3 KW classiques. Au-delà, pour 10, 20, 30 voire 50 KW, les installateurs ont besoin de conseils et font appel à nous.

Par ailleurs, nous avons des contacts directs avec des industriels. Nous conseillons par exemple une usine souhaitant installer des panneaux sur une superficie de toiture supérieure à 50.000 mètres carrés.

Le photovoltaïque constitue-t-il un engouement européen ? Où en est le marché mondial ?

Selon l’EPIA, l’Agence européenne du photovoltaïque, la puissance mondiale installée sur l’année a atteint 5,6GW en 2008, ce qui amène à une capacité cumulée de près de 15GW et une croissance annuelle de plus de 60%. La majorité vient d’Europe : la puissance installée sur l’année 2008 a été de 4,5GW, soit 80% de ce qui a été installé dans le monde ! Cela a amené une capacité cumulée de plus de 9GW, et la croissance annuelle a dépassé 90%. Les plus gros acteurs sont l’Allemagne et l’Espagne : cette dernière a installé 2,56 GW en 2008, pour 3,2 GW : c’est un grand boom !

Mais l’Allemagne comme l’Espagne se sont trouvées débordées par les demandes. Les aides d’Etat ne se sont-elles pas révélées juteuses pour la filière et coûteuses pour le contribuable, puisque les prix des panneaux, eux, ont baissé ?

En Espagne en effet, le gouvernement s’est trouvé débordé avec les primes qu’il octroyait sur les installations. Résultat, avec l’arrêté royal sur les primes, l’Espagne a carrément coupé les subventions ! Les entrepreneurs de la filière espagnole ont d’ailleurs essayé de venir en France en 2009. L’Allemagne est aussi revenue et a diminué ses subventions.

Outre l’effet d’aubaine qui attire les investisseurs, quand on annonce qu’un tarif de rachat va baisser à une date donnée, la crise de surproduction sur le secteur et la chute des prix des panneaux en 2009 n’ont-elles pas posé problème ?

La chute des prix me fait doucement rigoler. Je ne la sens pas. Les propositions que je vois passer pour nos clients, au Wc installé, font état des mêmes prix qu’en 2008. Les fournisseurs de solutions nous disent la même chose.

Je suis un acteur récent, présent sur le marché depuis 3 mois, mais j’ai regardé cela depuis un an et demi avant de me lancer. Au premier semestre 2009, ce sont les fabricants de cellules, en amont, qui ont subi l’arrêt de plein de fouet. Gonflement des stocks, baisse de la production… Q Cells a réagi très rapidement, et diminuant ses effectifs et ses stocks, et réussi à maintenir les prix.

Néanmoins, ni les fabricants de modules, ni les distributeurs n’ont répercuté cette baisse des prix. Mon sentiment est que la marge de bénéfices a été retenue à ce niveau. Tous les articles écrits dans la presse sur une éventuelle crise concernent donc plutôt Q cells qui fabrique les cellules, que Suntech ou Schüco qui fabriquent des modules.

Quels sont les tarifs payés par le particulier ou l’industriel installant des panneaux sur son toit ?

Pour des capacités inférieures à 50 KWc, en polycristallin et monocristallin, le prix est de 6 euros le Wc. Entre 50 et 500 KWc, le prix tombe à 5 euros le Wc, puis 4 euros si l’on atteint le MWc.

Que pensez-vous des nouveaux tarifs de rachat 2010-2012 (annoncés le 13 janvier, la teneur en avait déjà été révélée le 12 janvier dans la presse, NDLR) ?

Le tarif intégré à 58 centimes le KWh était très avantageux. La loi aura le mérite de préciser ce qu’est une intégration. L’un des points sensibles était celui du critère d’un bâtiment clos sur trois côtés : la précédente version indiquait quatre côtés et condamnait donc les hangars agricoles.

Jusqu’à présent, on était dans le flou artistique. C’est une bonne chose de restreindre les éligibles au tarif bonifié. Qu’il faille cibler le panneau intégré, qui remplace un toit, ou plutôt surimposé, qui tire parti de bâtiments déjà existants, c’est un autre débat. En tout état de cause, mieux vaut éviter un développement anarchique comme en Espagne où les centrales au sol ont poussé comme des champignons. La définition gouvernementale permet une intégration harmonieuse avec l’architecture des bâtiments, puisque le panneau doit épouser la forme de la toiture, et permet de contrôler la croissance du marché.

A qui profitent les tarifs ?

En fait, la bonification du tarif est une prime accordée par EDF mais subventionnée par l’Etat, soit vous et moi. Cela semble être une prime aux fabricants étrangers, puisqu’industriels et particuliers installent sur leurs toits de cellules photovoltaïques fabriquées à l’étranger par l'allemand Q Cells, le chinois Suntech, l’allemand Schüco ou le chinois Yingli.

Une particularité du marché français néanmoins protège les fabricants de panneaux installés en France. Pour intégrer au bâti, mieux vaut avoir l’agrément du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, NDLR), sous peine de ne pas pouvoir être assuré. Or seuls 4 fabricants ont l’agrément. Pour mes clients par exemple, on ne va pas acheter du panneau chinois qui n’a pas l’agrément si ni mon client, ni moi ne pouvons être assurés dans le cadre de la garantie décennale (assurance qui garantit au propriétaire la qualité de la construction et permet au particulier de se retourner contre le bureau d’études en cas de vice de construction).

Il s’agit d’un frein à l’implantation en France pour les fabricants classiques qui répondent à des normes européennes, mondiales, mais ne disposent pas de l’agrément français. Néanmoins, de nombreux fabricants se sont lancés en pariant sur l’ouverture de ce marché pour l’instant très protégé. Les plus gros fabricants français sont Photowatt, le plus ancien, ou Tenesol, une filiale d’EDF près de Lyon.

Les fabricants de panneaux vont-ils devoir revoir leurs tarifs à la baisse ?

Oui, il va bien le falloir. Prenons le cas d’un particulier souhaitant mettre sur son toit le kit standard de 3 KWc. A 6 euros le Wc, installer un panneau sur son toit représente donc un investissement de 18.000 à 20.000 euros, selon le type de panneau posé. Or à 42c le KWh racheté par EDF, l’opération ne représente pour lui qu’un taux de rentabilité interne de 4% sur 20 ans. Il risque de préférer d’autres placements ! En deçà de 10% de rendement, difficile de le convaincre. Personnellement, je ne ferais pas l’investissement. Néanmoins, avec les subventions et les crédits d’impôts, le particulier peut réussir à réduire la somme à investir de moitié. Les fabricants de panneaux vont devoir revoir à la baisse leurs tarifs, c’est la seule solution.






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