Philippe Petitcolin, le nouveau patron "normal" de Safran

Philippe Petitcolin, 62 ans, devient le patron opérationnel de Safran. Un cadre maison fuyant les mondanités qui s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur, Jean-Paul Herteman.

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Philippe Petitcolin, le nouveau patron

"Je ne suis qu’un élément sur 69 000 salariés. Je vais essayer de faire mon job du mieux possible." Voilà les premières phrases que prononce Philippe Petitcolin lorsqu’on vient à sa rencontre. Les premiers pas de celui qui endosse ce jeudi 23 avril le costume de patron opérationnel de Safran sont humbles. Sans surprise, le conseil d’administration mené après l’assemblée générale du groupe d’aéronautique et de défense a nommé Philippe Petitcolin directeur général et Ross McIness président du conseil d’administration, une dissociation du poste de PDG qui avait été annoncé en décembre dernier. Ils succèdent au PDG sortant, Jean-Paul Herteman, au prestigieux bilan.

Philippe Petitcolin prend la tête d’un groupe en pleine forme dont le rayonnement dans l’industrie française a été croissant ces dernières années. L’arrivée de cet homme de 62 ans n’était pourtant pas écrite : licencié en mathématiques et diplômé du Centre de perfectionnement aux affaires, son profil tranche dans une entreprise où les ingénieurs sont rois. Les anciens patrons de Safran, Jean-Paul Herteman et Jean-Paul Bechat, sortent tous deux de l’Ecole Polytechnique. De quoi faire jaser en interne ? "Cela doit jouer en début de carrière, reconnait Philippe Petitcolin. Mais j’ai passé toute la mienne dans l’industrie. Je suis passé par toutes les activités de Safran. J’ai acquis ma légitimité."

En première ligne pour le lancement du Leap

C’est un grand chelem que Philippe Petitcolin a réalisé au sein du groupe. Après ses débuts chez Europrim (machines pour laboratoire) et Filotex (câbles pour l’aérospatial), il rejoint en 1988 le câblier Labinal, dont il deviendra le PDG en 2004, avant l’intégration dans le groupe Safran. Puis on lui propose le poste de PDG de Snecma, la filiale la plus importante de Safran, en charge de la production des moteurs d’avions : celle qui s’est associée au géant américain General Electric, via la joint-venture CFM International, pour la production du CFM 56, best-seller des moteurs dédiés aux monocouloirs avec 26000 unités livrés.

"En 2008, j’étais en première ligne pour la prolongation de ce contrat avec General Electric dans le but de développer et produire le successeur du CFM 56, le Leap, explique Philippe Petitcolin. Je me suis investi dans la signature des contrats avec les avionneurs, successivement Comac, Airbus et Boeing, pour la motorisation de leurs appareils." En 2013, il prend la tête de Morpho, la division sécurité de Safran. Il se frotte alors à d’autres technologies de pointe, liées en particulier à la biométrie. De quoi le sensibiliser à l’univers numérique : il en saisit les enjeux – cybersécurité en tête –, souhaite en donner la mesure par l’usage notamment du big data via Safran Analytics, et comprend l’intérêt de s’entourer de profils non issus de l’aéronautique comme au sein du Fal Lab de Safran dédié aux services.

Un "dérisqueur" aux commandes de Safran

Philippe Petitcolin, chaleureux, souriant, peut s’enorgueillir grâce à toutes ces expériences de posséder une vision d’ensemble de Safran. La bibliothèque de son bureau regorge d’objets hétéroclites, témoins de ses fonctions successives. Ses principaux défis sont bien connus : la montée en cadence du Leap (le premier A320 à en être équipé devrait voler avant le salon du Bourget en juin prochain) et la baisse de régime du CFM 56 (sa "plus grande mission"), le rapprochement avec Airbus Group dans le spatial, le développement des activités de sécurité, la diversification dans les moteurs en particulier les turbopropulseurs, les recherches à mener pour l’avion plus électrique… Il va s’y atteler trois années durant, étant donné la limite d’âge de 65 ans qu’il atteindra alors. Un rôle de passeur en quelque sorte, qui semble le combler.

Comment expliquer l’accession de Philippe Petitcolin au poste de directeur général, lui qui fait preuve d’humilité, donnant presque l’impression d’être arrivé à la direction du groupe sans l’avoir voulu ? "Parce que nous sommes à un moment particulier de l’histoire du groupe, justifie-t-il. Je suis sans doute celui qui 'dérisque' le plus, alors que notre entreprise doit aller très vite." Des propos qui fleurent bon une normalité revendiquée ? "Oui, je ne suis pas politique, je n’aime pas les gens qui font du show-off, je suis dans une entreprise et j’essaie toujours de faire le mieux possible." Preuve en est, il faut le travailler au corps pour obtenir des détails personnels. Il se déconnecte du travail grâce au golf, affectionne les romans financiers et apprécie les Beatles et les Rolling Stones. Ce qu’il déteste : les dîners le lundi soir. Ces collaborateurs et clients sont prévenus.

Olivier James

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