PharmacieUn collyre double sécuritéCe flacon délivre des gouttes de collyre sans conservateur irritant pour les yeux. Et il peut être utilisé pendant un mois au lieu de quinze jours.

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Un collyre double sécurité

Ce flacon délivre des gouttes de collyre sans conservateur irritant pour les yeux. Et il peut être utilisé pendant un mois au lieu de quinze jours.



Ceux qui souffrent des yeux connaissent bien le problème: une fois ouvert, un flacon de collyre doit être jeté au bout de quinze jours, qu'il soit terminé ou non. Pour durer aussi peu de temps il contient obligatoirement un "conservateur" antimicrobien, du chlorure de benzalkonium, qui, dans le cas de traitements prolongés, finit par provoquer des irritations ou des allergies. Il existe bien une substitution: le collyre conditionné en doses unitaires sans conservateur.

Mais, fabriqué en atmosphère stérile, il est d'un prix de revient quatre fois plus élevé. Si bien que la Sécurité sociale refuse de le rembourser.Il y avait donc là un créneau pour un produit innovant:le flacon de collyre multidose sans conservateur. Mis au point par Transphyto à Clermond-Ferrand et commercialisé par Théa, une société du même groupe, il sortira en pharmacie d'ici à la fin de l'année. Une première mondiale. "Désormais, les malades pourront utiliser leur collyre pendant quatre semaines, ce qui correspond à 165instillations", annonce Gervais Galley, chef de produits chez Théa. Et la "Sécu" remboursera à 70%.En fait, ce collyre contient encore un conservateur. La nouveauté réside tout entière dans le flacon. Celui-ci comporte un réservoir en forme de soufflet. Lorsque le patient presse ce réservoir, il force le liquide à passer à travers un adsorbant qui retient le conservateur et une membrane qui fait office de barrière antimicrobienne.

La goutte de collyre sortant du flacon ne contient donc plus que le principe actif. Et, lorsque l'utilisateur relâche sa pression, le liquide restant dans l'embout est réaspiré au travers de la membrane, ce qui évite toute contamination par des micro-organismes extérieurs.Transphyto a investi 15millions de francs sur sept ans pour mettre au point son nouveau flacon. L'idée première en revient à Henri Chibret, son P-DG. Il pense alors supprimer totalement le conservateur en protégeant le contenu du flacon par un filtre bactériologique. Ce concept sera concrétisé par Jean-Pierre Lontrade, un consultant extérieur, qui imagine d'associer un adsorbant à la membrane.

"On savait que le benzalkonium, une molécule fortement polaire, avait tendance à s'adsorber sur certains matériaux, ce qui nous posait d'ailleurs des problèmes. Aussi, pourquoi ne pas transformer cet inconvénient en avantage", expose-t-il. Après de nombreux essais - "On a même essayé la pierre de lave de Volvic!" -, les chercheurs finirent par trouver le bon adsorbant capable de retenir le conservateur tout en laissant passer le principe actif du collyre: un non-tissé de polyamide fabriqué par Pall, un spécialiste de la filtration. C'est ce dernier qui fournit aussi la membrane antibactérienne, du même type que celles déjà utilisées pour purifier les collyres en cours de fabrication.La plasturgie n'est pas le métier de Transphyto. Le laboratoire pharmaceutique a dû faire appel à la sous-traitance pour mettre au point et fabriquer son flacon, qui est en polyéthylène haute densité souple pour le réservoir-soufflet et en polyéthylène basse densité rigide pour les autres pièces. Après un échec avec un premier sous-traitant, son choix se porte sur Kerplas, une société du groupe CMB. Equipée en CAO, celle-ci finalise la conception du produit. Au prix de nombreuses modifications et ajustements successifs.

"Les premiers soufflets étaient trop rigides et pouvaient poser des problèmes aux personnes âgées", explique par exemple Jean-Pierre Lontrade. Même si le nombre de composants a été réduit au minimum, il faut quand même cinq moules pour fabriquer un flacon. Et, compte tenu des modifications intervenues au cours du projet, Transphyto a dépensé près de 3millions de francs en outillages.

Trouver des partenaires n'a pas été la moindre difficulté rencontrée par le laboratoire pharmaceutique. "Nous n'avons trouvé personne en France pour le montage final et le remplissage des flacons", dit Michel Faurie, directeur technique. Seule une société belge, les laboratoires Thyssen à Waterloo, a accepté d'investir 10millions de francs dans une machine spéciale.



L'avis de l'expert

Jean-Louis Barkatz,pharmacien de la Fondation ophtalmomogique Adolphe-et-Edmond-de-Rothschild.

"Ce nouveau collyre répond à un réel besoin dans le domaine du traitement de certaines affections. En effet, de nombreuses allergies et intolérances sont liées à la présence de conservateurs.Il constitue un progrès substantiel, et il n'existe pas de produit concurrent à l'heure actuelle. L'aspect sécurité apporté par la conception originale du flacon est très important, par exemple pour les personnes âgées, qui ont parfois du mal à reboucher leur collyre, ou pour ceux qui ont l'habitude de le transporter dans leur sac."



Les partenaires du projet

Transphyto a conçu le flacon et produit le collyre dans son laboratoire de Clermont-Ferrand.

Théa commercialise le produit.

Kerplas a réalisé les études de plasturgie et fabrique tous les composants en plastiques dans son usine d'Offranville.

Pall a aidé à la mise au point de l'adsorbant et de la membrane. Fabrique ces deux composants et les intègre dans son usine de Newkay, au Pays de Galles.

Laboratoires Thyssen réalise l'assemblage et le remplis-sage des flacons à Waterloo, en Belgique.





USINE NOUVELLE - N°2472 -

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