PHARMACIELA BATAILLE DES GÉNÉRIQUES EST LANCÉELa course aux génériques, ces copies conformes de médicaments autrefois protégés par des brevets, commence. Sanofi, Roussel-Uclaf et Rhône-Poulenc entendent bien la faire en tête.

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LA BATAILLE DES GÉNÉRIQUES EST LANCÉE

La course aux génériques, ces copies conformes de médicaments autrefois protégés par des brevets, commence. Sanofi, Roussel-Uclaf et Rhône-Poulenc entendent bien la faire en tête.



Face à un corps médical soumis à la très forte pression des Pouvoirs publics pour "observer la plus stricte économie compatible avec l'efficacité du traitement", Rhône-Poulenc Rorer, Sanofi et Roussel-Uclaf se préparent activement, depuis plusieurs mois, à affronter ce marathon des génériques qui va changer de fond en comble le paysage de l'industrie française du médicament. Dans les conventions qu'ils viennent de signer avec le Comité économique du médicament - qui vont leur permettre, ces trois prochaines années, de moduler les prix de certaines de leurs spécialités en échange de promesses de modération dans leurs dépenses de promotion et les volumes vendus -, les trois grands de la pharmacie française ont dû jouer cartes sur table. Les clauses les obligent à mettre en place au plus tôt une stratégie d'envergure pour être présents dans ces médicaments à faible prix en tout point semblables aux molécules d'origine. Et les vingt-quatre "thèmes" par classes thérapeutiques et les soixante-cinq RMO, ces références médicales opposables dont les médecins doivent tenir compte dans leurs prescriptions, comme l'ensemble des "fiches de transparence", qui rappellent les caractéristiques et les prix des médicaments disponibles, ne leur en laissent d'ailleurs le choix. Engagé depuis le 19décembre dans l'une de ces "conventions", Rhône-Poulenc Rorer concocte une offensive de grande ampleur autour de sa filiale Méram, venue de la Cooper, achetée en avril 1993, et bien implantée par ses solutés massifs dans les milieux hospitaliers. A partir du second semestre de cette année, le numéro1 français, déjà présent sur ce marché des génériques en Allemagne par le biais de Natterman-ApoMed, souhaiterait commercialiser une gamme de génériques dépassant son propre patrimoine de médicaments tombés dans le domaine public. Pour ce faire, il ouvrirait, sous la bannière de Méram, les réseaux de la Cooper aux produits, conditionnés sous un emballage identique, à un "club de partenaires" auquel auraient accès les filiales de grandes multinationales européennes ou américaines soucieuses de contrôler la fin de vie de leurs anciens produits vedettes.

L'américain Merck & Co est également en lice

Bien décidé lui aussi à faire la course en tête, Roussel-Uclaf a créé en décembre 1994 Cox France, une filiale à 100%. Le groupe souhaiterait être le premier à offrir au corps médical un large catalogue de génériques. Grâce à ses onze produits commercialisés sous vingt-six présentations et uniquement en hôpital par la société Qualimed, une ex-filiale du groupe qu'elle vient d'absorber, Cox France, à la fin de son premier exercice, aura affiché un chiffre d'affaires de 25millions de francs. Ces débuts modestes ne doivent pas faire illusion. Dans trois ans, Cox France projette d'atteindre 200millions de francs de chiffre d'affaires avec une deuxième ligne de produits destinée à la médecine de ville. Dès cette année, Roussel-Uclaf prévoit de lancer vingt-sept génériques. Ce seront les versions françaises de ceux venus soit de Cox Grande Bretagne qui en compte déjà trois cents dans son catalogue, soit de la société américaine Copley, achetée par Hoechst en septembre 1993. D'autres génériques seront des répliques de médicaments à l'initiative de Cox France. Dans la droite ligne de sa toute nouvelle convention, Sanofi vient, de son côté, d'intégrer son ex-filiale Dakota-Pharm, achetée en février 1994. Cette société a réalisé 45millions de francs de chiffre d'affaires l'an dernier. Sur le marché des appels d'offres hospitaliers, elle propose une gamme de quinze génériques anticancéreux, antibiotiques et anti-infectieux, dont un seul est issu de la recherche de Sanofi. Vingt-cinq produits sont en cours d'enregistrement, dont une dizaine pour la médecine de ville. Les trois leaders français ont intérêt à mettre les bouchées doubles. L'américain Merck&Co, numéro1 mondial, cherche à convaincre les organismes mutualistes de l'intérêt de transposer en France l'expérience de sa filiale Medco dans la gestion des dépenses de santé. Il cherche à être parmi les plus performants dans cette grande bagarre des génériques. Parmi ses partenaires possibles: le groupe Cider, l'un des grands français de la prestation de services pharmaceutiques.



3,3% EN FRANCE, CONTRE 35% EN ALLEMAGNE

Selon les deux cabinets de conseil Droit et Pharmacie et T.E.V. Consultants, qui ont réalisé une étude sur le potentiel français des médicaments génériques, 54% en nombre et 48% en valeur des spécialités vendues dans l'Hexagone n'ont plus aucune protection par brevets. Et sur les quatorze plus importantes classes thérapeutiques, la moitié du chiffre d'affaires assurée par des produits génériquables" ne subit aucune concurrence de la part des génériques. Ce qui explique l'étroitesse du marché.En France, ces génériques ne représentent que 3,3% des ventes pharmaceutiques, contre 35% en Allemagne et 45% aux Etats-Unis.



L'hostilité conditionnelle des pharmaciens d'officine

Si les pharmaciens d'officine se disent prêts à accepter le droit de substitution qui leur permettrait de remplacer un médicament prescrit par une spécialité générique ayant la même DCI (dénomination commune internationale), le même dosage et la même forme galénique, ils refusent le principe de l'équivalence thérapeutique. Pas question, déclare Michel Faysse, trésorier de la Fédération des syndicats des pharmacies de France (16000 des 23000 pharmaciens d'officines), de donner aux pharmaciens le droit d'imposer au patient une molécule censée avoir une efficacité comparable. La profession se dit également incapable de gérer des stocks de produits appelés à se multiplier, sous des formules diverses, au gré des politiques de marketing des laboratoires. Ils souhaiteraient surtout se voir reconnaître par les Pouvoirs publics une structure de marge différente pour ces produits qui seront vendus 20 à 30% moins cher. Ce qui supposerait une remise à plat ou, à tout le moins, des dérogations à leur système de rémunération, dit "de marge dégressive lissée", à cinq paliers de taux, existant depuis 1990.

USINE NOUVELLE N°2484

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