PHARMACIEHOECHST ROUSSEL PHARMA SE MET AU RÉGIMEAvec un pipeline de futurs médicaments qu'il a brusquement asséché, Hoechst doit jouer serré pour revenir sur l'avant-scène de la pharmacie mondiale. Ses réponses dans l'immédiat: la recherche du maximum de synergies avec Roussel-Uclaf et plusieurs ...

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HOECHST ROUSSEL PHARMA SE MET AU RÉGIME

Avec un pipeline de futurs médicaments qu'il a brusquement asséché, Hoechst doit jouer serré pour revenir sur l'avant-scène de la pharmacie mondiale. Ses réponses dans l'immédiat: la recherche du maximum de synergies avec Roussel-Uclaf et plusieurs acquisitions aux Etats-Unis.



Dans la stratégie à hauts risques pour "libérer le colosse de ses entraves", la mission confiée au Français Jean-Pierre Godard a le mérite, à tout le moins, de la clarté. Il lui faut porter le résultat d'exploitation de la nouvelle entité Hoechst Roussel Pharma (28milliards de francs de chiffre d'affaires), dont il présidera à partir du 1er février le comité de direction, à 14% de son chiffre d'affaires avant deux ans et à 20% avant quatre ans (contre 11% en 1993). "Cet objectif raisonnable et ce formidable challenge" - comme le dit cet autodidacte de 57ans, qui a fait ses premières armes dans la publicité - s'inscrit dans la droite ligne des mesures drastiques prises à un rythme ultra-rapide pour permettre au numéro 1 de la chimie allemande de revenir sur l'avant-scène de la pharmacie mondiale. Dès cette année, l'impact sur les bénéfices du groupe des restructurations entreprises en Europe devrait tourner autour de 140millions de francs, pour atteindre 300millions en 1996. A partir de 1997, 170autres millions supplémentaires devraient résulter des mesures similaires prises en Amérique latine dont les études préliminaires seront terminées avant le début de juillet, et leur mise en oeuvre effective avant le 1er janvier 1996. Toujours avec la même obligation d'alléger, dès la première année, les coûts de 20% dans le potentiel de producion (15usines actuellement) et de vente. Au minimum. Délibérément, Jürgen Dormann, 53ans, président depuis juin du directoire du géant de Francfort, a décidé de faire place nette dans sa pharmacie. Un préalable avant de la reconstruire entièrement pour lui donner de nouvelles chances d'affronter les produits de Merck, Glaxo, SmithKline Beecham ou Bristol Meyers Squibb. Le premier président du groupe à n'avoir aucune formation en chimie - c'est un financier grand teint- ne veut plus compter que sur de véritables innovations thérapeutiques et sur la vitesse de réactivité de ses troupes en recherche comme en développement. "Nulle part dans le monde, explique un proche de Jean-Pierre Godard, il n'est possible de laisser croître indéfiniment les dépenses consacrées à la santé. Les 15% du PIB qu'elles représentent dans certains pays ne peuvent être durables. Nous devons être les chefs de file de la rigueur. La sophistication des soins, mais aussi l'émergence d'une population plus âgée et plus riche vont, inévitablement, conduire à des déremboursements massifs de tous les médicaments qui ne seront pas de première nécessité." Les conséquences de ce postulat, fortement inspiré par la situation américaine, où le président Clinton n'a sans doute pas renoncé à imposer un plan de restriction des dépenses de santé, sont sans appel. D'autant plus que Hoechst Roussel Pharma va voir avant trois ans tomber dans le domaine publicle cardio-vasculaire Trental, l'antibiotique Claforan et quelques autres de ses molécules qui ont fait sa fortune ces vingt dernières années. L'expansion pharmaceutique de Hoechst ne devra reposer désormais que sur un nombre limité de médicaments, universellement reconnus pour leur réel apport thérapeutique. Seules ces spécialités pourront continuer à être prescrites par les médecins, tout en étant remboursées par les systèmes d'assurance santé, malgré leur prix élevé. Pour le groupe pharmaceutique, il n'est pas question pour autant de laisser dériver à nouveau son budget de recherche-développement de 10% comme en 1993. Le gel est de rigueur, et les chercheurs sont invités à contrôler leurs factures. Les financiers qui tiennent aujourd'hui le haut du pavé ne leur ont manifestement pas pardonné leur faible productivité. Sur les 224nouvelles molécules à vocation thérapeutique enregistrées en Allemagne entre 1987 et 1993, sept seulement étaient issues de la recherche de Hoechst.

Les molécules endéveloppement passées au crible

Jusqu'ici encombré de formes secondaires améliorant, plus ou moins sensiblement, des spécialités existantes, le pipeline de futurs médicaments a été brusquement vidé. Toutes les molécules en développement ont été passées au crible. N'ont reçu le feu vert que les projets dont le potentiel de vente, à l'échelon mondial, s'annonce supérieur à 500millions de deutsche Mark, soit 1,7milliard de francs. Ou, exceptionnellement, ceux ouvrant de nouveaux domaines thérapeutiques. Les sept produits majeurs, essentiellement des cardio-vasculaires, des spécialités anti-vieillissement, un antidiabétique et un antibiotique, sortis indemnes de ce criblage, ne généreront pas de chiffre d'affaires substantiel avant 2004-2005. Afin d'éviter les duplications, la recherche a été redistribuée entre Hoechst et Roussel. Au groupe de Francfort les cardio-vasculaires, le système nerveux central, le métabolisme. A la société française - qui installera le 1er avril sa direction à Romainville (Seine-Saint-Denis), à proximité de ses services de recherche -, les anti-infectieux (antibiotiques et antifongiques), l'endocrinologie et l'ostéoporose. Les anti-inflammatoires seront de la compétence partagée. Le cas de l'immunologie n'est pas encore tranché. Les essais cliniques des programmes de développement - plus de 2milliards de francs dépensés en 1993, soit la moitié du budget global de Hoechst Roussel Pharma - sont eux aussi, dans le collimateur. L'objectif du dispositif, baptisé Tops ("Time Optimized Product Approvals"), qui vient d'être mis en place à Francfort et à Romainville, est impressionnant: gagner environ trois ans dans la durée moyenne du développement, étalée jusqu'ici sur six à dix ans. La méthode préconisée: sélectionner le plus rapidement possible sur l'animal la toxicologie de base pour passer dès la phase II aux essais cliniques sur l'homme dans un maximum de pays. La logistique, enfin, sera entièrement réorganisée. En Europe, quatre sites principaux ont été retenus: Compiègne (France), Swindon (Grande-Bretagne), Francfort (Allemagne) et Scopitto (Italie). La petite usine de L'Aigle, dans l'Orne (250salariés), spécialisée dans la formulation, devrait être préservée. En Allemagne, 800emplois ont été supprimés l'an dernier, sur un total de 33 600 dans le groupe en 1993. Jean-Pierre Godard devra relever un autre défi: le renforcement de l'implantation américaine. Sur le plus grand marché du monde, le plus concurrentiel et, de très loin, le plus innovant, le groupe allemand s'est totalement laissé distancer. "Pour cause de péché d'orgueil, analyse un banquier. Les acquisitions possibles étaient toujours trop chères, les fiancées n'étaient jamais assez belles, et leur recherche-développement pas suffisamment performante. Hoechst a préféré investir au Japon, qui, dans la pharmacie, n'apporte rien en termes de management ni de plate-forme d'observation sur les technologies de demain. "Résultat, les Etats-Unis ne représentent que 6,3% du chiffre d'affaires de sa division Pharma, et les produits de Hoechst et de Roussel Uclaf commercialisés par la filiale du New Jersey (80% Hoechst et 20% Roussel, vingt-sixième société pharmaceutique américaine) n'occupent que 1% du marché.

Combler le déficit aux Etats-Unis

Jürgen Dorman - qui compte à son actif l'acquisition, au prix de 3,5milliards de dollars, de la chimie de Celanese aux Etats-Unis et la création de la brillante Hoechst Celanese Corporation - veut d'urgence combler ce déficit. A ses côtés depuis dix-huit mois pour élaborer une stratégie et examiner les cibles possibles, Ernie Drew, l'ancien patron de Celanese, promu le 1er janvier au directoire de Francfort. Là aussi avec mission de faire vite et bien. Les dernières belles proies possibles ayant été sélectionnées par d'autres groupes américains ou européens, Hoechst ne peut plus que se rabattre sur des affaires de moyenne dimension et de notoriété locale. Sauf, peut-être, dans les biotechnologies, où l'abondance de l'offre permet de faire son marché plus facilement, mais augmente aussi considérablement les risques. Hoechst et Roussel-Uclaf devraient s'y aventurer séparément, selon leurs vocations respectives.







Génériques: un métier différent

Hoechst ne fait pas mystère de son ambition d'être, mondialement, un acteur de premier plan dans la grande bataille des génériques, ces médicaments tombés dans le domaine public. "Nous intégrons à part entière ces produits dans notre catalogue, affirme Jean-Pierre Godard. Ils nous aident à proposer une large gamme thérapeutique." Achetée en 1984 et désormais détenue à 100%, la société britannique Arthur H. Cox commence à essaimer en Europe continentale, et notamment en France (200millions de francs de chiffre d'affaires visé en 1997). En septembre 1993, Hoechst a aussi acquis 51% de la société américaine Copley, et, en décembre 1994, les génériques au Japon de Rhône-Poulenc Rorer. Copley s'est également alliée avec une société thaïlandaise pour vendre des produits génériques en Chine. Mais ces génériques - qui sont "les innovations d'hier comme les innovations d'aujourd'hui seront les génériques de demain "- resteront chez Hoechst très strictement séparés de la pharmacie et de ses produits encore juridiquement protégés.

USINE NOUVELLE N°2485

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