Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Santé

Pharmacie : Un malade pas imaginaire

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Enquête On la croyait en excellente santé. Mais depuis un an, l'industrie pharmaceutique multiplie les suppressions d'emplois. Le symptôme d'un mal-être profond, provoqué par les mutations du secteur et un appareil productif à moderniser.

Près de 900 postes supprimés chez Sanofi, 267 visiteurs médicaux en moins chez Merck Serono, 250 chez Takeda, 249 chez Merck, 230 chercheurs pour les laboratoires Fournier, 225 chez Pfizer, 197 commerciaux dehores chez Lundbeck... En moins d'un an, les plans sociaux se sont multipliés dans les groupes pharmaceutiques en France. Et le pire est à venir, selon le cabinet Arthur D. Little. Alors qu'elles comptaient 116 000 salariés en 2010, les entreprises du médicament devraient voir leurs effectifs chuter de 4 000 emplois d'ici à 2020, dans le meilleur des cas. De 35 000 dans le pire des scénarios ! Des symptômes révélateurs de la maladie qui ronge cette industrie de l'intérieur.

En façade, la pharmacie française affiche portant bonne mine. Avec 4,5 milliards d'euros, son excédent commercial fait des envieux alors que la balance commerciale nationale est déficitaire de 70 milliards d'euros. Sans parler de Sanofi. Avec son chiffre d'affaires attendu de 35 milliards d'euros (contre 33,4 en 2011), il devrait voler la place de numéro un à l'américain Pfizer, fragilisé par la perte du brevet du Lipitor, le médicament le plus vendu de la décennie.

Pourtant, notre industrie pharmaceutique connaît son premier coup de fatigue, d'après une étude réalisée par le Leem, le syndicat des entreprises du médicament et le cabinet Roland Berger, dont « L'Usine Nouvelle » publie les chiffres en exclusivité [graphiques ci-dessous]. Les investissements productifs ? Ils ont été rares ces dernières années, mis à part les 600 millions d'euros investis par le britannique GSK, entre 2006 et 2011, pour ouvrir un site à Saint-Amand-les-Eaux (Nord). Ou les 350 millions d'euros consacrés par Sanofi à la construction d'une usine de production du vaccin contre la dengue, à Neuville-sur-Saône (Rhône).

Pour le reste, l'appareil productif français se fait vieillissant. Les deux tiers des molécules produites ont reçu leur autorisation de mise sur le marché (AMM) il y a plus de douze ans ou sont des génériques. Autre symptôme marquant du retard hexagonal en matière d'innovation : aucune des 47 nouvelles molécules autorisées par l'Europe en 2011 ne sera produite en France !

Concurrencées par des traitements plus récents produits ailleurs ou par des copies moins chères venues de pays émergents, les exportations de médicaments made in France ont baissé de 9% en 2011. Entraînant une perte de charge dans les usines, dont certaines ferment faute de repreneurs, comme celle de Merck dans l'Oise. Les façonniers, qui les rachetaient pour des montants symboliques il n'y a pas si longtemps, voient aussi leur marché stagner. Le laboratoire Ipsen, par exemple, a dû se résoudre cet été, après un an de négociations infructueuses, à garder son site de Dreux (Eure-et-Loir), où il fabrique ses médicaments de médecine générale.

La pharmacie française est-elle frappée par un virus venu des autres marchés pharmaceutiques ou souffre-t-elle d'un cancer ? Un peu des deux. Panne de l'innovation, expiration des brevets des blockbusters (ces médicaments dépassant le milliard de dollars de revenus annuels) et chute de leurs ventes - souvent de 80% en quelques mois à cause de l'arrivée des génériques - et compétition avec les pays émergents... Ces maux se sont propagés à tous les grands laboratoires occidentaux. Même en Europe, le mal a empiré suite aux baisses de prix des médicaments décidées par de nombreux gouvernements pour réduire les déficits des systèmes de santé.

Mais comment expliquer que le marché français du médicament soit le seul à être à la diète, et pour la première fois, cette année. Avec un recul prévu de 1% à 2% d'ici à 2015 ! Tandis que les autres pays développés seront, certes, en petite forme mais connaîtront une croissance comprise entre 1% et 4%. Pour nos industriels du médicament, le diagnostic est simple. Le microbe s'appelle « pouvoirs publics » et ses modes d'action (déremboursements, baisses de prix, nouvelles taxes, durcissement des critères d'évaluation) se sont intensifiés ces derniers mois. Des décisions qui s'ajoutent à la réforme du système du médicament votée en décembre 2011 après l'affaire Mediator. La crise autour du produit des laboratoires Servier et la mauvaise conjoncture ont aussi eu un impact négatif sur l'image des médicaments français à l'export.

« Pour 2012, les pouvoirs publics ont privilégié des solutions de court terme pour atteindre l'objectif des dépenses d'assurance-maladie, notamment au travers de baisses de prix des médicaments d'un niveau annuel de 910 millions d'euros, contre 400 à 500 millions les années précédentes », assène le Leem. Malheureusement pour le syndicat, le gouvernement vient de décider une réduction de 876 millions pour 2013.

 

Traitement personnalisé

Quelles prescriptions dresser pour cette industrie ? Beaucoup prônent la diversification. Tous azimuts comme Sanofi, pour devenir « agrégateurs de solutions de soins », en s'intéressant aux biotechnologies ou aux dispositifs médicaux, en passant par les technologies de l'information et les capteurs communicants. Des compétences interdisciplinaires à développer d'urgence. D'autres, comme Pierre Fabre, conseillent de jongler finement entre pharmacie et cosmétique, un secteur où la réglementation et la R et D sont moins contraignantes. Certains, enfin, osent unir leurs forces en R et D, notamment, comme Sanofi-Pasteur, la filiale vaccin de Sanofi, qui a créé dès 1994 un joint-venture avec l'américain Merck pour développer et commercialiser des vaccins en Europe.

De profondes mues sont nécessaires. Il faut aller vers plus de médecine personnalisée (et a priori plus chère) en développant les outils de diagnostic qui cibleront les patients répondeurs aux traitements et maintenir la position de la France dans la recherche et les essais cliniques. « Le site qui va fabriquer un lot clinique se positionnera plus facilement pour la production en série », explique Xavier Lemoine, consultant chez Roland Berger. Ou se doter des technologies permettant de produire demain des biosimilaires, les copies complexes des médicaments biologiques qui représentent 50% des nouveaux produits. Et enfin, démarcher les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine), dont le marché pharmaceutique devrait croître de 13% à 16% d'ici à 2015. Ipsen s'est d'ailleurs déjà lancé en Russie. Mais sans craindre de délocalisations. « Les produits pharmaceutiques nécessitent de nombreux contrôles réglementaires et leur production répond à des processus complexes : cela n'aurait aucun sens économique ou social de déplacer les productions hexagonales dans des pays low cost pour ramener ensuite les médicaments en Europe », assure Patrick Biecheler, associé chez Roland Berger.

De toute façon, dans la pharmacie, le redressement productif n'est pas lié au coût du travail. En tout cas aujourd'hui.

Chez Sanofi, la potion amère des 900 postes supprimés

Les « Sanofi » marqueront-ils autant les esprits que leurs homologues de Merck Serono, qui ont récemment pris leur vélo de Genève à Strasbourg pour défendre leur site de biotechnologie ? Le 3 octobre, les salariés du laboratoire français se sont à nouveau mobilisés pour protester contre le plan de restructuration annoncé par la direction. Sur les 28 000 postes que compte le groupe en France, 900 devraient disparaître d'ici à 2015 via des « mesures de volontariat ». Le site de R et D de Montpellier sera transformé en centre stratégique de développement et perdra ses 200 emplois de chercheurs. Mais les syndicats craignent qu'il ne connaisse, in fine, le même sort que le site de Porcheville (Yvelines), cédé en 2010 à la société de services Covance chargée par Sanofi de développer des traitements pendant dix ans... Seront aussi restructurées les fonctions support, réparties à travers la France, et les activités de production de vaccins de Sanofi-Pasteur en Rhône-Alpes et en Normandie. Enfin, le groupe devrait céder son site R et D de Toulouse, où travaillent 600 salariés. D'après l'industriel, « des acteurs susceptibles d'y poursuivre des activités scientifiques ou technologiques » ont été identifiés et un groupe de travail avec le gouvernement et des acteurs publics locaux devrait être constitué. Interrogé par « L'Usine Nouvelle », Martin Malvy, le président du conseil régional de Midi-Pyrénées, confiait que son inquiétude demeurait entière quant au sort du site.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle