Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Quotidien des Usines

Peut-on encore sauver Florange ?

Olivier James ,

Publié le

Enquête La fermeture du site mosellan est devenue un enjeu de politique nationale. Mais sa pérennité n'est peut-être pas à chercher du côté des hauts-fourneaux.

Peut-on encore sauver Florange ? © Reuters

Ce n'est plus un bras de fer, c'est un combat de boxe. Et le dernier uppercut porté par Arnaud Montebourg a surpris son adversaire, Lakshmi Mittal. Le ministre du Redressement productif a lancé la menace d'une nationalisation pour mettre KO le patron d'ArcelorMittal. Enjeu de la bataille : le site mosellan de Florange. Les deux derniers hauts-fourneaux lorrains sont vétustes. Dans son rapport remis à la fin juillet, Pascal Faure, mandaté par le gouvernement, a confirmé la viabilité industrielle du site. Mais il a pointé du doigt un cruel manque d'investissements ces dernières années. Sa remise à niveau, en particulier celle des deux hauts-fourneaux, nécessite une enveloppe de 450 à 600 millions d'euros sur une durée de cinq ans.

 

17 000 emplois menacés

Au sein du groupe ArcelorMittal, le site de Florange souffre aussi d'un problème d'échelle face à ceux de Dunkerque (Nord) et de Fos-sur-Mer (Bouches-du Rhône). La capacité de production du site mosellan est de 2,8 millions, quand ses challengers en affichent respectivement 7 et 4,5 millions. Enfin, son éloignement des côtes défavorise sa rentabilité, à l'heure où le minerai de fer et le charbon sont importés.

Fin septembre, le numéro un mondial de l'acier avait laissé au gouvernement le soin de trouver un repreneur dans un délai de deux mois. Problème : la vente de la filière chaude sans lui adjoindre la transformation de l'acier, la filière froide, rebute les repreneurs potentiels. Le groupe luxembourgeois refusant de céder l'ensemble, Arnaud Montebourg a menacé de nationaliser de façon « transitoire » le site de Florange. Soutenu par une partie de la classe politique, le ministre a fustigé les « mensonges » et les « promesses non tenues » d'un groupe, qui jurait en 2006, lors de l'OPA de Mittal sur Arcelor, qu'il maintiendrait Florange en activité. L'engagement avait séduit à l'époque, alors que la direction d'Arcelor avait envisagé, dès 2003, la fermeture du site dans son plan Apollo.

La fermeture de Florange menace ce qui subsiste de la sidérurgie en Lorraine : quelque 6 000 emplois directs et 11 000 indirects, soit près de 20 % de l'activité du bassin de Thionville (Moselle). ArcelorMittal, à lui seul, emploie encore 2 700 personnes à Florange. La forte valeur ajoutée d'une partie des produits usinés par la filière aval, notamment l'Usibor, l'acier élaboré du temps d'Arcelor, est reconnue par l'industrie automobile. La proximité des constructeurs, du sud de l'Angleterre au nord de l'Italie, en passant par les Pays-Bas et l'Allemagne, est aussi un atout. L'aval reste stratégique aux yeux de la direction d'ArcelorMittal, qui ne veut pas vendre !

Nationalisation ou pas, le site de Florange mérite qu'on lui fournisse les moyens de se développer. Mais investir dans les hauts-fourneaux, alors que les capacités de production d'acier sont excédentaires en Europe, est-il judicieux ? Si l'acier a encore un avenir sur le Vieux Continent, il se niche à n'en pas douter dans le haut de gamme. Une stratégie éloignée de celle d'ArcelorMittal, alors que des experts insistent sur la menace d'importations d'acier chinois dans les prochaines années.

Pourquoi ne pas soutenir, par exemple, le centre de recherche de Maizières-lès-Metz d'ArcelorMittal, qui n'est pas directement rattaché à Florange ? De même, le Centre de formation aux métiers de l'acier, mis en place à Thionville après la fermeture de Gandrange en 2007, mériterait l'attention de l'État, afin de pérenniser les compétences accumulées dans la sidérurgie depuis des dizaines d'années. L'effectif de 60 personnes y est deux fois moins important que ce qui avait été promis par Mittal.

 

Ancrage régional

Investir dans l'aval, à Florange, mais aussi dans les sites proches de Mouzon (Meuse) et de Dudelange (Luxembourg), qui travaillent avec les installations mosellanes, pourrait garantir le maintien d'une activité sidérurgique dans la région. L'hypothèse d'une reconversion du site en aciérie électrique utilisant de la ferraille recyclée, n'est pas à écarter. Selon le GrameF, un think tank d'experts en métallurgie, des produits de haute qualité pourraient être produits avec de l'acier recyclé. Quant au projet Ultra-low carbon dioxide steelmaking (Ulcos), de captage et de stockage de CO2, onéreux et incertain d'un point de vue technologique, il n'est pas à même de garantir la pérennité du site.

Quitte à impliquer l'État, autant investir dans l'avenir. Le maintien d'une filière froide alimentée, comme aujourd'hui, par les hauts-fourneaux de Dunkerque, est un pari risqué. À moyen terme, il semble pourtant le plus réaliste.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle