L'Usine Auto

Peugeot Motocycles : le maintien des emplois contre la révision des 35 h

, , ,

Publié le

Le constructeur de scooters conditionne le lancement d'un nouveau modèle, qui garantirait les 1150 emplois, contre la renégociation de l'aménagement du temps de travail.

Peugeot Motocycles : le maintien des emplois contre la révision des 35 h

Les entreprises citées

La direction de la filiale de PSA Peugeot-Citroën vient d'annoncer une « bonne nouvelle » aux 1150 salariés de ses deux usines (Mandeure dans le Doubs et Dannemarie dans le Haut-Rhin) : le lancement de la production d'un nouveau scooter grand tourisme qui « garantira le niveau actuel de l'emploi ». Seulement, l'aubaine est assortie d'une condition expresse. Renégocier l'accord sur l'aménagement du temps de travail, signé en 1999. « C'est du donnant-donnant », dixit la direction de Peugeot Motocycles, qui a fondé une joint-venture avec le chinois Qingqi pour fabriquer des 50 cm3. Fin 2007, la révision des 35 h a été abordée avec les syndicats qui ont exprimé leur rejet et organisé deux jours de grève, très suivis, les 20 et 21 février.

En 1999, les représentants du personnel ont obtenu, contre une accélération de cadence des chaînes de production, la prise en compte des pauses dans le calcul de la durée du travail, qui est annualisée grâce aux RTT modulables. « Pour améliorer la compétitivité, en réduisant de 10 % le coût de revient », la direction de Peugeot Motocycles désire remanier cet accord, afin de parvenir à un temps de travail effectif de 35 heures hebdomadaires (en rognant sur les pauses et les RTT), contre 30 à 32 aujourd'hui. Et ce, sans contrepartie en terme de salaire, ni en terme de cadence de production.

« Au regard de la situation financière de l'entreprise, qui présente des comptes dans le rouge depuis six ans (perte nette équivalant à 10 % du CA depuis deux ans), les salaires ne peuvent pas être un point d'entrée de la discussion. Nous souffrons d'un manque de productivité et d'un prix de revient trop élevé. Concernant les cadences, des experts nous ont montré que nous sommes en-deçà des standards de l'industrie automobile », affirme Christian Pellet, directeur des ressources humaines de Peugeot Motocycles.

Une « condition sine qua non »

Cette renégociation s'avère une « condition sine qua non » à la mise en fabrication en France, faute de quoi le nouveau modèle sera acheté à Taïwan, ajoute Christian Pellet, joint par téléphone. Du côté des syndicats, la CGT (qui n'a pas signé l'accord de 1999), FO et la CFDT dénoncent  « un chantage à l'emploi » et « une casse des 35 h ». « S'ils veulent modifier l'accord, qu'ils prennent la responsabilité de le résilier ».

Avant que le comité central d'entreprise (CCE) ne se prononce demain sur la question, la CGT, qui a déjà voté contre dans un premier CCE, souhaite proposer aujourd'hui à l'intersyndicale de mettre en œuvre un « droit d'alerte », c'est-à-dire mandater un bureau d'étude indépendant pour réaliser un audit de la stratégie industrielle de Peugeot Motocycles, troisième constructeur européen de scooters et cyclomoteurs.

La CGT prête à discuter, mais pas sans contrepartie

Pour Emmanuel Guillier, délégué central CGT de l'entreprise, « en l'état actuel des choses, nous voterons contre à nouveau. Nous attendons plus de garanties sur le maintien à long terme de l'emploi. Le nouveau modèle, c'est insuffisant. Nous sommes prêts à discuter la révision du temps de travail, mais pas sans contrepartie. Si nécessaire, nous mobiliserons le personnel. »

A l'issue du CCE (où seules CGT, CFTC et CFE-CGC ont droit de vote), deux options. Soit l'avis s'avère favorable et des négociations seront menées tambour battant. Soit les représentants du personnel s'opposent au projet : « la solution Taïwan sera retenue et la conception maison des 35 h maintenue, mais ce serait dramatique et l'emploi non garanti », avertit Christian Pellet. La direction a fixé la date butoir du 18 avril, afin de pouvoir lancer le nouveau scooter sur le marché au printemps 2009. « Il y a urgence, la maison brûle ! », insiste le DRH.

Matthieu Maury


Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte